Belgique

Les propos de la secrétaire d'État fédérale à l'Égalité des chances Zuhal Demir (N-VA) sur une prétendue attitude électoraliste du CD&V envers les musulmans ont fait réagir dans le groupe N-VA au parlement bruxellois.

"Zuhal Demir, dans sa fonction de secrétaire d'État, aurait mieux fait de ne pas le dire de cette manière", a brièvement commenté le porte-parole de ce groupe, sur Bruzz, l'association des médias flamands de la capitale.

Refusant dans un premier temps d'en dire davantage, le porte-parole a recontacté Belga pour préciser qu'il ne fallait pas y lire une critique, mais une référence au tweet de dimanche soir de Zuhal Demir elle-même, dans lequel elle reconnaissait que le rôle de secrétaire d'Etat n'était pas celui de parlementaire.

Le président de la N-VA Bart De Wever, pour sa part, refusait toujours lundi de réagir à la polémique.


Zuhal Demir (N-VA) s’est de nouveau fait remarquer en s’attaquant dimanche au CD&V

"Je veux prévenir les Flamands : le CD&V est le nouveau parti des musulmans. J’espère que tout le monde a désormais bien ses yeux ouverts. Qui peut se retrouver dans notre programme est plus que le bienvenu, quelle que soit son origine. C’est une différence . (NDLR : entre la N-VA et le CD&V). Beke (NDLR : Wouter Beke préside le CD&V) voit les musulmans comme du bétail électoral", a lâché, dans une interview parue dimanche dans la presse flamande, la secrétaire d’État fédéral en charge entre autres de la Lutte contre la pauvreté et de l’Égalité des chances Zuhal Demir (N-VA). Une attaque d’une rare violence pour un partenaire de gouvernement et qui a eu lieu deux jours à peine après d’autres déclarations chocs tenues cette fois à l’encontre de la diaspora turque ( "Il y a un noyau dur de fanatiques turcs en Belgique" ou "les Turcs de la deuxième et de la troisième générations devraient voir la Belgique comme leur maison") . Six semaines après la nomination de Zuhal Demir au poste de secrétaire d’État fédéral, la partie francophone du pays a déjà appris à découvrir la nationaliste flamande.

Jeune (37 ans), jolie, d’origine kurdo-turque, très à l’aise sur les réseaux sociaux comme face à un parterre de journalistes, celle qui était encore députée fédérale en février dernier est sans conteste un des nouveaux atouts charme de la N-VA.

À peine arrivée au gouvernement, celle qui fait partie de la franche la plus nationaliste de son parti n’a pas arrêté de se faire remarquer par des propos polémiques, et tant pis si c’est parfois en prenant quelques libertés avec la vérité. Avec au final, les cibles traditionnelles chères à son parti : l’Islam et l’immigration.

" Les gens ne comprennent pas pourquoi Unia (NDLR : l’organe interfédéral créé il y a 25 ans pour lutter contre le racisme et promouvoir l’égalité des chances) est si obsédé par les discussions sur le Père Fouettard alors que d’autres vrais problèmes demeurent. Unia se ridiculise en n’ouvrant des procédures de recrutement que pour des femmes", lâchera-t-elle ainsi moins de 24h après avoir été chargée de promouvoir l’Égalité des chances, ajoutant soutenir le principe d’une enquête sur… Unia.

Ne pas avoir sa langue dans sa poche, voilà bien quelque chose que Zuhal Demir revendique, racontant d’ailleurs que le Premier ministre Charles Michel (MR) a été obligé de la changer de place au conseil des ministres parce qu’elle parlait trop avec son voisin, le secrétaire d’État N-VA Theo Francken.

Un autre jeune élu nationaliste qui a fait de la transgression et des attaques simplistes une marque de fabrique. L’arrivée au gouvernement de Zuhal Demir est sans doute une bonne nouvelle pour la N-VA, peut-être moins pour Charles Michel qui tente de faire tenir sa majorité.


Une élue valorisant la réussite méritocratique

Zuhal Demir est née le 2 mars 1980 de parents d’origine kurdo-turque installés à Genk, le chef-lieu de la province du Limbourg. "Des parents qui n’acceptaient pas la demi-mesure quand il s’agissait d’apprendre le néerlandais ou des résultats scolaires" , explique, sur son site Internet, l’élue N-VA. Parfait exemple de réussite méritocratique (son père était mineur dans le Limbourg), la secrétaire d’État se veut exigeante envers les populations d’origine étrangère sur le plan de l’intégration. "Quand on travaille dur et qu’on y croit vraiment, on y arrive toujours" , pourrait être un de ses slogans. Après une licence en droit obtenue en 2003 à la KU Leuven (KUL), elle enchaîne par un master en droit à la VUB. À partir de 2004, elle devient avocate spécialisée dans le droit du travail. Depuis 2010 et jusqu’en février 2017, date où elle remplace Elke Sleurs (N-VA) au poste de secrétaire d’État, elle est députée fédérale. C’est d’ailleurs durant cette période, en mars 2015 plus précisément, que cette nationaliste flamande pur jus se fera une première fois remarquer grâce à… un shooting photo sexy dans l’enceinte du Parlement fédéral. En vue des élections communales de 2018, l’élue vient de déménager d’Anvers pour Genk, une des villes que la N-VA rêve de conquérir.


Delwit: "Ce n’est pas du franc-parler"

"Zuhal Demir s’insère dans une très large mesure dans la technique communicationnelle de la N-VA. On ne peut pas parler de franc-parler, car cela signifierait qu’elle dise toujours la vérité. C’est plutôt une dynamique de parole débridée qui s’attaque souvent aux mêmes cibles : le citoyen différent et les personnes de confession musulmane par exemple. Cette technique a trois avantages : avoir un discours qui ne rebute pas la partie francophone, conserver l’électorat Vlaams Belang en vue des prochaines élections et réussir à faire parler de soi, quitte à raconter des choses absurdes."