“Notre gouvernement doit dépasser le couple franco-allemand"

Interview > André Gilain Publié le - Mis à jour le

Belgique

Richard Miller (MR) nous donne sa vision de la crise européenne

MONS L’ancien ministre de l’Audiovisuel critique une Europe technocratique emmenée par le duo franco-allemand.

L’UE devient moins démocratique…

“Oui, comme dans la mythologie grecque et de l’enlèvement de l’Europe par Zeus. Ainsi, dans l’UE, les décideurs enlèvent l’Europe aux citoyens et la transforment en zone économico-financière dont le contrôle échappe à la population.”

La crise nécessitait pourtant des ripostes ?

“Si des ripostes étaient nécessaires, elles ont été mises sur pied par le seul conseil des ministres des Finances : ne bétonnons pas, pour le futur, des décisions prises dans l’urgence. En Grèce, on a presque dit aux citoyens : “Vous êtes incapables de comprendre, ne dites rien !”

Et l’Italie ?

“On y a remplacé un gouvernement démocratique par un gouvernement technocratique : or, la technocratie est aussi insidieuse que le populisme.”

Quel rôle peut jouer la petite Belgique ?

“Nous sommes un des pays fondateurs de l’Europe : notre nouveau gouvernement doit dépasser le couple franco-allemand et d’ouvrir l’esprit des Européens vers une union fédérale et démocratique.”

Di Rupo a été applaudi, à son premier sommet européen…

“Ce n’est pas seulement lui qui a été applaudi, mais aussi le fait que la Belgique soit sortie de la crise. Il y a eu un véritable soulagement, quand nous avons démocratiquement trouvé une solution.”

Ce que vous dites, à propos de l’Europe, concerne les structures…

“Il faut dépasser ce niveau et arriver à faire partager au citoyen un sentiment d’appartenance à l’Europe. Les populations n’y adhéreront pas si on ne met pas en avant l’importance de supprimer les frontières, ou celle d’avoir une politique industrielle commune. Pour cela, il faut toucher à l’âme et à la culture des citoyens européens.”

N’est-ce pas de l’angélisme ?

Les gens perdent confiance en l’Europe à cause de sa technicité. Quand ils se rendent compte qu’il faut des milliards d’euros pour sauver une banque, comment voulez-vous qu’ils adhèrent au projet européen ?”

Que faut-il faire ?

Un travail pédagogique, avec les nouveaux médias. La semaine dernière, lors des États généraux de la presse, j’ai demandé s’il existait des outils ou des sites internet européens. On m’a dit que non.”

Songez-vous à Arte ?

“Arte, c’est l’exemple-type du couple franco-allemand qui ne veut pas de la grande Europe ! Voyez aussi Euronews qui n’est plus captable à Bruxelles et a été remplacée par France 24. Sans sentiment d’appartenance, il va y avoir un repli nationaliste et les gens vont se désintéresser de décisions qui concernent tout le monde, au niveau du porte-monnaie…”

La Culture va sauver l’Europe ?

“Il nous faut aussi une Europe sociale, une Europe économique, une Europe fiscale… contrôlées par les Parlements nationaux et par le Parlement européen.”

Un exemple, dans le domaine économique ?

”Ce qu’Yves Leterme a fait en Belgique, avec ses obligations d’Etat, on pourrait le faire, en Europe, avec des Euro-obligations !”

Craignez-vous une montée du populisme ?

“Oui, et surtout les discours où l’on met tout sur le dos de l’Europe. Je crains les discours faciles, non seulement formulés par les eurosceptiques, mais aussi par les anti-démocratiques.”



© La Dernière Heure 2011
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