Belgique Les ministres Tillieux et Simonis ont présenté leur plan pour le secteur de la construction dans une entreprise dirigée par d’anciens magouilleurs.

Imaginez-vous que l’Union cycliste internationale présente son plan anti-dopage dans le salon de Lance Armstrong. Plutôt hasardeux n’est-ce pas ? Une situation semblable s’est pourtant produite hier matin, à Libramont. Deux ministres socialistes, Eliane Tillieux (Emploi) et Isabelle Simonis (Enseignement de promotion sociale), avaient fait le voyage dans les Ardennes pour présenter leur convention-cadre pour le secteur de la construction.

Pour ce faire, elles avaient choisi comme endroit l’entreprise de construction Jérouville.

Mais ce choix tombe mal, très mal, quand on connaît le passé sulfureux de cette firme. Créée par Paul Jérouville (échevin de la construction libéral à Libramont) et dirigée aujourd’hui par sa fille, Natacha, elle a longtemps été inquiétée par la justice.

Faux, usage de faux ou prise d’intérêts dans des marchés publics pour lesquels la société familiale aurait été favorisée sont autant de faits qui avaient été reprochés aux Jérouville.

Le procès, initié en 2009, s’est clôturé avec de grosses sanctions décidées par le tribunal correctionnel de Neufchâteau en avril 2014. Paul Jérouville avait écopé de 2 ans de prison avec sursis et Natacha de 12 mois de prison avec sursis.

Un tel déplacement de la part de deux ministres socialistes est donc surprenant, pour ne pas dire à limite de l’acceptable. Malgré tout, au cabinet d’Eliane Tillieux, on explique la situation en précisant que Natacha Jérouville est actuellement présidente du Fonds de formation de la construction. Elle serait donc un partenaire obligé pour les négociations avec le secteur. "Elle a été désignée à ce poste par ses pairs. Pour le reste, les membres d’un gouvernement wallon n’ont pas pour vocation de s’exprimer sur les travaux de la justice étant donné la séparation des pouvoirs", précise-t-on laconiquement.

S’il n’est donc pas question de remettre en cause l’utilité et l’efficacité des mesures prises entre le secteur de la construction et les politiques, le choix géographique pour les présenter semble contestable. Une affaire qui devrait écorner encore un peu plus l’image des hommes politiques aux yeux des électeurs.


Germain Mugemangango, p résident Ptb Hainaut:  "Cela ne va que stimuler la méfiance des gens"

"Le choix de cette entreprise pour présenter la convention-cadre avec le secteur de la construction est dérangeant au niveau symbolique quand on connaît son passé sulfureux. Cela pose question sur deux points : comment Natacha Jérouville peut-elle être représentante du fonds de formation de la construction alors qu’elle a été condamnée et pourquoi les ministres, alors qu’ils ont le choix, ont décidé de se rendre dans son entreprise ? En faisant cela, ils donnent sans aucun doute du crédit à cette firme. Le souci, c’est que cela risque de stimuler la méfiance des gens vis-à-vis du monde politique. En tant que ministres, Isabelle Simonis et Eliane Tillieux se doivent de se poser ce genre de questions avant de se rendre n’importe où."