Belgique

La Foire agricole de Libramont est assurément le rendez-vous à ne pas manquer pour les professionnels du secteur de l’agriculture et de l’élevage. C’est aussi, pour les distributeurs, l’occasion d’aller à la rencontre de leurs fournisseurs.

Delhaize nous avait donc convié à venir nous rendre compte des efforts mis en place pour offrir aux clients une viande de qualité. "Nous travaillons selon deux modèles, explique Jean Van de Put, Directeur des achats Boucherie chez Delhaize. Pour l’approvisionnement conventionnel, nos fournisseurs ont tissé des liens privilégiés avec les éleveurs. Ils connaissent nos critères de sélection et travaillent généralement avec les mêmes éleveurs depuis des années. Cela représente 80 à 90 % du volume total de viande bovine que nous vendons. Au total, près de 1.000 éleveurs nous fournissent. Le second modèle, concernant le bio, est différent dans la mesure où nous achetons directement à un groupement d’une trentaine d’éleveurs."

Dans les rayons de l’enseigne au Lion, c’est donc essentiellement du Blanc-Bleu-Belge qu’on retrouve. "Cela représente 95 % de notre assortiment. Nous avons aussi des viandes étrangères, généralement plus grasses et donc au goût plus prononcé, mais ce segment n’attire qu’une clientèle très limitée. Pour nos clients, la viande belge est irremplaçable. Ils y sont attachés et, à l’aveugle, ils la reconnaissent entre toutes. C’est vrai qu’elle a un peu moins de goût, mais c’est ce que le consommateur recherche car, en Belgique, la viande se mange toujours accompagnée de sauce."

En ce qui concerne le bio, Delhaize ne s’approvisionne qu’auprès d’éleveurs belges travaillant avec des races françaises. "Majoritairement, c’est de la viande limousine. Cela demande un travail moins intensif même si l’animal est plus sauvage. Le vêlage est naturel alors que pour le Blanc-Bleu-Belge on a systématiquement recours à la césarienne. Nous avons été parmi les premiers à acheter de la viande limousine auprès d’éleveurs belges, il y a environ 20 ans. Cela a suscité en engouement et plusieurs éleveurs ardennais s’y sont mis."

La crise a également modifié le mode d’élevage des bovins. "Cela n’a pas eu d’influence sur les races élevées, mais bien sûr l’approvisionnement en fourrage. Auparavant, les éleveurs s’approvisionnaient sur les marchés internationaux. Afin de rationaliser les coûts, ils ont joué la carte de la diversité et se sont mis à produire eux-mêmes des aliments pour le bétail. Celui qui s’en sort, c’est celui qui s’est adapté. D’autres, malheureusement, ont disparu."

Au final, malgré une augmentation légère des prix, surtout depuis fin 2012, le prix au détail est resté relativement stable. "La demande est quelque peu en baisse, mais on n’a pas assisté à une chute brutale. On observe cependant une évolution de cette demande. On consomme plus de viandes préparées, notamment les viandes hachées et les plateaux à fondue ou pierrade. Sans oublier les viandes marinées, surtout en cette période de barbecues."

Embellie dans le secteur laitier mais les nuages restent présents

Manifestations, épandages de lait, fermetures d'exploitations, ... les producteurs laitiers ont traversé une grave crise en 2008-2009. En 2013, si la situation s'est améliorée, à la faveur d'un redressement des prix, le quotidien de nombreux producteurs reste difficile. "La situation s'est améliorée. Le marché mondial du lait est actuellement déficitaire, ce qui tire les prix vers le haut. Mais l'année 2012 a été une mauvaise année, avec de mauvaises conditions climatiques et moins de fourrages, ce qui a fait augmenter les coûts de production", résume Daniel Coulonval, président de la Fédération wallonne de l'Agriculture (FWA).

En juin, la moyenne des prix payés par les laiteries wallonnes s'est élevée à 33 euros pour 100 litres de lait, ce qui représente presque un doublement par rapport au plancher de 18 euros pour 100 litres atteint au pire de la crise de 2008-2009. "Cela permet de boucher les trous mais ce ne sont pas des prix qui permettent de réinvestir. Aux coûts de production actuels, il faudrait un niveau de 37-38 euros", nuance le président de la FWA.

"La situation est un peu meilleure mais les coûts de production ont fortement augmenté. Avec la hausse du prix du lait, on arrive à payer les factures mais on est encore loin de payer un salaire pour le travail qu'on fait", confirme Erwin Schöpges, membre du groupement de producteurs laitiers MIG.

La situation reste donc difficile pour les producteurs laitiers wallons. En témoigne l'indice de confiance récemment publié par la banque Crélan. Si, globalement, la confiance des agriculteurs s'est légèrement améliorée par rapport à l'année précédente, le secteur de l'élevage laitier affiche la confiance la plus basse du monde agricole belge et est le seule spéculation à voir sa confiance reculer.

Le "paquet lait" adopté au niveau européen et offrant la possibilité aux producteurs de s'organiser, pour une partie de leur production, face aux laiteries, représente certes une réponse partielle. Mais les éleveurs continuent à déplorer un manque de régulation.

"On voit beaucoup d'agriculteurs qui arrêtent de traire pour passer aux céréales. Ce serait quand même triste de perdre toute une génération de producteurs laitiers ici en Wallonie et dans toute l'Europe", avertit Erwin Schöpges, craignant que la fin des quotas laitiers en 2015 ne mette les éleveurs à la merci "des multinationales et des banques". "J'ai un fils de 20 ans qui aimerait bien reprendre la ferme mais à des conditions pareilles, on n'ose pas".