Belgique L’artiste a rencontré les élèves de l’IESPP à Mons. Une bouffée d’oxygène, alors que la médiatisation n’est pas toujours facile à gérer.

"Voilà pourquoi je fais ce métier", nous a confié Ismaël Saidi, hier à Mons, après avoir discuté avec 120 élèves de l’IESPP. L’auteur de Djihad était venu parler de son dernier livre, Les aventures d’un musulman d’ici, avec des adolescents aux origines diverses.

Des enseignants étaient à l’initiative de cette rencontre, soucieux de favoriser le vivre-ensemble dans leurs classes.

Opération réussie tant pour les profs que pour les élèves. Mais aussi pour l’artiste qui s’est offert une véritable bouffée d’oxygène. "Quand on joue Djihad trois fois par jour, qu’il y a des débats ensuite, on finit par ne parler que de ça. Et ça devient lourd", explique Ismaël Saidi. "Ici, je viens parler de mon histoire. Celle d’un musulman de seconde génération qui a grandi en Belgique. Des jeunes se reconnaissent dans mon parcours. D’autres marquent leur désaccord avec toute leur franchise d’adolescent. Mais ce sont des discussions constructives. Je ne sais pas si j’aurais accepté de venir parler de ça aujourd’hui sur un plateau de télévision. Mais quand on me dit que c’est dans une école, j’y vais sans hésiter."

Une fois de plus, Ismaël Saidi choisit le ton de l’humour pour revenir sur son parcours. Et le moins qu’on puisse écrire, c’est qu’il a fait mouche auprès des adolescents montois.

Les échanges ne sont pourtant pas restés cantonnés dans la rigolade. Des sujets plus graves ont pu être abordés comme l’immigration, le racisme ou la "radicalisation" des jeunes… Mais sans tabous ni crispations. Pour les enseignants de l’IESPP, le livre d’Ismaël Saidi et la rencontre d’hier a véritablement permis de mener un travail salutaire sur la question du vivre-ensemble.

L’auteur, pourtant, refuse d’endosser un rôle de porte-parole et ne s’explique pas vraiment l’impact que son travail a auprès des jeunes comme ceux qu’il a rencontrés à Mons. "Honnêtement, je ne sais pas l’expliquer. Peut-être manquons-nous d’espaces de discussion. Mais je ne veux pas jouer un rôle qui n’est pas le mien. Je suis un artiste. Si mon travail peut aider des jeunes à avancer, tant mieux."

Mais ça s’arrête là. Ismaël Saidi nous l’avoue, la médiatisation n’est pas toujours facile à gérer. Notamment lorsqu’elle révèle au grand jour des affaires avec la justice. "Des procès comme celui qui a été révélé hier, il y en a 4.000 par an dans le monde du cinéma. La différence, c’est qu’on me considère aujourd’hui comme un politique qu’il faudrait coincer. J’ai l’impression d’être devenu Sarko et DSK réunis ! Bientôt, on ira fouiller dans mes chaussettes. Mais je ne suis pas un politique. Je suis juste un artiste qui raconte sa vie."


Suivi par Envoyé Spécial

C’est sous les caméras de France 2 qu’Ismaël Saidi a rencontré les élèves montois hier.

Une équipe d’Envoyé Spécial suit l’artiste durant quelques jours. "Nous préparons un reportage sur la question de la radicalisation des jeunes", nous explique Elise Leguevel. "Nous voulons voir comment l’Éducation nationale gère ce phénomène. C’est dans ce cadre que nous avons voulu suivre Ismaël Saidi qui interviendra dans le reportage car avec sa pièce  Djihad , il a véritablement mis les pieds dans le plat."

Le tournage vient tout juste de commencer. La diffusion devrait se faire dans le courant du printemps.