“Que les francophones fassent un effort !”

Interview > A. C. Publié le - Mis à jour le

Belgique

Didier Reynders (MR) défend la langue de Vondel. Et fustige les ministres francophones du kern

Elio Di Rupo (PS) à la première place. Au sud comme au nord du pays ! Suivi par Bart De Wever (N-VA). Bref, pas de surprise dans le classement publié mardi par le site Mediargus (www.mediargus.be ) sur les personnalités politiques belges les plus citées dans les journaux en 2011.

Dans la presse flamande, hormis Di Rupo donc, le seul francophone présent dans le Top 10 est Didier Reynders (MR), le ministre des Affaires étrangères (7e). À cause de la crise financière en tant qu’ex-ministre des Finances. Mais aussi, dit l’intéressé, grâce à sa bonne connaissance du néerlandais…

“Je suis très régulièrement invité sur les plateaux de télévision flamands”, raconte M. Reynders. “Les journalistes font appel à moi parce qu’ils savent que beaucoup de politiques francophones ont du mal à s’exprimer en néerlandais. Au PS, ce n’est pas Laurette Onkelinx ou Elio Di Rupo que l’on envoie, mais Paul Magnette. Ou Melchior Wathelet au CDH.”

Vous êtes sévère avec vos collègues.

“Vous savez, on n’a presque pas entendu parler néerlandais pendant les négociations autour du formateur. La plupart des réunions se faisaient exclusivement en français. Wouter Beke (président du CD&V) a dû écouter la traduction en permanence. Et elle n’allait que dans un sens…”

Quand vous êtes monté au gouvernement en 1999, votre néerlandais était moyen. Quelle fut votre technique pour vous perfectionner ?

“Il faut pratiquer ! Quand je suis arrivé, je me suis enfermé pendant une semaine avec mon porte-parole néerlandophone. Grâce à cela, j’ai pu directement répondre aux questions des parlementaires flamands dans leur langue. Aujourd’hui, je ne comprends pas qu’on ne fasse pas l’effort de parler la langue de 60 % de la population belge lorsqu’on occupe une fonction ministérielle importante – sauf à avoir des difficultés à apprendre les langues. Moi, je parle toujours dans la langue de mon interlocuteur.”

Tous les ministres francophones ne font donc pas le même effort ?

“En kern (NdlR : outre Reynders, le comité ministériel restreint réunit Elio Di Rupo, Laurette Onkelinx et Joëlle Milquet, côté francophone), il est très rare d’entendre un francophone s’adresser à un Flamand en néerlandais ! Il est temps que les francophones fassent un effort. La tolérance des Flamands à l’égard des langues – qui est pourtant très grande – a des limites.”

Comment jugez-vous le néerlandais du Premier ministre Elio Di Rupo ?

“Interrogez les Flamands… Je constate simplement que toutes les réunions se font en français. Ce n’est pas tenable à terme. À ce niveau de fonction, il n’est pas possible d’avoir un traducteur en permanence à ses côtés. Mais il a dit qu’il ferait des efforts…”

C’est urgent ?

“Les jeunes parlementaires flamands sont plus facilement énervés par le fait que les francophones parlent peu leur langue. Heureusement, une nouvelle génération parle très bien le néerlandais : Charles Michel, Paul Magnette ou Melchior Wathelet.”



© La Dernière Heure 2012
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