Belgique Michel Nihoul fut l’un des Belges les plus haïs du Royaume. 20 ans après, nous l’avons rencontré à Zeebrugge où il réside.

C’est à la côte belge, à Zeebrugge, que nous nous rendons pour rencontrer Michel Nihoul. Nous sonnons à la porte d’un appartement situé au rez-de-chaussée à quelques mètres de la plage.

L’homme nous ouvre. Il n’a pas changé, si ce n’est ses cheveux qui ont blanchi. Malgré son âge, bientôt 76 ans, Michel Nihoul garde bon pied bon œil. Si ce n’est son ouïe qui a quelque peu baissé. Nous sommes obligés de parler fort afin qu’il nous entende.

Tiré à quatre épingles, vêtu d’un costume trois pièces ligné, il nous fait entrer chez lui. L’appartement coquet est décoré avec soin. À gauche, son bureau, à droite, une cuisine ouverte, au centre de la pièce trône le salon. Les lieux ne sont pas cossus et pourtant, la décoration témoigne d’une vie passée dans le confort dont il n’a pu se détacher. Un vase en plastique trône dans le vestibule. C’est d’ailleurs Michel Nihoul qui attire notre attention sur ce détail. "Ça, c’est du plastique. Je l’ai peint en imitation marbre", nous lance-t-il avec un air rieur.

Michel Nihoul ne se départira pas de son humour narquois, moqueur, voire cynique, tout au long de notre rencontre. "Je n’arrête pas de déconner, c’est ce qui m’a toujours sauvé : je riais de moi-même. Un jour, en me rendant à la chambre du conseil, une femme d’une soixantaine d’années crie : ‘À mort. À mort. Je vais le tuer. Je veux le tuer !’ Je m’arrête. Je me retourne et je vais vers la femme. Je lui dis : ‘Madame, pour les autographes, c’est après la séance.’ Il n’y a plus eu un mot dans le public. C’est ma façon de leur clouer le bec."

Très rapidement, l’affaire Dutroux est au centre de la conversation. Vingt ans se sont écoulés depuis l’arrestation de Michel Nihoul, le 15 août 1996, presque douze depuis sa remise en liberté définitive, le 28 avril 2005 et pourtant, ce Liégeois d’origine - il est né à Spa - nous en parle au présent. Il se souvient de ses allers et venues à la cour d’assises d’Arlon. Il évoque le juge Jean-Marc Connerotte, juge d’instruction de Neufchâteau, qui a dirigé l’enquête Dutroux pendant deux mois avant d’être dessaisi, ainsi que le procureur Michel Bourlet, qui a soutenu la thèse des réseaux pédophiles (voir ci-contre).

Nihoul nous raconte ses liens avec la presse. Il se remémore sa participation à un documentaire de la RTBF sur la reconstitution de l’enlèvement de Laetitia Delhez à Bertrix. "C’était la première fois que je mettais les pieds à Bertrix. Je n’avais jamais vu la piscine."

Il revient aussi sur sa libération. "Quand j’ai été libéré, je me suis dit : ‘C’est bon c’est fini.’ Mais ça ne se passe pas comme ça. On voulait me tuer."

Condamné pour des faits de trafic de drogue (des pilules d’ecstasy) et d’association de malfaiteurs mais néanmoins acquitté par la cour d’assises d’Arlon des faits les plus graves liés au dossier sur les enlèvements d’enfants, pour Michel Nihoul, l’histoire n’est pas derrière lui.

Quand nous lui demandons s’il a des regrets par rapport à sa vie, il répond : "De ne pas avoir sauvé les enfants. Non pas d’avoir été un héros, parce que je me fiche d’être un héros, mais pour ne pas avoir sauvé ces enfants. Ça, c’est mon plus grand regret. Et je vais vous dire, il n’y a pas un jour où je ne pense pas à cette affaire. Je ris mais parfois, c’est pour ne pas pleurer."

Quant au regard qu’il porte sur sa vie aujourd’hui : "J’aime mon passé (NdlR : avant l’affaire Dutroux), et maintenant… ça va."

Vers midi , nous nous rendons dans un petit restaurant de poisson. Nihoul y vient souvent. Le personnel de l’établissement le connaît et l’accueille comme tout autre client. On nous installe à une petite table discrète, dans un coin, dans le fond de l’établissement. Bien que nous soyons en retrait, Michel Nihoul est tout de suite remarqué. Les clients attablés à proximité de nous le dévisagent de façon insistante. Un homme à la table d’à côté le fixe tout au long du repas sans toucher à son assiette.

Michel Nihoul, qui fut l’un des hommes les plus haïs du Royaume, est encore considéré comme un monstre par une partie de la population, malgré son acquittement. En sortant, un homme ira même jusqu’à nous photographier depuis sa voiture. "Encore maintenant, je suis reconnu", commente Michel Nihoul en souriant de la situation.

Quand nous lui demandons s’il n’a pas trop de problème quand il sort dans la rue, il répond : "Face à face, ils ne me disent rien. C’est toujours par-derrière. Je sors seul, je vais dans les grandes surfaces. Évidemment, tout le monde me regarde encore."

Plus tard, il nous racontera que depuis son arrivée à Zeebrugge, on lui a cassé sa Jaguar. Depuis, il conduit une Mercedes. "Il y a deux trois ans, on a crevé mes quatre pneus à deux reprises. Maintenant, je loue un garage."


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