Belgique

A l'occasion de la sortie en DVD du film "Intouchables", la DH a rencontré deux people belges en fauteuil roulant... Touchant récit.

BRUXELLES Rencontre avec deux personnalité dont la vie a subitement basculé.

Mike, qui est tétraplégique, partage aussi une relation privilégiée avec son aidant.

Septembre 2006. Au détour d’une route, la vie de Mike bascule irrémédiablement. Il est à moto, une voiture lui coupe la route. Il se retrouve tétraplégique.

Depuis, l’ex-animateur de Radio Contact et RTL a toujours fait preuve d’un courage insensé pour tenter de faire un pied de nez au destin qui l’a cloué dans un fauteuil.

C’est ainsi qu’au gré de mille efforts, il arrive à soulever les bras. Autant dire que l’histoire d’Intouchables lui a forcément parlé.

“J’ai beaucoup ri en voyant le film, mais d’une manière différente sans doute du grand public, car les situations que l’on voit, je les ai vécues. Quand Omar dit “Je ne vide le cul de personne”, je connais ça de la part de mes aidants.”

C’est un film qui décrit bien le quotidien d’un tétraplégique ?

“Oui. C’est très bien fait et tout ce qui doit être dit a été dit sauf peut-être certains aspects un peu plus négatifs, mais qui n’auraient pas eu leur place pour moi dans le film.”

Est-ce que vous avez connu une relation avec un de vos aidants qui se rapproche de celle de François Cluzet avec Omar Sy ?

“Oui. J’ai à mes côtés une personne que je connais depuis longtemps et qui est formidable. On a cette même complicité. On se dit tout, on n’a aucun secret. On a vu le film ensemble et on s’est reconnus. À part pour la couleur de la peau : le Noir c’est moi et le Blanc, c’est lui (rires).”

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

“Je le connais depuis qu’il est petit. Il m’a proposé de lui-même de devenir mon aidant. Il est à mes côtés pour des raisons de cœur. C’est encore plus fort que dans Intouchables. Mais il ne souhaite pas être exposé médiatiquement…”
On imagine qu’être aidant ne doit pas être facile…

“Je suis dépendant à 100 %. Je ne peux pas me gratter les cheveux ou l’oreille moi-même. C’est donc important d’être en osmose. La personne qui vous aide doit comprendre que, quoi qu’on lui demande, ce n’est pas un caprice. Il n’y a rien de pire pour une personne à mobilité réduite que de penser qu’elle est capricieuse.”

Le personnage de François Cluzet dans le film a parfois de gros coups de déprime. Ça vous arrive aussi ?

“Oui. Quand j’ai ouvert les yeux à l’hôpital après l’accident et que j’ai appris que j’étais totalement paralysé, je me suis demandé comment j’allais faire pour crever ! Depuis 5 ans, il y a des moments où le moral est bon et d’autres où ça retombe. J’ai connu récemment des moments difficiles, je suis resté enfermé et, un jour, mon aidant m’a pris en voiture et on a juste roulé. Exactement comme dans le film. Ça m’a fait un bien fou. J’avais besoin de prendre l’air.”

Vous pensez que le film va aider à changer le regard sur les personnes handicapées ?

“Je crois qu’il a fait un peu changer les mentalités. Tout comme on n’a plus jamais regardé de la même manière un trisomique après Le huitième jour, on ne regardera plus une personne en chaise roulante de la même façon non plus.”
Vous nous aviez confié en octobre que vous alliez raconter votre histoire dans un livre…

“C’est en cours d’écriture. J’ai trouvé mon nègre pour l’écrire (rires).”

Après votre passage dans Les orages de la vie en télé, vous avez eu beaucoup de réactions ?

“Oui. Plus de 10.000 personnes via Facebook. Mon profil est saturé, je ne peux plus accepter d’amis. Mais les gens peuvent m’écrire sur ma page Facebook.”

Hier champions de motocross, aujourd’hui champions de l’optimisme. Une leçon!

La grande bâtisse blanche, plantée à la sortie de Huy, resplendit dans la clarté de cette première journée printanière de l’année. Les pelouses sont impeccables, les haies s’alignent, droites et taillées au cordeau. La porte de la cuisine est ouverte et Dédé, sanglé dans son fauteuil électrique, le pull sur les épaules, y prend le soleil, sourire aux lèvres.

André Malherbe, un de nos plus brillants champions du monde de motocross qu’une ridicule chute au Dakar engonça définitivement dans ce fauteuil un jour de janvier 88 ! Il peut juste bouger la tête. Mais cela lui suffit pour conduire, pardon, piloter son fauteuil dans tous les sens avec cette même dextérité qu’il appliquait au temps de sa gloire sur les circuits.

L’éclat de nos retrouvailles suffit à attirer le grand Laquaye qui surgit d’une pièce voisine. Égal à lui-même, le Jean-Claude, toujours aussi rigolard. Ces deux-là sont indissociables. Non pas par la force des choses, mais par l’amitié de toute une vie. “Je lui avais dit qu’il ne devait pas aller voir le film, attaque-t-il d’emblée. C’est à 80 % notre histoire, ce que nous vivons au quotidien. Les mêmes scènes se répètent.” Et Dédé d’embrayer : “Nous aussi, on a fait le coup de foncer en voiture à 200 km/h soi-disant vers un hôpital. Plus d’une fois, d’ailleurs ! Nous non plus, on ne rate jamais une occasion de rigoler, même si je trouve qu’avec l’âge Jean-Claude est devenu un peu plus grigneux.

“Et toi alors, tu ne t’es pas vu !”

La réplique a fusé comme dans un vieux couple. “Fondamentalement, reprend Dédé, tout fier d’avoir taquiné son complice, notre histoire est différente. Je ne l’ai pas sorti des Assedic et d’une vie sédentaire. Notre complicité remonte à notre enfance. Nous avons grandi ensemble, nous avons eu le même centre d’intérêt, le même métier. Nous allions nous entraîner ensemble.

Une amitié que l’accident allait rendre plus indéfectible encore. “Il a toujours été là, poursuit Dédé. Pendant les deux premières années, tous les jours il est venu à l’hôpital. À ma sortie, il était là. Lorsqu’il a fallu que je reprenne des forces, il m’a encouragé, remis dans le train-train quotidien. À propos, Jean-Claude, passe-moi un peu d’eau sur le visage. J’ai trop chaud.

Je serai toujours là, précise le Grand tout en s’exécutant. J’habite à cinq minutes d’ici. À toute heure du jour ou de la nuit, s’il a un souci, je suis vite à ses côtés !

Jamais de dispute ? “Parfois des querelles de gamin, mais on n’en arrive jamais aux mains, hein André !” “Quand il m’emmerde, je lui roule dessus avec mon fauteuil !



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