Belgique

Cet assistant à l’UCL, est devenu une figure médiatique en France par son travail sur les fake news.

Il a de petits yeux bleus perçants creusés sur un visage juvénile, mais quand il embraye, ça déménage. Dans la vraie vie, Nicolas Vanderbiest est aussi direct que sur Twitter, où plus de 15.000 comptes le suivent. A l’échelle de la Belgique, c’est énorme.

Surnommé le “petit belge” par l’un de ses détracteurs, il a fait une entrée fracassante dans le monde médiatique français par son travail sur la campagne électorale sur les réseaux sociaux. Notamment en déconstruisant toute une série de manipulations et autres fake news (fausses nouvelles).

Couper l’herbe sous le pied des complotistes

Dernière en date, la polémique des #MacronLeaks, cette fuite de données issues de l’équipe du candidat Emmanuel Macron. En quelques heures, Vanderbiest a réussi à identifier qui était à l’origine de la fuite (un compte américain de propagande d’extrême-droite) et qui a propagé la manipulation. Une telle rapidité dans la déconstruction du truquage a permis de couper l’herbe sous le pied des complotistes. “Si ça a pu modifier le vote de 1%, c’est déjà pas mal”, indique celui qui ne cache pas son aversion pour les thèses du Front National. Sans s’engager pour un candidat, d’autant qu’en bon Belge, il ne vote pas en France. “Les fake news ne fonctionnent pas si on ne les laisse pas respirer qu’on les attaque à la jugulaire. Là, on a coupé leur réussite médiatique, à tel point qu’il n’est pas sûr que le Front National remette ça dans 5 ans. Ils se sont bien fait avoir”, jubile-t-il.

Doctorant à l’Université catholique de Louvain (UCL), Nicolas Vanderbiest, 29 ans, père d’une fillette de 3 ans, est devenu ces dernières semaines la coqueluche des médias français. Son gsm explose, les sollicitations se superposent. Le domaine des réseaux sociaux est un champ de recherche très récent et rares sont les experts universitaires à s’intéresser à ce petit monde. D’où ce sentiment que Vanderbiest est devenu incontournable, celui que l’on appelle pour évoquer le sujet.


"Un peu cash, parfois trop"

“Le mot ‘coqueluche’ m’ennuie, cela voudrait dire qu’il n’est qu’une mode. Ce serait bien pour lui et les médias qu’il ait un peu de concurrence”, tempère Alain Gerlache, journaliste à la RTBF, l’homme qui a recruté Vanderbiest pour son émission radiophonique dominicale Les Décodeurs. “C’est quelqu’un qui fait un travail sérieux et académique. Il est capable de voir les problèmes, les enjeux, de développer des outils d’analyse. Il a aussi la capacité de médiatiser son travail. Sur les réseaux sociaux, il s’exprime de manière un peu cash, parfois trop, mais il est dans le ton des réseaux et c’est cohérent.” Benoît Grevisse, l’homme qui l’a embauché à l’UCL, opine. “Je suis ravi qu’on le sollicite. Mais ça dit beaucoup de choses du journalisme d’aujourd’hui. Les rédactions sont particulièrement démunies et n’ont pas les capacités de faire ce qu’il fait.”

Nicolas Vanderbiest n’a pas toujours été ce type au langage direct. C’est un entretien raté pour devenir thésard à l’ULB qui l’a changé, dit-il. “Avant cela, j’étais plus ou moins timide. A partir de là, je me suis lâché.” Apparu dans le champ de l’analyse des réseaux depuis quatre ans, il a explosé une première fois en théorisant sur son blog (reputatiolab.com) la réaction classique des utilisateurs des réseaux sociaux aux attentats terroristes. Ses tweets et ses notes de blog ont marqué, au point qu’il soit convié par la police nationale française pour former les patrons du Raid, du GIGN et les communicants de la police. “Je leur ai dit qu’ils n’étaient nulle part dans leur manière d’appréhender les réseaux”, sourit-il. Pas de fausse modestie, ici.

La gâchette facile sur Twitter

Le chercheur flingue sur Twitter et dans ses apparitions médiatiques. Un point d’orgue : sa charge terrible envers la société canadienne Filteris, qui donnait une “mesure du buzz sur Internet” des candidatures, et proposait des études très à l’avantage du candidat Les Républicains, François Fillon. Vanderbiest a assassiné la démarche à coup de "charlatanisme" et “d’escroquerie intellectuelle”. Aujourd’hui, il en dit : “Ils peuvent dire que je me suis acharné, oui, mais personne d’autre ne le faisait, et ça devait être fait.”





Contacté par La DH, Jérôme Coutard, le patron de Filteris, réplique ainsi : “Je ne connais pas M.Vanderbiest. Nous sommes beaucoup de chercheurs à trouver étonnant qu’il s’attaque ainsi à nous. Nous ne jouons pas à ça, on n’a jamais tapé sur lui, bien qu’il ait été systématique dans son dénigrement. Je veux bien qu’on nous critique mais il ne peut pas porter un regard scientifique sur notre travail car il n’a pas les paramètres pour le faire !”, se défend M. Coutard.

Jeune homme pressé, Nicolas Vanderbiest voit aujourd’hui les portes s’ouvrir très grand. Les opportunités sont immenses, une fois sa thèse à l’UCL achevée, d’ici trois ans. Des entreprises et même des ministères français lui ont fait la cour, glisse-t-il. Travaillerait-il dans une équipe numérique de la nouvelle présidence Macron ? “Sa campagne n’était vraiment pas terrible, leur équipe numérique est arrivée bien trop tard et leur retard n’était pas rattrapable”, juge-t-il. Le “petit Belge” n’a pas fini de flinguer.