Belgique Joëlle Milquet avait profondément transformé le parti qu’elle dirigeait, avec succès

En perdant Joëlle Milquet, le CDH perd bien plus qu’une terrible faiseuse de voix. Durant ses années à la tête du parti, la native de Montigny-sur-Sambre peut se targuer d’avoir réussi à remodeler un PSC-CDH alors fort - trop même - ancré dans une idéologie conservatrice et rurale. Symbole absolu de sa vision pour le CDH : l’élection au Parlement bruxellois de la première députée voilée d’Europe, Mahinur Özdemir.

L’histoire s’est mal terminée pour la jeune élue d’origine turque mais le combat mené par Joëlle Milquet dès son arrivée à la tête du parti est gagné. Joëlle Milquet a réussi à transformer un parti moribond, à Bruxelles et dans certaines grandes villes de Wallonie, en allant chercher de nouveaux élus d’origine étrangère. À l’instar de ce qu’a entrepris le PS quelques années plus tôt, elle a fait entrer les communautés congolaises, turques et marocaines dans de nombreuses majorités locales et au Parlement bruxellois. Par la même occasion, la Bruxelloise d’adoption s’est distanciée de l’aile wallonne du CDH, actuellement incarnée par Benoît Lutgen.

Qui, dès lors, pour rallier ces deux ailes que tout semble opposer ? Pas grand monde sinon… personne. Or, rappelle le politologue de l’ULB Jean-Benoît Pilet, le CDH ne peut pas se permettre de perdre la bataille des grandes villes. "C’est la grande question : le CDH sera-t-il capable d’aller capter un électorat plus proche des réalités urbaines comme celles de Bruxelles mais aussi de Chareleroi, de Mons ou de Liège sans un leader comme a pu l’être Joëlle Milquet ? Pour l’instant, personne ne semble pouvoir incarner cette ligne-là mais on peut voir émerger certaines personnalités."

Sur Bruxelles , des personnalités comme Céline Frémault ou Benoît Cerexhe incarnent une frange plus conservatrice, traditionnelle du parti. Le CDH dispose aussi de leaders capables de capter un fort électorat d’origine étrangère, voire plus populaire. Citons par exemple son ancien sherpa Hamza Fassi Fihri ou le Molenbeekois Ahmed El Khannouss. Mais aucune personnalité ne semble être capable de rassembler ces deux franges de l’électorat humaniste. Voilà qui devrait réjouir le PS bruxellois ou le PTB, voire carrément Ecolo dont la cheffe de file Zakia Khattabi dispose d’un profil idéal pour récupérer celles et ceux qui ne se retrouveraient plus dans un CDH sans Joëlle Milquet.