Belgique André Antoine (CDH) avance des mesures fortes pour sauver le petit commerce.

André Antoine l’annonce d’emblée : "Ce n’est pas par facilité, mais au départ d’un constat indiscutable que j’estime qu’il faut prendre des mesures pour sauvegarder le commerce de proximité". Et d’avancer, chiffres à l’appui, que 27 % de la population vit seule aujourd’hui et que, pour eux, le commerce de quartier est une nécessité. "Et, à l’avenir, ce sera encore plus important car, en 2025, 350.000 personnes âgées seront confrontées à l’isolement."

Dans la ligne de mire du président du parlement wallon, les grands centres commerciaux notamment. "Ils ne sont pas suffisamment encadrés et il n’est pas normal qu’un simple permis communal suffise à ouvrir un magasin d’une superficie de 2.500 mètres carrés. Je pense qu’il faut réduire ces superficies à 1.000 mètres carrés dans le cadre de cette législation. De même, dans les centres urbains, quand un supermarché s’implante, il faut prévoir des logements aux étages plutôt que de laisser ces surfaces inexploitées. Les problèmes de parkings doivent aussi être pris à bras-le-corps. C’est une évidence car dans les villes de plus de dix mille habitants, quatre Wallons sur cinq se plaignent des possibilités de parking, ce qui les incite à aller faire leurs achats à l’extérieur, dans les grands centres commerciaux de la périphérie."

André Antoine s’attaque aussi aux baux commerciaux. "Les baux actuels sont trop contraignants et freinent les petits commerces qui craignent d’être liés sur un trop long terme au cas où leur affaire ne marcherait pas. La survie des petits commerces est réellement en danger. Là où ils affichent une baisse de 5,3 % et que, dans le même temps, les grandes surfaces progressent de 7,3 %, c’est plus qu’inquiétant. D’autant que ce différentiel ne cesse de s’accroître."

Pour autant, André Antoine n’est pas contre les commerces périphériques. "Pour certains types d’activités, comme les garages ou les magasins de bricolage, de grandes surfaces sont nécessaires et je comprends qu’ils s’implantent en dehors des centres urbains. Mais, en revanche, quand on voit des boulangeries ou d’autres commerces d’appoint qui s’y installent aussi, je trouve que ça ne va pas."

Le président du parlement wallon pointe d’ailleurs d’autres formes de concurrence du commerce de proximité qui sont, elles, inéluctables. "L’e-commerce, pour commencer. Tout cela doit être intégré sans rajouter de nouvelles difficultés au maintien ou au développement du petit commerce. Il ne faut pas oublier que toute forme de concurrence, et donc le déploiement de nouvelles enseignes en périphérie aussi, ne fait pas augmenter la consommation, elle ne fait que la ventiler. Heureusement, il se développe de nouvelles habitudes, comme consommer local ou de saison, ce qui favorise le commerce de proximité. Mais si on maintient la politique d’expansion des centres commerciaux, comme on veut le faire à Wavre par exemple (en face de Walibi), on tuera encore davantage de petits commerçants."

"C’est vital pour le petit commerce de demain"

Du côté du SNI, on appuie les recommandations d’André Antoine. Et pour cause, "c’est nous qui avons été à la rencontre des ministres wallons pour leur demander de mettre en place une taxe sur les grandes surfaces commerciales et les retails parks. C’est une mesure inspirée par le modèle français, mais qu’il est impératif de le mettre en place en Belgique", souligne Christine Mattheeuws, présidente du SNI.

Le syndicat neutre pour indépendants estime aussi important de limiter la taille des enseignes et donc de durcir les modalités d’octroi des permis. "Ces deux mesures conjuguées devraient permettre d’aider le petit commerce à survivre. Et c’est capital pour l’avenir. Non seulement pour les commerçants, mais aussi pour les consommateurs. Si on ne fait rien maintenant, il sera trop tard. Or, la génération des baby boomers va prendre sa retraite d’ici quelques années. Pour eux, le maintien et le développement des commerces de proximité sont une nécessité. Ils vont en avoir besoin, surtout s’ils sont confrontés à des problèmes de mobilité. Or, si on s’en rend compte trop tard, on ne pourra plus réagir."

Du côté de la grande distribution, l’écho n’est bien évidemment pas le même. "Nous espérons que Monsieur Antoine réalise que nous sommes le plus grand employeur dans la plupart des communes wallonnes et nous regretterions une surtaxation de cette création d’emploi", s’inquiète Baptiste van Outryve, porte-parole de Carrefour.