Belgique

Voici comment le ministre des Finances veut augmenter les salaires

BRUXELLES 15 juillet. C'est à cette date qu'un nouvel accord communautaire devra être annoncé au Parlement. Mais voici un mois, lors de la fameuse nuit du vote sur la scission de BHV, le gouvernement s'est aussi engagé à conclure, pour cette même échéance, un accord détaillé sur la politique socio-économique à mener dans les trois ans qui restent.

Cet engagement-là, Didier Reynders (MR) va le rappeler au bon souvenir de ses collègues. Mieux : dans l'entretien exclusif qu'il accorde à la DH , le ministre des Finances dévoile les détails de la nouvelle réforme fiscale qu'il va leur proposer de réaliser. Entretien.

Quelles mesures souhaitez-vous ?

"Il y en a deux. Un : une augmentation du minimum imposable - la par t du revenu sur laquelle on ne paie pas d'impôts. Et deux : la suppression de deux des cinq taux d'imposition actuels."

Quand cette réforme entrerait-elle en vigueur ?

"Dès les revenus de 2009, avec application progressive des mesures en cinq ans, jusqu'aux revenus de 2013."

Le minimum imposable, de combien voulez-vous l'augmenter ?

"De 250 euros par contribuable, chaque année et pendant cinq ans. De 6.150 euros aujourd'hui, il doit donc passer au moins à 7.400 euros. Mais je veux bien aller au-delà encore, si on me le demande."

Et pour les taux d'imposition ?

"Aujourd'hui, nous en avons cinq : 25, 30, 40, 45 et 50 %. Je veux passer à trois : 25, 40 et 50 %. On supprimerait donc les taux de 30 et 45 %, en ramenant les tranches de revenus qui y sont liées aux taux inférieurs, soit 25 et 40 %. On ferait ces baisses en cinq ans, à raison de 1 % par an."

Combien coûterait cette réforme ?

"3,5 milliards d'euros au total."

Mais budgétairement, dans le contexte difficile du moment, c'est tenable, un plan pareil ?

"Bien sûr. D'abord, ces deux mesures figurent dans l'accord de gouvernement. Moi, je les chiffre. Ensuite, 3,5 milliards, c'est moins que la réforme précédente, en 2001, qui représentait deux à trois fois plus. Et puis ce plan aura un effet retour : quand les gens gagnent plus, ils consomment davantage. Donc ça fait aussi rentrer de l'argent dans les caisses de l'État."

À combien évaluez-vous ce retour ?

"Pour la réforme fiscale de 2001, le Bureau du Plan l'avait évalué à un tiers. Ici, 3,5 milliards, cela représente 700 millions de mesures chaque année. Avec 1/3 d'effet retour, ça fait donc moins de 500 millions à trouver par an."

Et ça, c'est tenable, donc ?

"Bien sûr ! On fait des efforts de ce niveau chaque année lors des exercices budgétaires. Le tout sera de voir si on intègre ces baisses d'impôts dès le calcul des précomptes, ou lors de l'enrôlement de l'impôt, un an plus tard. Je suis favorable à tout intégrer dans le précompte, pour que les gens aient le plus vite possible davantage d'argent tous les mois en net."

Et si ce n'est pas possible ?

"Il faudra alors donner priorité aux plus bas revenus. Ce sont déjà eux qui bénéficieront le plus de ces mesures-ci. C'est clairement le cas de la hausse du minimum imposable. Et, vous savez, le taux d'imposition de 50 %, on y arrive dès qu'on gagne chaque année, en brut, plus de 32.000 euros, ce qui n'est pas énorme non plus..."

Et pour les gens ne travaillant pas ?

"Il faut, selon moi, faire un effort budgétairement comparable pour eux, qu'il s'agisse des pensionnés, des allocataires sociaux, etc. Cela représenterait donc un effort budgétaire total d'environ 1,4 milliard par an. Ce n'est vraiment pas excessif."



Propos recueillis par

Christian Carpentier



© La Dernière Heure 2008