Belgique

Une législature, c’est une course de fond, bien plus qu’un sprint. Il faut doser ses efforts, placer des accélérations aux bons moments, maintenir la foulée à d’autres. Après un départ rapide, le gouvernement Michel (MR, N-VA, CD&V, Open VLD) accuse le coup. Il y a eu la réforme des pensions, le tax shift, des mesures en faveur des entreprises, les défis migratoires et sécuritaires… Chacun se forgera son opinion sur les politiques menées, mais, quantitativement, le travail avalé est conséquent. Depuis novembre, cependant, l’exécutif cherche son second souffle.

"Le train des réformes (impôt des sociétés, mobilité, énergie, pacte d’investissement) ne doit pas s’arrêter", prévenait mi-mars la FEB (la Fédération des entreprises de Belgique). "Le gouvernement est en affaires courantes", renchérissait le Voka (le patronat flamand) quelques jours plus tard. Le président de la N-VA Bart De Wever en remettait une couche dimanche : "Je suis optimiste sur ce qui a déjà été réalisé. […] Mais est-ce que le gouvernement peut tenir le rythme ? La réponse sera cruciale pour l’impression finale qu’il laissera, disait-il dans "De Zondag". Le vrai risque est également que le gouvernement dise : nous en avons déjà fait assez."

2018 et 2019 seront des années électorales, peu propices aux grandes réformes et aux contestations populaires qui les accompagnent traditionnellement. Le gouvernement voit ainsi déjà se profiler la dernière ligne droite de son mandat.

Une sorte de parcours en cinq temps.

1 - L’improbable réforme de l’impôt des sociétés (Isoc)

Officiellement, les trois dossiers ne sont pas liés. Dans les faits, l’un n’ira pas sans l’autre : réforme de l’impôt des sociétés (voulue par la N-VA), création d’une taxe sur les plus-values (réclamée par le CD&V), et mobilisation de l’épargne (mise sur la table par l’Open VLD). Pour le moment, les voyants sont au rouge. "On est en dessous du degré zéro", ose un initié. La N-VA refuse d’entendre parler de la taxe sur les plus-values, alors que le CD&V s’y accroche. Tant que cette situation perdure, il n’y aura pas de réforme de l’Isoc. Sans oublier la délicate question du financement.

2 - Sortir des affaires courantes

Le gouvernement ne peut pas se permettre de faire du surplace pendant deux ans. Si les grandes réformes sont remisées au placard, il faudra trouver autre chose. Sans doute des mesures pour la compétitivité des entreprises et le pouvoir d’achat. Classique. Mais insuffisant. Le scandale Publifin a permis au fédéral de cacher une certaine apathie. Lorsque la parenthèse sera refermée, l’exécutif devra avoir retrouvé une communication efficace, agrémentée de "bonnes nouvelles". Le Premier ministre Charles Michel (MR) espère voir le pace d'investissements qu’il a initié produire ses premiers effets. Il continuera à vanter les créations d’emplois en Belgique. Et, pourquoi pas, obtiendra-t-il quelques avancées en matière d’Isoc pour les PME.

3 - Le Premier doit affirmer son leadership

Plusieurs ministres fédéraux (pas uniquement MR) nous ont loué la technique de négociation de Charles Michel au sein du gouvernement. Efficace, semble-t-il. L’accord sur le tax shift en est un exemple. Cela dit, le leadership du Premier a connu des ratés ces derniers temps lorsqu’il a été question de la réforme de l’impôt des sociétés. Et la perception qu’en a le grand public est parfois mauvaise. Pour deux raisons.

Premièrement, à cause des disputes incessantes entre les partenaires flamands, N-VA et CD&V en tête. Cela donne le sentiment que le Premier ne tient pas ses troupes. Deuxièmement, à cause de l’extrême liberté de parole dont font preuve les ministres N-VA, singulièrement les secrétaires d’Etat Theo Francken et Zuhal Demir. Le chef du gouvernement a déjà dû les "recadrer". Il ne pourra pas continuer de la sorte indéfiniment, sans quoi, son autorité va en pâtir et cela renforcera l’image véhiculée par l’opposition selon laquelle le "vrai" patron est Bart De Wever. Une nuance de taille toutefois. Charles Michel navigue entre deux eaux parce qu’il sait que les propos très durs de Theo Francken en matière d’Asile, ainsi que sa personnalité, plaisent à une partie de l’électorat du MR - et au-delà.

4 - Restaurer un minimum de confiance

"La confiance entre la N-VA et le CD&V n’a jamais été aussi faible", disait le député CD&V Eric Van Rompuy, jeudi, sur le site de "La Libre". Sans un minimum de confiance, les partenaires de majorité n’obtiendront plus aucune avancée significative. Les partis flamands ont toutefois envoyé des signaux d’apaisement (lire ci-contre). A confirmer.

5 - Surmonter les écueils

Tout gouvernement fait face à des dossiers particulièrement épineux, liés aux sensibilités des partis. Le plus explosif, pour la "suédoise", c’est le survol de Bruxelles depuis Zaventem. Le ministre MR de la Mobilité, François Bellot, va devoir sortir du bois. En vrac aussi, le financement du tax shift (un milliard à trouver), le dédommagement des coopérateurs d’Arco ou la résorption du déficit public en 2018 (plus de six milliards) seront autant d’obstacles jusqu’à la ligne d’arrivée.