Belgique

Les ministres de l'Intérieur, Jan Jambon, et de la Santé publique, Maggie De Block, lançaient le 6 mars dernier une campagne nationale d'information pour préparer la population à réagir en cas d'accident nucléaire. Pourquoi chercher à conscientiser les citoyens et pourquoi maintenant ? Explications avec Benoît Ramacker, porte-parole du Centre de Crise. 

Le risque est-il plus important aujourd’hui ?

C’est une question qu’on nous pose souvent, et la réponse est bien sûr non. Informer la population sur le risque nucléaire est tout d’abord une obligation européenne, au même titre que le risque Seveso en cas d’accident chimique. D’autres campagnes ont déjà été réalisées, notamment en 2011, juste après la catastrophe de Fukushima, mais également en 2002 et en 1999. Ce nouveau rappel a été lancé le 6 mars dernier car, après plusieurs mois de concertation avec nos partenaires, le plan d’urgence nucléaire, datant de 1991, a été actualisé et publié au Moniteur belge.

En quoi consiste ce nouveau plan d’urgence nucléaire ?

Il permet concrètement aux autorités de se préparer à une situation d’urgence. Elles doivent se mettre avant tout accident autour d’une table pour discuter des actions à mener, et cela tant au niveau local (un bourgmestre avec la police et les pompiers, par exemple) qu’au niveau national (entre le Centre de crise, l'Agence fédéral de contrôle nucléaire, la Santé publique, les Affaires étrangères, la Mobilité…). Cette phase de préparation d’urgence est essentielle pour définir notamment les procédures à mettre en œuvre en cas d’incident. Car même si le ministre de l’Intérieur est amené à coordonner une situation de crise au niveau national, un bourgmestre aura aussi des actions à mettre en œuvre.

Pourquoi tant chercher à conscientiser la population ?

Il faut qu’elle se prépare. Chacun est amené à être acteur de sa sécurité et à bien réagir. Si on réagit mal, soit on va se mettre en danger soi-même, soit on va perturber le travail des policiers, des médecins urgentistes ou des pompiers. Outre la nécessité de disposer de comprimés d’iode pour les enfants, les citoyens doivent connaître les autres conseils.

Quels sont-ils ?

Une aide pratique existe en ligne pour les familles, elle s’appelle monplandurgence.be : en sept étapes, une famille peut se préparer et avoir un petit plan d’urgence familial qu’elle peut mettre dans un tiroir ou afficher sur son frigo. Chacun peut également s’inscrire sur BE-Alert.be afin de recevoir une alerte en cas d’accident nucléaire. On a lancé ce système il y a plus de 8 mois et nous avons déjà 300.000 personnes inscrites. C’est important de dire aux gens que si les autorités se préparent, eux peuvent le faire aussi de leur côté. C’est toute une éducation à la culture du risque qui n’existe pas beaucoup en Belgique et qu’on doit amener. Cette évolution des mentalités prendra certainement une génération mais il faut commencer afin que les gens apprennent.

Les premiers responsables de la sécurité sont les exploitants des sites nucléaires et radiologiques. De quelle manière assurent-ils la sécurité ?

Ils mettent en place des systèmes de sécurité qui sont redondants. Prenons la métaphore du pantalon : pour qu’un pantalon tienne, on a un bouton, une ceinture, des bretelles et parfois des mains dans les poches. C’est tout un système de barrières de sécurité. Outre les contrôles de l’exploitant, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) veille au quotidien à l’exploitation sécurisée des sites. Dès qu’il y a le moindre doute, l’Agence met les centrales à l’arrêt, comme on a déjà souvent pu l’observer. Si jamais un accident nucléaire survient, le Centre de crise intervient alors avec l’ensemble des autorités. C’est à ce moment-là que le plan est mis en place.

Quels sont les systèmes de sécurité qui permettent de surveiller la radioactivité ?

Sur l’ensemble du territoire belge, il existe un réseau de 250 points de mesure qui évaluent en permanence la radioactivité dans l’air. C’est ce qu’on appelle les balises Telerad. Ces données collectées sont publiques sur le site web telerad.be. En cas d’accident nucléaire, des experts se réunissent au Centre de crise pour analyser les données puisque, malheureusement, la radioactivité est inodore, incolore et insipide. C’est grâce à ces balises mais éventuellement aussi à d’autres échantillonnages qu’on peut déterminer la gravité d’un accident ainsi que les bonnes recommandations à fournir à la population.

Ce système de contrôle est-il fiable ?

C’est fiable puisque les balises Telerad détectent en continu la radioactivité. Dès qu’il y a un mouvement, ces balises l’observent et l’enregistrent. Cela ne veut pas pour autant dire que dès qu’il y a un petit peu plus de radioactivité, il faut déclencher le plan d’urgence nucléaire ou prendre des actions de protection de la population et de l’environnement. C’est le rôle de l’Agence nucléaire de veiller au quotidien à la sûreté des exploitations et au Centre de crise d'agir en cas d'accident.


Cet article s'inscrit dans la campagne de communication lancée par le Centre de crise. Cette campagne vise à informer la population sur les risques en cas d'accident nucléaire, afin de pouvoir s'y préparer et savoir comment réagir.

© Centre de Crise