Tragédie de Sierre : “Seigneur, garde-leur une place dans ta maison”

F. Sc Publié le - Mis à jour le

Vidéo
Belgique

L’émotion encore au rendez-vous à l’église Saint-Pierre autour de sept petits cercueils blancs

LOUVAIN Le père Dirk De Gendt, qui connaissait tant les sept enfants décédés, et qui préparait même leur communion, aura tenu jusqu’au bout. Ce fut souvent avec un tremblement dans la voix qu’il entamait ses discours mais il n’a pas craqué. Pourtant, l’émotion était, tout comme à Lommel, à son paroxysme à chaque minute de la messe d’adieux aux victimes de Heverlee, hier matin, à l’église Saint-Pierre. Une cérémonie peu commune… Parce que sept petits cercueils blancs devant l’autel, cela n’arrive que rarement. Parce que la venue de tout le gouvernement et du couple royal – Albert et Paola ne se sont pas lâché la main une seule seconde –, sans compter Willem-Alexander et Maxima des Pays-Bas, c’est exceptionnel. La cérémonie l’était d’ailleurs, à la hauteur de l’hommage rendu aux enfants.

“Il y a beaucoup de chagrin, mais une grande dignité , nous avait soufflé le doyen Dirk avant de remplir sa mission. Tous les désirs des parents ont été respectés à la lettre.” Ces derniers suivaient, un à un, les cercueils de leurs chéris disparus, avec en arrière-fond sonore les cloches de l’église. L’impression était différente de celle de ce mercredi, à Lommel, où personne n’assistait de près à la longue marche des militaires portant les restes des victimes. Ici, tout se faisait sous les yeux de spectateurs en larmes, sous un soleil radieux.

“Où est passé Dieu ?, s’est d’emblée demandé celui qui présidait la messe, avant de lire une lettre émouvante des 4es primaires de l’école Saint-Lambert : “Vous êtes, vous étiez et vous resterez toujours dans nos cœurs. Seigneur, garde-leur une place dans ta maison.”

Tous les parents ont, les uns à la suite des autres, eu le courage d’adresser, face à la foule qui se serrait dans les rangs de l’église, leurs dernières paroles en public à leurs enfants. Peu de spectateurs arrivaient à retenir une larme.

Les pensées s’envolaient également vers Monsieur Frank et Madame Monique, qui ont encadré les enfants jusqu’à la dernière minute, leur dernier souffle. “Chaque enfant comptait pour vous, vous aviez toujours un mot gentil ou une boutade pour leur remonter le moral. Reposez en paix au paradis.” Haut moment d’émotion également, lorsque la lettre d’Evy Laermans, la femme de Geert Michiels, l’un des chauffeurs, a été lue. Il a été inhumé hier à Aarschot, une foule de 500 personnes a assisté aux funérailles.

Je pense jour et nuit à ce qui s’est passé cette nuit-là. Sans réponse, je ne peux m’empêcher de me sentir coupable envers vous, de m’excuser. Les mots ne sont pas suffisants pour décrire à quel point je vous rejoins dans votre tristesse.”

La semaine passée restera pour tous “une semaine sombre, et vous, les enfants, les lumières de notre vie, nous n’allons jamais vous oublier” . Une lumière et une joie à jamais représentées par les bougies déposées sur chaque cercueil fleuri par les enfants rescapés. Ils ont été rejoints hier par les trois fillettes grièvement blessées dans l’accident. Une lueur d’espoir à laquelle tous, hier, s’accrochaient à Louvain : les trois victimes, dont l’état s’améliore, ont été rapatriées jeudi dans une ville unie dans la même douleur.

Les petits “anges” , eux, ont quitté l’église sur la musique de Star Wars . Une manière de rappeler à quel point la mort ne leur a pas laissé une seule chance, eux qui étaient encore aux prémices de la vie, eux si insouciants, si innocents…



© La Dernière Heure 2012
Publicité clickBoxBanner