Belgique

Le ministre-président wallon Paul Magnette a rejeté mercredi, dans une envolée au parlement wallon, toute politique spécifique à l'égard des réfugiés de guerre qui viennent vivre en Wallonie et doivent à ses yeux être considérés comme des "Wallons comme tous les autres", à la seule exception de l'apprentissage obligatoire du français. 

"Le jour où un demandeur d'asile devient réfugié, il est un résident permanent en Belgique. Il est donc, au sens sociologique du terme, un Wallon, un Wallon comme tous les autres", a lancé M. Magnette (PS) à l'occasion d'un mini-débat thématique en séance plénière.

"Il n'aura pas droit au logement d'un autre, il n'y aura pas une politique spécifique de logement pour les réfugiés, il n'y aura pas une politique spécifique d'allocations familiales ou d'insertion socio-professionnelle. Il n'y aura de politique spécifique - pour tous les primo-arrivants, qu'ils soient réfugiés, ou en vertu du regroupement familial ou autre - que pour l'apprentissage du français langue étrangère, qui est la seule chose qui les distingue", a-t-il affirmé.

"Pour le reste, ils deviendront des résidents wallons, ils deviendront Wallons, et ils auront donc les mêmes droits que tout le monde d'accéder au RIS (revenu d'intégration sociale) s'ils ne trouvent pas d'emploi, à la formation socio-professionnelle, à l'emploi s'ils en trouvent, à l'allocation de chômage si hélas ils perdent leur travail, au logement privé ou public dont ils ont besoin".

M. Magnette expliquait ainsi la "philosophie" de la task force que son gouvernement a instituée pour évaluer la réponse à apporter à l'afflux de migrants, dans les matières régionales.

Cet afflux, "nous devons le considérer comme n'importe quel autre défi de croissance démographique, en nous disant seulement que celle-ci est inattendue et rapide, mais nous ne devons pas nous poser la question de savoir d'où ils viennent et pourquoi ils sont ici dès lors que, en vertu des conventions internationales, ils sont des résidents permanents et des Wallons comme les autres".

A cet égard, "ceux qui prétendent que l'on va modifier les conventions internationales sont des menteurs et des démagogues, ils font déshonneur à nos grands principes démocratiques", a-t-il ajouté.

Face à cette charge contre les sorties récentes de la N-VA ou de l'Open Vld visant à restreindre les droits des réfugiés - dont certaines ont été relayées par l'unique député PP, suscitant l'indignation de tous les autres députés -, les bancs MR n'ont pas applaudi, "mais nous n'étions pas loin d'acquiescer sur une bonne partie de vos propos", a commenté le chef de groupe libéral, Pierre-Yves Jeholet.

Le réformateur, réclamant un débat serein, s'en est pris à la députée PS Olga Zrihen qui avait auparavant dénoncé l'imprévision du fédéral dans la politique d'accueil. "Ce qu'on attend maintenant du gouvernement wallon, ce sont des mesures concrètes. Je prends note du revirement du gouvernement sur l'apprentissage obligatoire du français, on s'en réjouit, mais il y aura le problème du logement, etc", a-t-il dit, évoquant aussi la formation des réfugiés à des métiers en pénurie en Wallonie.

Véronique Salvi (cdH) s'est réjouie des moyens annoncés (cinq millions d'euros) pour l'apprentissage du français, tandis que Matthieu Daele (Ecolo), s'il a reconnu apprécier la sortie de Paul Magnette, est resté "sur sa faim" quant aux mesures concrètes qui sortiront de la task force, vu la pénurie de places d'apprentissage du français.

Frédéric Gillot (PTB) a rejoint ce qu'il considère comme les "valeurs de gauche" défendues par le ministre-président, et souligné que "l'arrivée de futurs citoyens wallons" constituait "une opportunité pour que le gouvernement wallon aille plus loin et plus vite dans la création de nouveaux logements et d'emplois".