Belgique Une information judiciaire est entre les mains du parquet général.

Une information judiciaire a été ouverte récemment pour enquêter sur l’organisation du bal du bourgmestre d’Evere, Rudi Vervoort, a appris hier La DH, de sources concordantes. Selon nos informations, l’enquête a été confiée au parquet de Bruxelles puis transférée au parquet général, dont la compétence s’étend sur les investigations impliquant potentiellement un ministre-Président.

Interrogé par nos soins, le parquet de Bruxelles a, de manière laconique, conseillé de "s’adresser au parquet général". Contacté, ce dernier n’a pas été en mesure de confirmer, pour une question de disponibilité du magistrat couvrant ces matières économiques et financières.

Le bal du bourgmestre d’Evere est organisé depuis dix-neuf ans, au mois de mars, dans la salle du complexe sportif de la commune, et attire des artistes populaires comme le Boney M Show ou The Rubettes. Il est un moment incontournable de la vie locale.

Un article récent du Vif/L’Express avait fustigé la "confusion des genres" menée à Evere, entre ce bal privé, géré par une association, au nom de Rudi Vervoort, et l’infrastructure communale qui pourrait lui servir dans cette organisation. L’article précisait que Rudi Vervoort comptait modifier sa formule en 2018, en faisant changer l’organisation de mains, depuis cette association privée vers l’administration communale ou une ASBL tenue de publier ses comptes et de tenir une assemblée générale, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Contacté, le cabinet de Rudi Vervoort avoue son incompréhension. "On a remué ciel et terre et personne ne nous a confirmé cette information. Ce bal a lieu depuis vingt ans, le personnel est payé pour cet événement, tout est clean", assure-t-on chez le ministre-Président. Il est tout à fait possible qu’il ne soit pas au courant de l’ouverture de l’enquête, étant donné qu’aucune inculpation n’a été réalisée et qu’il n’a pas accès au dossier.

Une chose est sûre : le timing interpelle, alors que Rudi Vervoort avait affirmé, hier matin, que "le PS n’évitera pas l’exclusion d’Yvan Mayeur et Pascale Peraita".


"Quoi qu’il fasse, le PS se prend une volée de bois vert"

Selon le politologue de l’UCL Pierre Vercauteren, le discours des socialistes ne passe plus. Et cela n’ira pas mieux demain…

À chaque jour sa révélation. Depuis que l’affaire du Samu social a éclaté, le PS bruxellois se fait boxer tous azimuts, au gré de nouvelles informations quotidiennes ou de vieilles histoires remises au goût du jour. Cette charge médiatique et judiciaire contre les socialistes jette un peu plus l’opprobre sur un parti déjà fort divisé, à Bruxelles comme en Wallonie.

Témoin, les déclarations au mortier du ministre-Président de la Région bruxelloise Rudi Vervoort, hier matin sur les ondes de la radio privée Bel-RTL.

"Le PS n’évitera pas l’exclusion d’Yvan Mayeur et de Pascale Peraïta, a-t-il déclaré. Je ne vois pas comment on échappera à cette décision. Quand je regarde la mise en place du système, c’est clair que le but était de contourner les règles", a poursuivi l’Everois, pourtant lui aussi suivi de près par la justice bruxelloise au sujet de son bal annuel organisé l’an passé, de la même façon depuis une vingtaine d’années, d’ailleurs (lire ci-contre). Ces petits arrangements entre amis, en famille, ne datent pas d’hier, ne sont pas non plus l’apanage de la gauche francophone belge.

Au poids, par contre , le PS explose la concurrence. Souvenez-vous de l’affaire Agusta-Dassault dans les années nonante. La Carolorégienne au mi-temps des années 2000, Anne-Marie Lizin, l’ICDI, Publifin-Nethys et, maintenant, le Samu social… À chaque affaire, et plus particulièrement lorsqu’elles sortent de façon rapprochée comme c’est le cas en ce moment surgit la question de l’usure du pouvoir.

Selon le politologue de l’UCL Pierre Vercauteren, la succession des affaires "fait remonter à la surface le fait que le PS est au pouvoir depuis un certain nombre d’années. Ce qui rend sa position encore plus dure à tenir aujourd’hui".

La récente fronde des jeunes socialistes constitue l’une des manifestations de cette usure consommée depuis quelques années déjà.

Son confrère de l’ULB Pascal Delwit écrivait il y a peu : "Le PS est englué dans une culture de fonctionnement d’un parti de longue occupation du pouvoir, se pensant toujours comme incontournable et aux statuts inadaptés pour faire face aux défis. Cela explique dans une large mesure son incapacité à prendre la mesure des événements, à anticiper les suivants et à tirer les leçons."

Pierre Vercauteren estime quant à lui que "la conjonction d’événements rend la position du PS extrêmement délicate et difficile en ce moment. Quoi qu’il fasse aujourd’hui, le PS s’expose à une volée de bois vert. Sur la question des mandats, sur l’organisation de son parti, sur la mise en place de son programme, ça ne passe plus. C’est un peu la quadrature du cercle."

Le professeur de l’UCL explique encore que le PS est obligé d’agir dans la précipitation. "Or, la question du renouvellement nécessite du temps. Et, face à la pression des électeurs, face à la pression des journalistes, face à l’échéance électorale assez proche, le PS n’a pas le temps. Vouloir trancher de telles questions sous la pression des événements n’apportera pas de solution."

À un peu plus d’un an des élections communales, les socialistes se remettront-ils de cette descente aux enfers ? Les spécialistes de la question pensent que non. Les commissions d’enquête livreront leurs effets après la rentrée parlementaire, en septembre-octobre prochain, alors que les partis lanceront leurs campagnes, effectueront leurs choix de candidats. La période sera donc de plus en plus sensible. Sans oublier le fait que, au rythme où sont dévoilées les affaires, rien ne dit qu’il n’en éclatera pas d’autres d’ici quelques semaines, mois…