Belgique

Ecolo réalise une spectaculaire percée lors de ces élections communales. MR et PS perdent des plumes, le PTB pose définitivement les pieds sur la table. Le résumé de la soirée.

"La vague verte est bien là." La phrase est lancée par Zakia Khattabi devant des militants euphoriques, dans son QG du quai aux Briques, à Bruxelles. Elle a appelé ses candidats "à former des majorités de vainqueurs".

Il y a six ans, c’était la claque. L’électeur avait sanctionné les verts, leur imputant notamment la responsabilité de dossiers comme les certificats verts. Désormais, Ecolo veut gouverner. Le contraste est saisissant. Un bouleversement des équilibres s’est produit ce 14 octobre, à l’occasion de ces élections communales. Le PS reste premier parti de Wallonie…mais a souffert. Le CDH et le MR sont eux aussi affaiblis.

Parfois qualifié avec condescendance de parti d’idéologues et de bobos, Ecolo a bel et bien pris sa revanche ce dimanche. Dans la plupart des communes francophones, le parti progresse, souvent de manière spectaculaire, en particulier dans les communes de la capitale.

À Ixelles, Ottignies-Louvain-la-Neuve, les écologistes deviennent tout simplement la première formation politique.

À Bruxelles, la liste de Benoît Hellings talonne le PS. Les écolos dépassent le MR à Namur et deviennent le troisième parti. Les résultats sont également très positifs à Mons, Arlon, Uccle, Theux, Gembloux, Nivelles, etc.

La stratégie du parti a fonctionné : présence accrue sur le terrain local, communication moderne, efficace, opposition musclée voire agressive, et positions ultra-strictes sur la gouvernance.

Les troupes de Zakia Khattabi et Patrick Dupriez tirent également profit d’un certain désamour pour les partis traditionnels et de l’impopularité du gouvernement fédéral, côté francophone.

Car les scandales Publifin et Samusocial ont violemment émaillé la seconde moitié de cette législature, en Wallonie comme à Bruxelles. Les écologistes ont probablement bénéficié de leur positionnement de longue date en faveur du décumul des mandats, mais aussi pour la transparence.

Le constat est sans équivoque : les verts sont parvenus à se positionner en alternative crédible dans un scrutin où, rappelons-le, 8,53 % des électeurs ont voté pour la première fois.

De son côté, le PS, formation principalement pointée du doigt dans les affaires, semble globalement avoir conservé l’essentiel de son assise communale, en particulier dans les grandes villes. Mons restera bien socialiste, même si elle a perdu sa majorité en termes de voix. C’est bien Nicolas Martin, et non Elio Di Rupo, qui devrait ceindre l’écharpe maïorale.

À Bruxelles, Philippe Close a réussi le tour de force de sauver un navire pourtant en eaux très troubles après le scandale du Samusocial et la démission d’Yvan Mayeur. À Charleroi et Liège, le parti n’a pas tremblé.

Le PS perd des plumes, mais limite la casse

Qu’on ne s’y trompe pas : le PS a bel et bien perdu des plumes. Mais il a limité la casse. Sa présence sur le terrain et ses militants montrent une nouvelle fois qu’en période électorale le PS reste une machine de guerre bien huilée.

De son côté, le MR paye probablement la difficulté du gouvernement fédéral, matraqué par l’opposition, à recueillir le soutien populaire pour sa politique. C’était le premier examen des hommes de Charles Michel et Olivier Chastel depuis 2014. Il n’est pas concluant. La tendance est aux majorités progressistes qui pousseraient le MR dans l’opposition dans toutes les communes où cela est possible.

Car, dans les communes bruxelloises, le MR réalise une vraie contre-performance.

En Wallonie, le bilan reste honorable dans ses zones d’influence traditionnelles. Même si dans les grandes villes, à Charleroi, Namur et Liège, les libéraux ont perdu du terrain. Symbolique : à Rochefort, le MR perdrait le maïorat après 18 ans de règne. À Dinant, Richard Fournaux est éjecté du trône.

