Belgique Après 47 ans de bons et loyaux services, les chars Leopard belges feront feu une dernière fois aujourd’hui.

"C’était le meilleur achat. Il avait 15 ans d’avance sur ses contemporains. Avec lui, l’armée belge a fait un saut dans le temps." Le 1er Brigadier-chef Testaert ne voit pas le Leopard comme un simple véhicule, mais comme un membre à part entière de la famille militaire belge. Le regard rivé sur l’exemplaire exposé dans la Cour carrée du Musée royal de l’Armée, il dit : "J’étais très ému de voir tant de gens assister au défilé du 21 juillet juste pour voir le Leopard."

C’était en juillet dernier, 47 ans après son entrée en fonction, le mastodonte de facture allemande faisait sa dernière apparition publique. Aujourd’hui, dans les plaines du champ de manœuvre de Bergen-Hohne, il tirera une dernière fois. Puis se retirera dans le silence d’une pension amplement méritée.

Son histoire remonte aux années ‘50. L’armée belge occupe alors l’Allemagne et compte quelque 1.500 véhicules blindés. Les États-Unis ont fourni la masse : Patton et Pershing font la fierté de milliers de soldats belges. L’obsolescence de ces chars pousse le gouvernement belge à leur trouver un remplaçant.

"Il y avait alors trois candidats, raconte le Brigadier-chef . Le M60 américain, le Chieftain britannique et le Leopard I allemand." Ce dernier était le fruit d’une collaboration - bientôt avortée - entre la France et l’Allemagne de l’Ouest. Les premiers développeront leur AMX 30. Les seconds le Leopard, véritable émanation de l’expérience germanique de l’arme blindée acquise chèrement durant la Seconde Guerre mondiale. La guerre froide est à son paroxysme. En 1967, la Belgique se dote finalement de ce char "considéré comme supérieur : multifonctionnel, très fiable, doté d’une bonne puissance de feu d’un moteur diesel avec une autonomie de 600 km et d’une très grande maniabilité."

Les amateurs jugeront : le Leopard I déplace ses 45 tonnes à 65 km/h, est amphibie et "ne tombe jamais en panne. Les équipages étaient très fiers de leur char, le dorlotaient et si leur char avait un problème, c’était souvent parce qu’il restait trop longtemps inactif", sourit William Testaert. L’armée belge en compte 334 exemplaires et se hisse au rang de premier membre de l’Otan à l’adopter.

Au fil des décennies , le Leopard sera modernisé. Équipé d’un périscope mobile (le chef de char peut observer l’environnement à 360 degrés indépendamment de l’orientation de la tourelle), la Défense ajoutera un stabilisateur de tir, pour faire feu en mouvement, un calculateur de distance laser (COBELDA) puis, peu avant la chute de l’empire soviétique, une tourelle neuve, électrique et surmontée d’une caméra thermique. "À l’époque, le gouvernement voulait faire fonctionner l’industrie belge. Le système de tir COBELDA est 100 % belge et c’est à Rocourt que les tourelles ont été rénovées", glisse le Brigadier-chef. La même remarque vaut pour la peinture étudiée et mise au point à Gand en vue de réduire l’empreinte thermique du char.

En cinq décennies d’histoire, le Leopard n’a été engagé qu’une fois en opération. Treize Leopard, un escadron, ont participé à la mission KFOR au Kosovo. "Mais il a fait la réputation de l’armée belge pendant tout ce temps. Sur la frontière, en Allemagne, pendant l’occupation. Au Canadian Army Trophy, où des Belges ont plusieurs fois remporté la mise, au nez et à la barbe des Américains même ! On a toujours été bien classés. Les équipages de Leopard étaient considérés comme l’élite !"