Belgique

Le prochain scrutin local aura lieu en octobre 2018, dans plus de deux ans. Mais les partis s'y préparent. Avec quelques beaux duels en perspective. Voici les enjeux et tensions politiques à Mons et Tournai.

Les élections locales sont encore loin… Fantasme de journalistes avides de remplir leurs pages… On entend déjà les commentaires des états-majors des formations politiques. Pourtant, oui, 2018 est déjà sur la carte stratégique des partis. Les grandes manœuvres ont commencé pour la conquête des communes et des provinces, le prochain scrutin en Belgique.

Il ne s’agit pas que d’une simple répétition avant les superélections de 2019 (fédérales, régionales…) : l’ancrage local est fondamental pour les professionnels de la gestion de la chose publique. Diriger une commune donne une réelle assise qui permet à celui qui en dispose de bâtir une victoire ultérieure dans une circonscription plus large.

Face à ces enjeux, la nervosité des (probables) futurs candidats aux communales est déjà visible. On vient de s’en rendre compte à Mons où Elio Di Rupo a éjecté le MR (et surtout son échevin Georges-Louis Bouchez) de la majorité. Mais l’exemple montois est loin d’être isolé.

En Région bruxelloise, en Wallonie, il est déjà clair que plusieurs communes seront un grand théâtre pour des acteurs qui rejoueront les classiques des passions humaines : la volonté de revanche (Molenbeek, Bruxelles), le choc des ego (Namur, Tournai), l’empereur trop puissant que l’on voudrait détrôner (Mons)…

Voici les enjeux et les tensions politiques à Mons et Tournai tels qu’ils se présentent déjà aujourd’hui.


Mons: Un beau récit, celui de saint Georges et du dragon

Mons n’est pas la plus grande ville de Wallonie mais les péripéties de sa politique locale sont dignes des grands récits antiques. L’empereur déjà âgé mais refusant de céder le pouvoir - le bourgmestre Elio Di Rupo - doit résister à la fougue de son jeune adversaire qui n’a plus rien à perdre, le libéral Georges-Louis Bouchez. De retour dans la cité après quelques mois passés au Parlement wallon, il constitue une menace pour 2018.

Le PS devrait rester le mâle dominant, bien sûr, mais sa majorité absolue pourrait être remise en question par la campagne radicale d’un challenger désinhibé par sa fraîche défenestration hors du collège communal. Georges-Louis Bouchez est allé à l’école Reynders et, à l’image de ce dernier, il sera tenté de mener une campagne radicale anti-PS pour un renversement de situation au forceps. Il lui reste deux ans pour fédérer autour de son nom les électeurs qui ne veulent plus des socialistes. Ironie : c’est peut-être en ayant voulu "tuer" dans l’œuf le jeune trublion MR qu’Elio Di Rupo se met en danger en 2018. Les gens aiment les belles histoires : dans le duel qui s’annonce, il y a un peu de David contre Goliath. Ou, plutôt, de saint Georges terrassant le dragon. On est bien dans la cité du Doudou.


Tournai: Une même majorité, un bilan à partager et pourtant un vrai combat à livrer

Leur affrontement aura des airs de combat des chefs en 2018. Pourtant, actuellement, bien qu’empêchés tous deux pour cause de mandat ministériel, Rudy Demotte (PS) et Marie-Christine Marghem siègent dans le même collège communal tournaisien où le premier cité est bourgmestre et la seconde, première échevine. Ils devront mener une campagne durant laquelle ils devront défendre le même bilan tout en tentant de convaincre l’électeur que chacun est le meilleur. L’un à la Fédération Wallonie-Bruxelles ou le parti de l’autre est dans l’opposition, l’une dans la majorité fédérale vis-à-vis de laquelle le PS cogne à tout-va sur le MR. 

Pour l’heure, à Tournai l’alliance laïque continue de tourner et on n’attend pas d’effets collatéraux de l’éviction montoise du MR par le PS. Lorsque la campagne électorale démarrera vraiment, les Tournaisiens se rappelleront sans doute la saga du "Pont des Trous" et l’arrivée controversée des demandeurs d’asile au cœur du mois d’août. Les déclarations d’alors de celui qui est bourgmestre empêché et de son échevin délégué aux fonctions maïorales avaient ému. Tout semble désormais oublié. Marghem réactivera-t-elle, pour tenter de l’emporter, ces souvenirs désagréables pour le PS ?