Quant au CDH, il conserve ses bastions de Namur, Mouscron, Bastogne mais aussi dans les communes plus rurales, de Beauraing, Fernelmont ou Dour. Les humanistes se trouvent cependant affaiblis dans des villes comme Marche-en-Famenne, où le tandem Bouchat-Collin garde la mai. Le CDH conserve cependant sa majorité absolue.

À Perwez , dernière place forte du CDH en Brabant wallon, le très influent André Antoine voit le maïorat lui filer entre les doigts au profit de Jordan Godfriaux (MR). Dans l’est du Brabant wallon, il s’agit d’un coup de tonnerre. "Nous restons la troisième formation politique sur l’échiquier francophone", a tempéré Benoît Lutgen, depuis son estrade de Bastogne.

À Bruxelles, par contre, le CDH se révèle en grosse perte de vitesse.

La Flandre, marquée à droite

La Wallonie se verdit tandis que la Flandre voit les partis de droite globalement se renforcer. La N-VA résiste clairement mieux à l’exercice du pouvoir que son partenaire francophone.

Les nationalistes flamands restent en tête à Anvers, où Bart De Wever n’a fait qu’une bouchée de Kris Peeters. Difficile de ne pas y voir de précieuses indications à un an des législatives. Au vu des tendances observées ce dimanche, la possibilité de voir la "suédoise" reconduite s’en trouverait compromise. Avec une Wallonie qui pousse la barre à gauche, tandis que la Flandre pousse vers la droite, la formation d’un gouvernement fédéral pourrait se révéler compliquée. Dans un an, le pays risque de trembler sur ses bases…

"L'ancrage du PTB est réussi"

“Comme on dit chez nous  : ‘Oufti’[…] C’est une grande journée pour le PTB”, lance Raoul Hedebouw à l’assemblée, devant ses militants liégeois. “L’ancrage local du PTB est réussi.”

En effet, le Parti des travailleurs de Belgique réalise une percée notable sur la grande majorité des fronts dans lesquels il était engagé. Le virage à gauche se confirme à Charleroi. Le PTB y réalise le second score (15  %), derrière l’indéboulonnable PS de Paul Magnette (40,2  %), qui plie mais ne rompt pas. Avec Ecolo, le Parti des travailleurs est indiscutablement l’autre grand gagnant de ce scrutin communal.

À Charleroi, Sofie Merckx, médecin de formation, a emmené la liste. Le médiatique Germain Mugemangango, porte-parole du parti, était son second. Avec une forte présence de ses militants sur le terrain, le parti d’extrême gauche a su utiliser à son avantage une stratégie qui a fait les beaux jours du PS.

Le PTB réalise également une percée à Liège, via Raoul Hedebouw, à La Louvière mais aussi dans plusieurs communes de la capitale, et notamment à Bruxelles-Ville. À Molenbeek, il devient le troisième parti.

Il réalise également une percée dans plusieurs communes flamandes, et remporte des élus à Gand, Louvain ou encore Anvers.

Défi en Wallonie : on n'y est pas

Par ailleurs, la percée de Défi en Wallonie, annoncée par certains, n’a pas eu lieu. Le parti d’Olivier Maingain glanerait quelque 2  % des suffrages à Mons, 5  % à Charleroi.

Logiquement meilleurs, ses résultats bruxellois ne s’en révèlent pas moins décevants.

Notons tout de même une jolie percée à Namur, avec 8,75 % des suffrages.

Le parti Islam perd quant à lui ses deux élus, à Anderlecht et Molenbeek.

Enfin, le Parti populaire de Mischaël Modrikamen présente des résultats très modestes dans les communes wallonnes et bruxelloises.

Le message populiste du PP, qui plaide pour une politique de droite dure et décomplexée, n’a pas séduit les électeurs dans les communes. Le parti empocherait à peine un peu plus de 4  % des voix à Charleroi, et 2  % à Mons.