"Les zombies existent: j’ai vécu avec l’un d’eux !"

Interview> D.Ha. Publié le - Mis à jour le

Exclusif
Belgique

Le prêtre molenbeekois, Pierre Behets, parle du zombie qu’il a connu en Haïti

BRUXELLES Missionnaire en Haïti de 1977 à 2000, Pierre Behets, 66 ans aujourd’hui et prêtre de l’église molenbeekoise Saint-Charles Borromée (Unité Pastorale d’Emmaüs), s’insurge contre celles et ceux qui prétendent que les zombies n’existent pas ! “Les zombies existent. J’ai vécu avec un zombie – végétarien – dans le jardin de la propriété où j’habitais en Haïti. Cela a duré plusieurs mois” , assure d’ailleurs notre prêtre catholique !

Vous avez donc vraiment connu un zombie ?

“Ce type-là avait une quarantaine d’années. C’était un tailleur et il était un peu comme quelqu’un qui avait fait une thrombose. Il avait perdu une partie de l’usage de la parole et du raisonnement mais il était physiquement tout à fait en état. Il était épouvantable parce qu’il était obnubilé par la nourriture et il allait partout dans les jardins cueillir tous les fruits et légumes possibles et imaginables. Il ramenait ensuite tout ça dans notre jardin. Il m’avait même dérobé mes chaussures qu’on a retrouvées dans ses stocks de nourriture et il avait aussi flanqué de la terre dans le réservoir d’un véhicule. Il a fait des tas de choses, ce type-là.”

Il ne ressemblait donc pas aux zombies qu’on a coutume de voir au cinéma ?

“Pas du tout puisqu’un zombie, c’est un être humain comme les autres qui a été plongé dans un sommeil léthargique et réveillé le plus vite possible. Tout ça, c’est empirique : ça rate ou ça réussit. Ce n’est pas des affaires qui scientifiquement sont toujours bien déterminées. En Haïti, c’est vraiment l’expérience, mais l’expérience peut aussi mal tourner !”

Que s’est-il passé pour le zombie dont vous parlez ?

“À un moment donné, les gens en ont eu marre et ils lui ont coupé la tête avec une machette. Ils n’ont pas besoin de loi sur l’euthanasie là-bas ! On lui a coupé la tête et c’était réglé. Ce genre de personnages deviennent des personnes un peu difficile à gérer et restent des exceptions.”

La zombification, kesako ?

“C’est en général une punition. On punit quelqu’un en le zombifiant. Il n’y a que les sorciers qui ont les connaissances nécessaires qui sont capables de produire un zombie […] Ces types-là, ce n’étaient pas des doux. C’est leur conception de vie. Eux, ils décident si l’on va punir ou pas à la suite d’événements qui se sont passés […] Dans l’entre-deux-guerres, il y a d’ailleurs des médecins américains qui ont fait une étude pour savoir si c’était possible de transformer quelqu’un en zombie et ils ont trouvé la formule. C’est du sérieux, ce n’est pas de la rigolade.”

Doit-on avoir peur de se voir un jour zombifié ?

“Actuellement, c’est beaucoup plus difficile parce que d’abord on n’enterre plus le jour même. À cette époque-là, on enterrait le jour du décès. Quand on enterre le jour du décès, il faut vite le réveiller parce que le cerveau n’étant pas bien irrigué, on peut rester avec un handicapé […] En général, quand ça réussit bien, le sorcier en fait son domestique mais il faut que cela réussisse parce qu’il faut que le type écoute et réponde à ce qu’on lui demande […] Mais je ne sais pas si cela existe en Belgique, je ne sais pas s’il y a des sorciers qui sont capables de zombifier. D’abord, il faut se procurer la plante, le Datura stramonium, et cela ne pousse pas ici, ça pousse dans les Caraïbes !”

Vous approuvez ?

“Nous, on n’est pas d’accord avec ce principe-là. J’ai dit je ne sais combien de fois que ce n’était pas logique de travailler de cette manière-là. Mais eux, c’est leur façon de fonctionner. Le sorcier est une sorte de conseiller. Je vais me plaindre chez un sorcier d’un événement de la vie et le sorcier va rechercher, en posant des questions dans la famille, qui ne s’entend pas avec la personne qui le consulte. Il va persuader que c’est cette personne-là qui est peut-être responsable de l’événement et puis, ils vont l’attaquer […] Entretenir la peur procure évidemment un pouvoir et c’est le mode de fonctionnement d’un sorcier. C’est par la peur qu’on a un pouvoir mais les catholiques disent quand même le contraire : n’ayez par peur ! […] Quand on essaye de gérer les personnes en leur faisant peur : effectivement, on est les patrons et ça fonctionne comme ça ici aussi. Il y a moyen de faire peur avec ce qui se passe ici à Molenbeek. Il y a des tas de Belges qui n’osent pas se présenter dans le centre de Molenbeek parce qu’ils ont la trouille.”

Vous croyez donc au vaudou ?

“Le vaudou, ce n’est pas de la rigolade, c’est du très sérieux, ça produit beaucoup de dégâts […] Tous les prêtres catholiques sont en relation avec le vaudou, c’est inévitable […] Bien sûr qu’il y a aussi de la sorcellerie chez les catholiques mais je ne pratique pas.”

Les catholiques doivent donc reconnaître l’existence des zombies ?

“Évidemment, il faudrait être stupide pour ne pas le reconnaître. Tout le monde a vu au moins une fois dans sa vie un zombie quand on est en Haïti un petit peu longtemps. Mais c’est une affaire exceptionnelle parce que pour arriver à la conclusion de zombifier quelqu’un, il faut vraiment être méchant. On détruit la vie de quelqu’un.”



© La Dernière Heure 2012
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