Belgique Pour les observateurs du monde politique, la défiance des électeurs n’est pas surprenante.

Les résultats n’étonnent pas Min Reuchamps, professeur de sciences politiques à l’Université catholique de Louvain (UCL). " Je ne suis pas surpris", nous dit d’emblée le politologue. "Je suis tracassé, peut-être, mais pas surpris. Ces résultats s’approchent de ceux des intentions de participation électorale."

Lorsqu’on lui détaille l’étude, il constate que le "Belge n’a confiance qu’en lui-même, en sa famille et son entreprise. Il a un sentiment de méfiance généralisé vis-à-vis des institutions auxquelles il a cru par le passé. Les gens ne font pas de distinction entre le gouvernement fédéral et le régional. Pour eux, ça revient au même. Il y a, c’est vrai, un grand désinvestissement citoyen par rapport à la chose politique."

Il constate que les citoyens ne "croient plus en leurs représentants. Il faudrait voir en quoi les citoyens croient. Et voir à quoi est liée leur méfiance : est-ce parce que les représentants ne sont pas de leur couleur politique ou parce qu’ils font un rejet pur et dur de la politique ?"

Les Belges ont émis le souhait que les politiciens travaillent davantage sur la question du terrorisme, notamment. La défiance affichée à l’encontre des gouvernements et l’envie de faire bouger les choses sur des questions liées au terrorisme, est-ce une porte ouverte aux partis extrémistes ? "Si effectivement, il a une prise de position par rapport aux mesures sécuritaires, cela peut jouer en la faveur de ce type de parti. Un parti qui prendrait un discours dur sur les questions liées à l’immigration pourrait séduire certains électeurs", ajoute le politologue. "On ne sait cependant pas si le Belge souhaite davantage de prévention ou de répression", ce qui ferait une différence dans les intentions de vote.

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LES REACTIONS DU MONDE POLITIQUE

Di Rupo (PS): "Des promesses ont été bafouées"

"Ce résultat montre que les responsables politiques doivent encore davantage expliquer leurs décisions et leurs actions. Ils doivent également être à l’écoute des citoyens. C’est en tout cas ce à quoi le PS s’emploie en tant que parti responsable et très ancré localement. Il faut aussi remarquer que lorsque des responsables de haut niveau au sein du gouvernement fédéral - niveau qui, qu’on le veuille ou non, concentre la plus grande attention des médias - ne respectent pas leurs promesses, cela créé un climat de méfiance compréhensible. Qu’on songe aux promesses du MR de ne pas gouverner avec la N-VA, de ne pas toucher à l’index ou à l’âge de la pension. Toutes ces promesses ont été bafouées. Songeons également à la ministre de la Santé, Maggie De Block, qui déclare ne plus vouloir faire d’économies sur les soins de santé alors que quelques semaines plus tard, le gouvernement fait 900 millions d’économies en sécurité sociale. Tous ces éléments ont certainement une influence considérable sur la perception des citoyens."


Patrick Dupriez (Ecolo): "La confiance ne se décrète pas"

"La confiance ne se décrète pas. Pour la reconstruire, les hommes politiques doivent adopter des comportements exemplaires par rapport à l’argent - je pense ici au scandale Publifin - et plus d’éthique. Il s’agit aussi de créer une relation permanente respectueuse avec les citoyens : les écouter, les associer et soutenir ceux qui bougent. Les faire participer aussi en limitant les cumuls et la durée des mandats. Il est encore nécessaire de travailler sur la justice sociale et fiscale pour tous : agir concrètement sur les grands défis tels que la croissance des inégalités et les dégradations environnementales. Enfin, je reste persuadé que la cohérence nourrit la confiance. On ne peut pas tenir un discours contre la fraude et s’opposer à une véritable lutte contre l’évasion fiscale."


Charles Michel (MR): "Ce sondage encourage à redoubler d’efforts"

"Le gouvernement fédéral entreprend des réformes nécessaires pour assurer l’avenir des pensions, des soins de santé tout en mettant en œuvre des mesures pour favoriser la création d’emplois. Certaines mesures sont complexes et souvent caricaturées par l’opposition. Prenons l’exemple des pensions : l’âge de la retraite à 65 ans a été fixé à en 1925 alors que l’espérance de vie était de 56 ans. En 2030, elle sera de 83 ans et seuls 10 % des Belges travaillent jusqu’à 65 ans. Aujourd’hui, de nombreux indicateurs démontrent que les actions entreprises portent leurs fruits : en deux ans, plus de 80.000 emplois ont été créés (chiffres ONSS). La plupart dans le secteur privé. Décrocher un job est la meilleure façon d’augmenter le pouvoir d’achat. Jamais depuis 25 ans, le nombre de chômeurs n’a été aussi bas. Le nombre de faillites aussi a considérablement baissé. Selon Graydon, 2016 fut l’année avec le moins de faillites ces six dernières années. C’est par des actes concrets et des résultats palpables que le gouvernement entend démontrer la justesse de ses choix. Même s’ils ne sont pas toujours les plus faciles. Ce sondage encourage à redoubler d’efforts pour rendre les résultats encore plus visibles."


Willy Borsus (MR): "Nous devons travailler à la proximité"

"Nous constatons une distance de plus en plus grande entre les institutions et les citoyens d’une part, et entre les élus et les citoyens, d’autre part. Il s’agit d’un sujet très sérieux. Notons que le morcellement des compétences permet de moins en moins de lisibilité pour les citoyens. C’est pourquoi, plus que jamais, nous devons travailler à la proximité avec les gens, aux contacts directs avec eux et aux résultats des actions menées, comme avec les récentes créations d’emplois".


Hamza Fassi-Firhi (CDH): "Le Kazakhgate et Publifin ont donné la nausée"

"L’année 2016 a offert une image détestable pour la gouvernance publique. Le Kazakhgate et Publifin ont donné la nausée. Cela ne fait que renforcer le fossé entre le politique et le citoyen. Il est grand temps d’asseoir les formations politiques démocratiques autour d’une même table, en ayant le courage de mettre le système à plat. Et d’associer la société civile et les citoyens, sans aucun tabou."

© Johanna de Tessieres