Belgique Willy Borsus, nouveau ministre-Président: " La Wallonie ne va pas bien. Le défi est grand".

Le casting choisit par Olivier Chastel (MR) et Benoît Lutgen (CDH) a le mérite de la cohérence. Il est solide, expérimenté. Mais sans le souffle de la jeunesse, ni réelle audace. Sept ministres, dont six quinquagénaires: à 48 ans, Pierre-Yves Jeholet fait ainsi figure de benjamin de la bande.

Le choix de Willy Borsus en tant que ministre-Président wallon donne le ton. "Je veux être un ministre-Président du dialogue et de la concertation. On perd rarement son temps à écouter les gens. Mais je suis très déterminé", nous assure-t-il à la sortie de la conférence de presse où les 7 ministres (et non plus 8) ont été présentés. Il s’exprime dans son style si caractéristique, rond, courtois. Parfois presque à l’excès. Et qui tranche avec le style plus flamboyant de Paul Magnette, son prédécesseur.

L’ancien ministre fédéral de l’Agriculture sera remplacé par Daniel Ducarme, qui hérite d’un poste de ministre qui aurait déjà pu (dû ?) lui revenir par le passé. "Je constate que je me trouve à la tête d’une équipe de haute qualité, composée de personnalités à la grande expertise, à l’expérience solide", reprend le Marchois. "La Wallonie ne va pas bien. Certes, des efforts ont été faits dans le passé : tout ce qui a été réalisé n’a pas été mauvais. Mais je suis forcé de constater que les résultats ne sont pas là. La Wallonie n’a pas redécollé et reste à la traîne par rapport à ses voisins. Je sais en acceptant ce poste que le défi est grand : nous allons le relever en équipe."

Le doute a subsisté jusqu’au bout quand au choix du ministre-Président wallon. Les nom de Pierre-Yves Jeholet et, surtout, celui d’Olivier Chastel ont longtemps été évoqués. "Je me suis posé la question. J’ai même hésité pendant un certain temps", nous avoue le président du MR. "Mais j’ai choisi de rester dans le poste où on m’a demandé d’oeuvrer."

Selon Olivier Chastel, c’est l’expérience qui a joué en la faveur de Willy Borsus : "Il a déjà été ministre, cela a été très important dans notre choix, avec Charles Michel. Le Premier ministre ne souhaitait pas nuire à la bonne marche du gouvernement fédéral. Mais il n’a jamais refusé l’idée d’un changement de personne au sein de son équipe", assure le Carolo. "Pierre-Yves Jeholet est aussi une personnalité que je connais bien, lui aussi. Il hérite d’un super poste de ministre, où il tiendra entre ses mains l’avenir socio-économique de la Wallonie".

Et en effet, en devenant vice-président et ministre wallon, l’ancien chef de groupe MR au Parlement wallon hérite d’un ministère XXL. Il absorbe l’essentiel des compétences de Jean-Claude Marcourt (Économie), et d’Eliane Tillieux (Emploi et Formation).

Son ami Jean-Luc Crucke occupera quant à lui la fonction de ministre du Budget, de l’Énergie, et des Aéroports. Il remplace dans cette fonction Christophe Lacroix et hérite de la compétence des aéroports, auparavant dévolue à René Collin.

Ces deux Reyndersiens devront composer avec un patron, Willy Borsus, qui fait figure de partisan pur jus du clan Michel.

Reste qu’avec ces départs, le groupe MR au Parlement perd ses puncheurs, toujours prêts à monter au créneau, maillons essentiels de l’opposition. Leur succession s’annonce déjà difficile, d’autant que la majorité ne tient qu’à un siège.

Le choix de Valérie De Bue, nouvelle ministre des Pouvoirs locaux, ne surprend pas. Sa bonne connaissance des dossiers a souvent été soulignée, même au sein des autres partis. Elle hérite d’une tâche difficile : faire aboutir le chantier de la bonne gouvernance, déjà bien amorcé par Pierre-Yves Dermagne.

Au CDH, Benoît Lutgen a finalement opté pour une certaine continuité. Maxime Prévot a fait le choix de se consacrer à Namur. Il est remplacé par son ancienne cheffe de cabinet, Alda Greoli, par ailleurs déjà ministre à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Sur l’ensemble des deux gouvernements, le CDH passe ainsi de 5 à 4 ministres. En outre, Carlo Di Antonio récupère la compétence (essentielle) des Travaux publics. De son côté, René Collin reste en place.

Bref, ce casting est sans fantaisie. À mille lieues de ceux mis en place par Elio Di Rupo, plus habitué à sortir de sa manche des noms plus ou moins inattendus.

La possibilité de nommer une personnalité de la société civile avait pourtant été évoquée. Ni le MR ni le CDH n’ont finalement fait ce choix, qui aurait pourtant peut-être amené une certaine fraîcheur dans l’équipe gouvernementale.

Le timing est certes court : à peine 2 ans. Il s’agira donc d’être directement opérationnel.

Le très remuant Georges-Louis Bouchez aurait pu, éventuellement, incarner ce vent nouveau. Des bruits de couloir ont circulé. Mais l’agitateur d’idées en titre du MR n’intégrera pas non plus le gouvernement wallon. Son profil reste sans doute trop clivant, voire difficile à contrôler pour le parti. Ses atouts sont pourtant réels : Jean-Luc Crucke le dit "extrêmement brillant".

Hier, sur les réseaux sociaux, Bouchez ne s’est pas privé d’ironiser sur la sœur d’Isabelle Galant, remplaçant Denis Ducarme à la Chambre. "Je suis encore trop ébloui de la montée à la Chambre d’Isabelle Galant… J’ai toujours aimé l’excellence", a tweeté Bouchez.

Sauf catastrophe, le gouvernement entrera en exercice dans les jours à venir. La motion de méfiance constructive contre le gouvernement PS-CDH a été déposée ce mercredi, en début d’après-midi, au Parlement.

Le nouveau gouvernement MR-CDH pourra donc être élu en séance plénière, après un délai de 48h. Seul bémol : les présences de deux députées de la majorité, Jacqueline Galant (MR) et la Mouscronnoise Mathilde Vandorpe (CDH), actuellement en fin de grossesse, sont indispensables. Sans leur présence, la majorité n’en sera plus une. Voilà donc le Parlement wallon confronté aux caprices immuables de la nature.