Belgique

Le ministre de l'Intérieur justifie l'octroi sans appel d'offres de 100.000 € à une ASBL créée quelques jours plus tôt en soulignant qu'il s'agit d'un projet-pilote contre le radicalisme.

"Il s'agit de mener une expérience-pilote qui sera évaluée par mon administration. Le gouvernement n'agit pas ici dans le cadre d'un marché public qui suppose d'avoir au préalable défini une approche précise, des modalités claires d'exécution et qui suppose également un engagement ferme sur des résultats. Le marché public suppose en outre que le montant de l'intervention représente la contrepartie exacte du service qui serait rendu. Dans ce contexte, il serait impossible de mener une expérience-pilote comme cela est pourtant la finalité ici",a indiqué mercredi le ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA), pour expliquer  l'absence de marché public lors de l'octroi récent de 100.000 € à une ASBL anversoise pour lutter contre le radicalisme à Molenbeek.

Un subside de 100.000 € a été alloué en juillet dernier dans des conditions troubles par le SPF Intérieur à l’ASBL anversoise We Love BXL pour mener une expérience-pilote dans le cadre de la lutte contre le radicalisme violent. Une ASBL qui a été créée en juillet dernier, soit à peine quelques jours avant l’octroi du fameux subside. Un montant important attribué sans justification à une association dont la responsable flamande a déjà reconnu ne rien connaître de Bruxelles qui n'a pas manqué de poser rapidement question, les très nombreuses associations de terrain molenbeekoises manquant déjà de moyens.

"Connaissant un peu le travail associatif de quartier, je ne peux que m’interroger sur la capacité de travail avec les populations d’une ASBL ‘greffée ’ ainsi sur un terrain dont chacun saura qu’elle a une mission de signalement”, indiquait d'ailleurs le mardi 3 octobre dernier le ministre francophone de l’Aide à la Jeunesse Rachid Madrane (PS), à la députée Catherine Moureaux (PS), qui l'interrogeait sur le sujet.

Ce mercredi, interrogé par les député Gilles Vanden Burre (Ecolo) et Emir Kir (PS), c'est la première fois que le ministre NVA s'exprimait sur les raisons du choix de ne pas passer par un appel d'offres. "En concertation avec la commune de Molenbeek, il nous a semblé pertinent de mener l'expérience pilote en visant à mélanger, dans les mécanismes que nous voulons tester, tant des jeunes issus du public cible que des jeunes ne présentant pas de problèmes ou de risques de délinquance apparents. Nous faisons ceci afin de renforcer l'intégration et l'acceptation. C'est dans cette optique que nous avons convenu de travailler avec une ASBL en particulier, qui est déjà active dans ce type de projets au niveau local", a indiqué Jan Jambon.

'Il appartiendra à la commune de Molenbeek-Saint-Jean de déterminer les jeunes qui voudront et pourront intégrer ce parcours individuel de déradicalisation. Il n'est en tout cas pas question dans mon chef de transmettre plus d'informations que cela à l'ASBL", a encore ajouté le nationaliste.

Des explications qui n'ont pas convaincu Gilles Vanden Burre et Emir Kir "On donne une somme importante à la manière du fait du prince. C'est interpellant. Il y a à mes yeux des points extrêmement problématiques. D'abord, l'absence de marché public. Il y a clairement des procédures qui existent pour ce genre de projets et l'explication du projet-pilote ne convainc pas. Et puis, donner de l'argent pour la prévention à Molenbeek est positif en soi. Mais il y a déjà assez d'acteurs de terrain qui sont sous-financés depuis des années et auraient alors pu alors en bénéficier", souligne le parlementaire Ecolo.