Belgique Les pièces dites prooflike sont d’une qualité bien supérieure. Ce qui justifie aussi un prix bien plus élevé…

La mission de la Monnaie Royale de Belgique est bien entendu de battre monnaie : c’est, faut-il, le souligner, sa raison d’être. Sa plus grande visibilité, ce sont ces pièces que nous utilisons quotidiennement. C’est la monnaie nationale dans le jargon de la maison. La Monnaie Royale de Belgique a toutefois plusieurs cordes à son arc : elle frappe aussi des pièces commémoratives, qui ravissent les nombreux collectionneurs. C’est le volet pièces de collection de l’activité de la Monnaie Royale de Belgique.

Elle est loin d’être négigeable. La Monnaie Royale de Belgique vient ainsi de frapper des pièces commémoratives pour le bicentenaire des universités de Liège et de Gand. "La frappe est manuelle", précise Jacques Cerutti.

La principale caractéristique de ces pièces de collection est qu’elles coûtent plus cher que leur valeur faciale.

C’est par exemple 8 euros pour la pièce de 2 euros 200 Jaar Universiteit Gand, tirée à 200.000 exemplaires, alors que la pièce commémorative pour l’Université de Liège a été tirée à 175.000 exemplaires.

Toutes ces pièces commémoratives ont cours légal, car elles correspondent à une valeur de l’offre de monnaie en euros. "Vous pouvez les utiliser dans le commerce", souligne Jacques Cerutti, "même si personne ne va payer des achats avec une pièce qu’elle aura achetée quatre ou cinq fois plus cher".

Dans cette longue série de pièces commémoratives, la Waterloo a connu une histoire assez mouvementée.

Rappelez-vous : la Belgique avait décidé de sortir une pièce de deux euros à l’occasion du bicentenaire de la bataille de Waterloo, en 2015. Mais voilà, la France n’avait pas vu cette initiative d’un bon œil, une initiative qui lui rappelait une amère défaite militaire. Pas moins de 175.000 pièces sont passées à la trappe.

La Monnaie Royale de Belgique possède aussi la technologie pour démonétiser des pièces : elle consiste à les onduler. Elle possède même une expertise reconnue : des pièces frappées dans d’autres pays en plus des quotas permis peuvent se retrouver dans les sous-sols de la Monnaie Royale de Belgique pour être démonétisées.

Si la Belgique a perdu une bataille avec cette pièce Waterloo de 2 euros, elle n’en a pas moins mené une contre attaque à l’époque en proposant cette fois une pièce de 2,5 euros pour laquelle la France n’avait rien à dire : il ne s’agissait pas de l’une des huit valeurs faciales officielles. "Cette pièce a aussi cours légal, mais uniquement en Belgique".

La différence de prix entre la valeur faciale et le prix demandé s’explique par plusieurs raisons. Il y a bien entendu un processus de frappe moins automatisé. Chaque pièce est mise dans un coincard, un emballage spécifique. Et cette pièce, il a fallu la glisser manuellement dans cet emballage.

"Nous proposons également des fleurs de coin", poursuit le chef d’atelier de la Monnaie Royale de Belgique. Cette fois, ce sont des sets contenant toute la panoplie des pièces en euros. Le dernier set en date pour le double bicentenaire d’universités belges est vendu à 32 euros.

Et puis, il y a le très haut de gamme, le set prooflike. Cette fois, on ne joue plus dans la même division. "La matière première de ces pièces est différente des pièces nationales", explique encore Jacques Cerutti. Leur flanc est poli et la finition bénéficie d’une qualité supérieure. Elles sont déposées précautionneusement dans un set, toutes protégées par une capsule spéciale transparente. Cette boîte de luxe exclusive - la production totale pour l’année 2017 est limitée à 1.000 unités - a un coût : 75 euros, pour une valeur faciale de 3,88 euros pour l’ensemble des pièces. "Chaque set est muni d’un certificat d’authenticité numéroté et signé par le commissaire des Monnaies". C’est du sérieux. "Toutes les pièces en or ou en argent sont aussi munies d’un certificat nominatif", précise encore Jacques Cerutti.

Chaque pièce comporte des signes particuliers qui passent largement inaperçus, sauf peut-être sur les pièces commémoratives pour lesquelles il faut toutefois être très attentif pour remarquer l’effigie de Saint-Michel, en bas à gauche, juste en dessous du portrait du roi Philippe, et le sigle du gouverneur des Monnaies. "Chaque gouverneur choisit un sigle", nous apprend encore Jacques Cerutti. L’actuel Commissaire des Monnaies, Ingrid Van Herzele, a choisi l’armoirie de la ville… d’Herzele. "B ernard Gillard, son prédécesseur, avait choisi un chat, car il aimait bien les chats". Il y a encore eu une plume ou le signe zodiacal de la Balance, qui était celui du commissaire Romain Coenen.

La disparition annoncée de la Monnaie Royale de Belgique ne va pas pourtant autant mettre un terme définitif à l’offre de pièces commémoratives. "La MRB continuera de se charger des commandes et de la mise en circulation des pièces de monnaie destinées à la circulation et des pièces commémoratives", a ainsi souligné Ingrid Van Herzele, dans le magazine MonnaieInfo 73, qualifié d’"édition d’adieu".

Une page de la longue histoire monétaire belge va en tout cas être tournée.

Perdues à jamais

C’est à peine croyable. Et pourtant, les ménages belges ont encore une petite fortune égarée à la maison ou dans le fin fond de coffres bancaires : l’équivalent d’une valeur de 188 millions d’euros de pièces en francs belges n’est jamais rentré dans les coffres de la Banque Nationale de Belgique depuis l’avènement de la monnaie unique, en 2002. C’est en soi une somme colossale : près de 9 milliards de francs.

En fait, quatre pièces sur dix en circulation avant le 1er janvier 2002, date de l’arrivée de l’euro fiduciaire, n’ont jamais été rentrées et échangées par les Belges. Le pompon revient à la pièce de 50 centimes : près de 85 % de ces pièces à l’effigie d’un mineur sont toujours dans la nature. C’est en fait 573,4 millions de pièces qui sont concernées. Lancée en 1955, à une époque où l’industrie minière était un pilier de l’économie belge, elle a roulé sa bosse jusqu’à l’arrivée de l’euro, les dernières frappes datant de 2001. Cela fait environ 50 pièces de 50 centimes par Belge !

Si la pièce a sans surprise le taux de retour le plus élevé - quelque 77 %, qui n’est pas sans lien avec la valeur faciale - c’est toutefois la pièce de 20 francs qui pèse le plus dans vos fonds de tiroir : les pièces non rentrées représentent un montant de 74,9 millions d’euros, contre 7,1 millions d’euros pour les 573 millions de pièces de 50 centimes.

Si vous retrouvez de ces jours-ci quelques-unes de ces pièces en remettant de l’ordre dans votre cave, ne sombrez pas dans l’euphorie : ces pièces ne valent plus rien, ou plutôt elles ne peuvent plus être échangées contre des euros auprès de la Banque Nationale de Belgique depuis fin 2004. À moins d’avoir l’âme d’un collectionneur…