Belgique

Les avocats de la partie civile ont eu la parole ce lundi. Ils ont relaté une dernière fois les faits commis par Jérémy Pierson. Un accusé qu’ils souhaitent tous voir croupir en prison.

Anne-Catherine Mignon, défendant les interêts de Sauvane Wathelet et d’Isabelle Hustin, débute sa plaidoirie en rappelant les faits. De l’enlèvement de Béatrice Berlaimont à sa mort, en passant par sa séquestration et toutes les souffrances que la petite fille a du subir durant plus de dix jours. Vinrent ensuite les questions posées au jury. Les mêmes questions qui doivent attester (ou non) de la culpabilité de l’accusé.

1. Jérémy Pierson est-il coupable d’avoir enlevé Béatrice le 21 novembre 2014, par la ruse, la menace ou la violence ?

"La réponse est oui. C’est incontestable. Même si les circonstances de l’enlèvement sont encore douteuses, on ne peut croire que Béatrice a suivi intentionnellement Pierson. Il l’a menacée. Les différents témoins entendus depuis le début de ce procès tendent à confirmer que Béatrice était une fille intelligente. Elle n’aurait jamais suivi l’accusé de façon docile. Pourtant, c’est que Pierson tente de nous faire croire", dit-elle. L’avocate précise encore que l’accusé a pu bénéficier de la lecture de son dossier durant trois mois, juste après son arrestation. De quoi prendre quelques informations et ensuite les balancer aux enquêteurs, histoire de brouiller les pistes. "Et ainsi, minimiser son geste"

2. La seconde question porte sur le viol commis sur Béatrice Berlaimont. Jéremy Pierson a - et c’est peu dire - eu deux rapports sexuels sans le consentement de sa victime.

"Vous ne pouvez répondre que par l’affirmative à cette question. Les déclarations de Pierson sur ce sujet sont insupportables. Il n’a jamais osé développer ce qu’il a fait. Mais vous, Messieurs/Dames du jury, n’êtes pas dupes", ajoute-t-elle. A cela s’ajoute aussi le fait que Pierson a torturé sa victime. "Il a beau minimiser les faits. Il n’empêche qu’il a ligoté, bâillonné et infligé diverses blessures à Béatrice. De plus, les blessures relevées sur le corps de la jeune fille prouve qu’elles n’ont pu qu’être faites que lorsque la petite était nue."

3. Y-a-t-il eu meurtre avec comme circonstance aggravante la préméditation ?

Là-aussi, l’avocate ne peut penser le contraire. Elle fut appuyée dans ses dires par Maitre Gavroy, l’avocat de Vincent Berlaimont. Celui-ci prit à sont tour la parole. "Dans ce cas précis, nous pouvons dire que oui, il y a eu meurtre. Il a, en connaissance de cause, mis en oeuvre des moyens qui ont entraîné la mort. Il connaissait l’endroit où Béatrice a finit sa vie. Il l’a attachée, la corde au cou. Il ne pouvait que savoir que tôt ou tard, Béatrice aurait été pendue. C’est lui qui l’a attachée. L’endroit, la météo, le fait qu’elle était affamée et apeurée montrent clairement que Pierson voulait se débarrasser de Béatrice quand elle ne lui était plus utile", précise-t-il. Quant à la préméditation, elle coule de source. "Comment croire qu’en violant une fille et en la gardant plus d’une semaine, on aurait pu connaître une autre fin tragique que celle-ci? Il est évident que l’accusé savait que ça devait se terminer. Il a décidé que ce serait ainsi, avec la corde au cou. Il y a clairement eu une réflexion. C’est donc de la préméditation", dit-il.

"Une telle barbarie mériterait une crucifixion"

Le 9 décembre 2014, à 7h44 précise, Madame G. (originaire de St-Avold) a lutté dans sa voiture pour échapper aux griffes de Jérémy Pierson qui voulait s’emparer de son véhicule. Un témoignage poignant, comme ceux des autres victimes de l’accusé. "Je me sentais pourtant en sécurité dans la cour de ma résidence. Je suis entrée dans la voiture. J’ai mis la soufflerie pour accélérer le processus de dégivrage car on était en hiver et le pare-brise était gelé. Soudain, j’ai entendu une voix dans mon dos. Je n’ai pas compris ce que la personne me disait. J’ai ensuite vu une main sombre et un individu cagoulé avec un couteau. Ce couteau, il me l’a mis sous la gorge", commente-t-elle. La suite est tout aussi difficile à entendre. "Je me suis dit qu’il fallait que je me batte. On a donc lutté. Ce fut violent. Je n’avais pas ma ceinture, je pouvais donc me déplacer comme je pouvais. J’ai hurlé. Mais j’étais toute seule dans la voiture. Ce qu’on ressent à ce moment? Une peur. L’horreur de ne pas s’en sortir." C’est finalement suite à plusieurs coups de klaxon répétés que l’individu prendra la fuite. Un réflexe salvateur. L’attaque n’aura duré que quelques secondes, mais elle fut violente. "En quittant la véhicule, vous m’avez dit qu’on se reverrait. Et bien, vous aviez raison. On se voit à nouveau. J’ai gagné, je vous ai battu", lui dit-elle en le regardant fixement dans les yeux. Jérémy Pierson a toujours la tête baissée. Madame G. terminera en disant qu’indirectement, elle a peut-être mis fin aux agissements de Jérémy Pierson. Dans la mesure où ce jour-là, il est tombé sur un os plus fort que lui, ça l’a sans doute refroidi par la suite. Il fut arrêté quelques heures plus tard. "Ne vous y trompez pas. Sous son look, il cache une violence inhumaine. Une telle barbarie mériterait une crucifixion", conclut le témoin.

Jérémy Pierson est un "psychopathe" et un "manipulateur"

Tout au long de leur plaidoirie, les avocats des proches de Béatrice ont insisté sur le caractère psychopathique et manipulateur de Jérémy Pierson, tel qu'attesté par les rapports psychiatriques et psychologiques établis tout au long de l'enquête.

"On est dans une forme de perversion qui révèle le caractère psychopathe de l'intéressé", note Me Frédéric Gavroy, l'avocat du père de Béatrice Berlaimont. "Quand les experts disent qu'il est capable de mentir en regardant son interlocuteur dans les yeux, il l'a fait."

L'avocat se réfère notamment aux premières auditions de Pierson, au cours desquelles il niait toute implication dans la disparition et la mort de l'adolescente. "Celui qui vous affirme qu'il n'a jamais voulu faire de mal à Béatrice, qu'il n'a jamais voulu la tuer, c'est la même personne. On ne peut pas lui faire confiance. Qui a envie de croire que Béatrice ait eu envie de le suivre docilement comme il le dit, qu'elle se soit docilement soumise à ses caprices, qu'elle se soit sagement assise dans les bois ? " L'accusé a affirmé que l'adolescente l'avait délibérément suivi dans sa voiture pour regarder des vidéos humoristiques sur son GSM.

Me Anne-Catherine Mignon, l'avocate de la mère de Béatrice, rejette cette hypothèse d'un enlèvement par ruse. "Ce n'est pas crédible vu le caractère de Béatrice, jeune fille intelligente et prudente." S'adressant aux jurés, elle leur demande d'avoir égard "au mode opératoire adopté par Pierson envers chacune de ses victimes", évoquant la joggeuse attaquée au taser, et le couteau utilisée contre Sauvane Watelet et l'automobiliste de Saint-Avold. "Vous ne pourrez pas croire que ce psychopathe se serait un temps adouci et aurait adopté un autre mode opératoire à l'encontre de Béatrice."