Belgique
Lorsqu’on nous a demandé de “tirer” le portrait du prince Philippe, nous avons eu la curiosité de nous replonger dans nos archives personnelles, ayant déjà dû nous livrer à un exercice similaire lorsqu’à la fin de 1999 le fils aîné du Roi convola en justes et belles noces avec Mathilde d’Udekem d’Acoz.

Un mariage qui à l’époque en surprit plus d’un. Notamment parce qu’il n’ouvrait pas une nouvelle page dans le partage dynastique européen mais parce qu’il reflétait aussi, c’était une double “première”, une dimension belgo-belge et une ouverture du Palais à la société normale : la “promise” du Prince n’était pas née princesse et était issue d’une famille noble bien de chez nous qui avait l’avantage d’avoir des racines dans toutes les régions et communautés de notre petit royaume…

Pour ce qui était du prince héritier, plus d’un commentateur tapa, pas vraiment à tort, sur le clou d’une sorte de mal de vivre récurrent d’un prince plus solitaire que le montraient les pages en papier glacé des magazines où on l’“accoupla” à plus d’une héritière royale ou jolie descendante de famille aisée.

Un homme déjà plus si jeune – puisqu’il frôlait désormais la quarantaine – qui n’était visiblement pas bien dans sa peau, au point d’accumuler les maladresses verbales et dont le langage corporel incertain sinon maladroit n’était pas pour rassurer vraiment.

Un Prince qui disposait certes de bons conseillers mais à qui on n’avait guère donné l’occasion de s’immerger dans la “vraie vie”… Il est bizarre de constater que les clichés traversent les années car aujourd’hui, on souligne parfois de manière un peu caricaturale que ce serait la princesse qui, qu’elle nous pardonne cette familiarité, porterait la culotte au château de Laeken où les Princes résident avec leurs enfants Elisabeth, Gabriel, Emmanuel et Eléonore. 


Une formation d’abord très “belge”

Philippe Leopold Louis Marie de Belgique qui allait devenir prince héritier et duc de Brabant a vu le jour au château du Belvédère à Laeken, le vendredi 15 avril 1960.

Son parcours scolaire fut très “belge” : après avoir entamé ses études en français au très huppé collège Saint-Michel à Etterbeek, il les acheva en néerlandais chez les Bénédictins à l’école abbatiale de Zevenkerken (Bruges).

Puis il prit le chemin de l’Ecole royale militaire : issu de la 118e promotion toutes armes, il surprit ceux qui avaient de lui une image de jeune prince hyper timide en obtenant successivement les brevets de pilote, parachutiste et commando. Le prince Philippe avait d’évidents talents : avant de prendre plus tard les commandes d’un hélicoptère, il vola en solo à bord d’un Mirage ! 

Philippe de Belgique continua ses études universitaires… civiles au Trinity College d’Oxford puis à la Graduate School de l’université de Stanford, en Californie, où il décrocha le titre de Master of Arts, option sciences politiques.

Après cette formation générale, le Prince reçut un écolage plus ciblé sur toutes les facettes de la Belgique, suivi de près par le roi Baudouin qui le considéra de plus en plus comme le fils qu’il n’avait pu avoir. Il faut préciser aussi que notre cinquième Roi officia comme un père de substitution lorsque le couple d’Albert et Paola traversa la grave crise conjugale qu’on sait. Ce n’était pas un hasard si ses centres d’intérêt devinrent ceux de son neveu, notamment à travers les initiatives de la Fondation Roi Baudouin.

A partir de 1985, le prince multiplia les voyages tantôt officiels pour promouvoir certaines facettes de la Belgique, tantôt privés, sur le terrain humanitaire et notamment dans les mouroirs de mère Teresa à Calcutta. Le jeune Prince fut aussi confronté de la sorte aux problèmes de l’hémisphère sud.

Propulsé de plus en plus souvent à l’avant-scène, Philippe se profila dans l’opinion comme le successeur de Baudouin. On le crut d’autant plus lorsque son oncle fit passer sa formation à la vitesse supérieure. Un communiqué du Palais royal précisait début juillet 1992 que dès le 1er septembre, le Prince disposerait de sa propre Maison. 

Ce changement impliqua diverses modifications dans son entourage. Le colonel BEM Jean-Pierre Roman, aide de camp du Roi fut déchargé de sa mission de conseiller auprès du prince et remplacé par un capitaine de frégate BEM, Jacques Rosiers qui commandait alors le “Westdiep”. Jan Willems, chef de cabinet adjoint du Roi qui devint plus tard Grand Maréchal de la Cour demeura son conseiller diplomatique alors que Jean-Louis Six, nommé aussi au cabinet du Grand Maréchal de la Cour fut son conseiller économique. 

Le Prince conserva le capitaine-commandant Jacques de Kimpe comme officier d’ordonnance. En même temps fut officialisée l’octroi d’une dotation de l’ordre de 13 millions de francs belges. La nouvelle lança une rumeur d’abdication du roi Baudouin qui venait de se remettre d’une double lourde opération chirurgicale mais les oiseaux de mauvais augure se virent clouer le bec lorsqu’on apprit que le couple royal se rendrait en octobre en visite d’Etat en Corée du sud. La “Maison” du Prince ne visait qu’à officialiser la poursuite de sa formation. 

Ce qui ne l’empêcha pas de multiplier ses présences sur des terrains aussi éclectiques que la Dokumenta de Kassel, à une Journée olympique ou encore dans les lieux officiels et officieux de l’Expo de Séville.

L’ordre de succession respecté

La mort inattendue du roi Baudouin le 31 juillet 1993 changea radicalement la donne : contrairement à l’attente populaire, le prince ne monta pas sur le trône. On évoqua son manque d’expérience et son état de célibataire. Il faut avouer que le monde politique n’était pas très chaud de le voir alors monter sur le trône mais la question ne se posa pas vraiment, le successeur de Baudouin étant constitutionnellement son frère Albert. 

Malgré ses 59 ans, il répondit très vite positivement à l’appel du destin, le sens du devoir étant une qualité morale dont on pourrait s’inspirer dans d’autres milieux de pouvoir. Et puis si on avait pu avoir l’impression que le prince Philippe était mis à l’écart, il n’en devenait pas moins de facto le véritable héritier du trône. 

Et il succéda à son père comme président d’honneur de l’Office belge du commerce extérieur, ce qui l’a amené depuis la fin de 1993 à diriger et pas seulement protocolairement plus de septante missions économiques un peu partout sur la planète, portant haut les couleurs de la Belgique. 

Comme son propre père avait eu là sa formation de futur Roi, Philippe y acquit une toujours plus grande assurance personnelle, fort apprécié des hommes d’affaires qui n’ont pas manqué de souligner son engagement total dans ces missions. 

Personnellement très préoccupé par l’image de la Belgique, il pilota aussi la création du Fonds Prince Philippe pour promouvoir les échanges interculturels entre les jeunes dont il se disait toujours proche. Lors d’une rencontre avec des lycéens, le prince avait demandé à la presse de laisser les jeunes entre eux… 

En même temps, Philippe devint un époux et un père comblé, très proche des siens, soucieux de leur donner une jeunesse heureuse ce qui ne l’a jamais empêché de pratiquer ses hobbies dont les moindres ne sont pas sa passion pour la philosophie et pour le sport comme on l’a vu aux 20 km de Bruxelles…