Belgique

Tout s’est finalement déroulé comme prévu. Un peu après 14 h, lorsque la nouvelle est tombée, il n’y avait plus de doutes, Albert II allait annoncer son abdication en faveur de son fils Philippe sur le coup de 18 h.

Rien d’autre ne pouvait être imaginé. Pourquoi le Roi aurait-il pu s’adresser au peuple belge pour autre chose que son abdication, un 3 juillet ?

On peut aussi imaginer que s’il avait souhaité informer la population de rester sur le trône jusqu’à sa mort, il l’aurait tout simplement fait dans son traditionnel discours du 20 juillet. Il fallait donc s’attendre à du lourd.

Sur le coup de 18 h, quand la Brabançonne a retenti et que le Souverain est apparu, debout devant sa table de travail, les choses étaient claires, le style différent et le ton résolument à l’émotion.

Dès les premières phrases du discours royal, le citoyen avait compris. "Je suis entré dans ma 80e année, un âge encore jamais atteint par mes prédécesseurs dans l’exercice de leur fonction. Je constate que mon âge et ma santé ne me permettent plus d’exercer ma fonction comme je le voudrais."

Dans la suite de son discours, le Roi tient à rappeler les valeurs qu’il considère attachées à sa fonction : "Ce serait manquer à mes devoirs et à ma conception de la fonction royale que de vouloir me maintenir en exercice à tout prix, sans être en mesure d’assumer pleinement mon rôle. C’est une question élémentaire de respect envers les institutions et envers vous, chers concitoyens."

Rapidement, Albert II lève toute ambiguïté, c’est le prince Philippe, successeur constitutionnel qui lui succédera sur le trône : "Je constate que le prince Philippe est bien préparé pour me succéder. Il jouit avec la princesse Mathilde de toute ma confiance."

Et plus loin, il annonce enfin, pour ceux qui n’auraient pas compris son intention d’abdiquer : "C’est donc avec sérénité et confiance, que je vous fais part de mon intention d’abdiquer ce 21 juillet 2013, jour de notre fête nationale, en faveur du Prince héritier, mon fils Philippe."

La voix est un peu tremblante, l’émotion n’est pas feinte. Le Roi semble fatigué, il met un point final à son règne qui avait, à l’époque de sa montée sur le trône, été qualifié de transition. Une transition qui aura finalement duré vingt ans.

Et s’il s’en va, ce n’est certainement pas pour disparaître : "Comme de coutume je m’adresserai encore à vous le 20 juillet prochain, et je participerai avec la Reine et les nouveaux Souverains aux cérémonies du 21 juillet. Je souhaite déjà vous dire que ce fut pour moi un honneur et une chance d’avoir pu consacrer une large partie de ma vie au service de notre pays et de sa population. Bien entendu, la fin de mon règne ne signifie pas que nos chemins maintenant se séparent. Bien au contraire !"

Albert II fera même une allusion courte mais appuyée aux polémiques de ces derniers mois. "Nous vous remercions pour la confiance que vous nous avez témoignée, pour vos gestes de sympathie et de soutien même empreints parfois de quelque critique. Sachez cependant que vous nous avez toujours été très chers. Nous gardons dans notre cœur le souvenir de nombreuses rencontres dans des moments joyeux, mais aussi lors de grandes épreuves."

Enfin, même s’il ne l’a pas dit clairement, le Roi a évoqué de manière discrète les prochaines élections du 25 mai 2014, qui inquiètent bon nombre de Belges.

Pour Albert II, l’avenir de la Belgique sera garanti par des citoyens qu’il estime responsables : "Et par-dessus tout, avec le temps j’ai appris que notre pays peut compter sur un atout extraordinaire, VOUS mes chers concitoyens ! Avec une population si riche de ses talents, de sa diversité, de son énergie, de sa générosité, l’avenir de notre pays est entre de très bonnes mains !"

Sur un très simple "Vive la Belgique", le Roi prend alors congé des Belges.

Cette abdication attendue par les uns, redoutée par les autres se sera déroulée simplement. Albert II s’est exprimé debout face à un pays qu’il aura servi durant 20 ans. Et si les abords du 16 rue de la Loi étaient un peu chahutés entre 17 et 19 h, quelques minutes après le départ de la presse venue en nombre entendre Elio Di Rupo, la vie normale de ce pays si particulier reprenait ses droits.


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