Belgique

Le Conseil supérieur de l'éducation aux médias (CSEM) de la Fédération Wallonie-Bruxelles fête cette année ses 10 ans d'existence. 

Le décret qui l'a créé a en effet été adopté le 5 juin 2008. L'heure pour cet organisme de tirer un bilan: ses moyens sont clairement insuffisants pour promouvoir l'éducation aux médias de tous les francophones de Belgique. Un budget annuel d'1,1 million d'euros lui est accordé chaque année, "soit un euro par élève (de l'enseignement maternel, fondamental, secondaire et supérieur)", déplore vendredi Tanguy Roosen, vice-président du CSEM. Éduquer aux médias est devenu de plus en plus primordial dans un environnement médiatique qui évolue constamment et avec l'apparition de phénomènes "souvent inquiétants" tels que la désinformation et les fake news, les théories du complot, le cyberharcèlement, etc. "Le monde politique est unanime sur l'importance de l'éducation aux médias mais la mise en œuvre entre en complète contradiction avec ce discours", s'alarme Patrick Verniers, président du CSEM. "La volonté politique se traduit souvent par le budget consenti" et celui-ci est trop maigre, renchérit M. Roosen.

Le budget annuel accordé depuis 10 ans, sans indexation, est d'1,1 million d'euros. "Pas suffisant" pour le Conseil. "Cela équivaut à un euro par an et par élève de la Fédération Wallonie-Bruxelles", compte le vice-président. Le Conseil mène la plupart de ses projets en milieu scolaire mais il est censé s'adresser à tous les citoyens francophones belges. "Les chiffres sont encore plus catastrophiques si on les applique à toute la population: 0,22 euro par habitant de la Fédération" est dédié à l'éducation médiatique.

Le Conseil déplore dès lors le décalage entre les ambitions instituées par le décret et les moyens financiers accordés. Tous les cinq ans, le décret est évalué. Après dix ans d'existence, le CSEM espère qu'une réflexion sera ainsi menée pour "optimiser et développer" ses activités. "Les années 2018 et 2019 marquent un tournant et nous sommes inquiets de la manière dont le politique prend au sérieux la question. On perçoit peu d'intérêt", regrette le président du Conseil.

Le CSEM tire toutefois des éléments positifs dans son rapport annuel 2017. Une satisfaction: le site web, qui a attiré plus de 24.000 utilisateurs en 2017, soit une augmentation de 13,1%. "Pour une petite institution comme la nôtre, c'est vraiment pas mal", estime Olivier Gobert, secrétaire du Conseil.

Il pointe également les appels à projets lancés à destination des écoles. Pour l'année scolaire 2017-2018, six écoles primaires et six écoles secondaires ont ainsi été soutenues pour leur projet sur le thème "Les médias, sources et vecteurs d'émotions". Une somme de 2.000 euros est prévue par établissement, mais l'année 2017-2018 fait exception, certaines écoles n'ayant pas demandé l'entièreté de la somme proposée.

Une autre opération récurrente est "Ouvrir mon Quotidien", qui permet aux classes de 6e primaire et aux écoles secondaires de recevoir et consulter des quotidiens gratuitement. En 2017-2018, 770 implantations dans le primaire et 645 pour le secondaire en ont ainsi bénéficié. Une baisse d'intérêt est notée dans l'enseignement fondamental, 14% d'écoles en moins s'étant inscrites.

D'autres actions sont menées telles que "Journalistes en classe", "Ecran large sur un tableau noir" qui permet aux élèves de visionner des films au cinéma ou encore la Quinzaine de l'éducation aux médias. Le Conseil remet également des avis, d'initiative ou à la demande du gouvernement.

Deux initiatives ont vu le jour cette année: le prix du mémoire, pour encourager les recherches en matière d'éducation aux médias, et la publication de la collection "Repères", des brochures à destination des enseignants, parents et animateurs jeunesse sur des thématiques telles que le cyberharcèlement ou la liberté d'expression.

"L'éducation aux médias est un travail au long cours et nous sommes loin d'atteindre un effet systémique. On aimerait de temps en temps bénéficier d'un coup d'accélérateur", conclut Patrick Verniers.