Belgique
Un éclairage réalisé par nos confrères de La Libre Belgique.

Trois cents activistes ont collé des affiches dénonçant la politique du gouvernement partout dans le pays. La campagne continue de tourner en boucle sur les réseaux sociaux.

Martine, Virginia, Laura, Johan… ont eu une courte nuit. Pas le temps de beaucoup dormir. Lundi, vers 21h30, ils ont été invités, via leurs réseaux sociaux, à participer à une opération de recouvrement d’affiches publicitaires par des affiches qui dénoncent, blanc sur noir, la politique migratoire en vigueur en Belgique. Comme eux, quelque 300 activistes, mobilisés par les collectifs citoyens locaux, ont recouvert abribus et panneaux dans les gares et les stations de métro du pays. Au total, 2 100 affiches ont été collées à Bruxelles, à Mons, à Liège, à Charleroi, à Louvain, à Verviers, à Louvain-la-Neuve, à Namur et à Gand. Ils ont aussi distribué 7 000 accroche-portes dans les transports en commun pour sensibiliser les navetteurs en faveur d’une politique migratoire digne et respectueuse des droits humains.

La campagne "Not in my name" (pas en mon nom) est née d’une volonté "de confronter les citoyens à l’ignominie des actions du gouvernement belge en matière migratoire, qui n’ont qu’un seul objectif : celui de faire disparaître les personnes migrantes, en les expulsant ou en les rendant invisibles", explique un communiqué des initiateurs.

Une idée collective

Mais qui se trouve derrière "Not in my name", opération préparée dans la plus grande discrétion ? L’initiative revient à la Plate-forme de soutien aux sans-papiers, à laquelle se sont greffés d’autres collectifs citoyens. Johan en fait partie. "C’est une idée collective, explique-t-il. On voulait faire une action pour visibiliser la problématique. Les citoyens ne sont pas du tout informés des politiques répressives que mène notre gouvernement."

Les messages sur les affiches, délibérément interpellants, évoquent la situation au parc Maximilien, au cœur de Bruxelles  : "Aujourd’hui, des citoyens hébergent des migrants pour les protéger des rafles. Ça ne vous rappelle rien ?" L’objectif était aussi d’interpeller le monde politique et lui exprimer un refus d’être associé à cette politique. "On ne se reconnaît pas dans cette politique. On ne veut pas qu’ils la fassent en notre nom."

Première réaction à la suite de l’opération de mardi : "On en parle beaucoup", note Johan, satisfait. "Mais il faudra voir la suite. Theo Francken est très remonté : il se sent touché. C’est pourtant lui qui désinforme ! Il a menti à plusieurs reprises au Parlement en disant notamment qu’il n’y avait pas de quotas. On a voulu donner une autre version des faits. On espère que des citoyens vont prendre conscience que ce qui se passe n’est pas normal, et que des moyens existent pour s’opposer." Pour le reste, Johan, Martine et les autres restent évasifs sur l’organisation de cette action "non autorisée mais pertinente et nécessaire".

A 100 % derrière

Sans avoir participé à la mise en place de cette action, le Ciré (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers), qui la soutient financièrement, est "à 100 % derrière", indique sa directrice Sotieta Ngo. Même approbation du côté d’autres associations comme le réseau Ades, Tout autre chose, les syndicats.

La Ligue des droits de l’homme a aussi découvert l’initiative mardi matin. "Il faut la saluer, commente Alexis Deswaef. C’est une réponse de citoyens en dehors de toute association face à la gravité de la situation. Cela va peut-être ouvrir les yeux à la masse de gens qui se laissent avoir par la communication bien huilée d’un gouvernement qui a pourtant été très loin dans la division, la stigmatisation et le rejet de l’autre. Même des personnes qui sont en faveur d’une politique migratoire ferme disent : là, c’est trop, ça va trop loin."