Belgique

Une carte blanche de la Ligue des familles dans le cadre de la fête des pères.

Et si on osait ? Et si pour cette fête des pères, on offrait aux papas autre chose qu’une cravate en papier crépon et un poème – quelque chose de moins mignon peut-être, mais de vraiment durable : trois bons mois, 15 semaines, avec son enfant à sa naissance ?

Depuis des années, la Ligue des familles se bat pour 20 jours de congé de paternité obligatoires. Il ne vous aura pas échappé qu’on en est encore loin. Il n’y a de consensus politique ni sur cette durée, ni sur le caractère obligatoire. Résultat : aujourd’hui, selon le Baromètre 2017 de la Ligue des familles, 4 pères sur 10 ne passent même pas dix jours ouvrables, deux toutes petites semaines, auprès de leur nouveau-né.

On est encore loin de ces vingt jours obligatoires, et malgré tout, nous voulons viser la lune et passer à l’étape supérieure : un congé de paternité de même durée que le congé de maternité. Pas moins. Ce cap, il nous semble important de le fixer.

Partager la magie… et les tâches ménagères

Parce que nourrir et changer son enfant, échanger avec lui regards et sourires, interagir de toutes les manières possibles et à temps plein dès les premières semaines construit la relation père-enfant comme la relation mère-enfant, et qu’il n’y a pas de raison que ce privilège soit réservé aux mamans.

Parce que si cette période peut être magique, elle est aussi parfois difficile, et qu’on n’est pas trop de deux parents pour se relayer quand bébé hurle pendant des heures et ne dort pas la nuit.

Parce que quand dès les premiers mois, on est tous les deux présents, on a la possibilité de mieux se répartir les soins au bébé et les tâches ménagères, et qu’il est plus facile de garder de bonnes habitudes que de revenir sur une répartition homme-femme déséquilibrée depuis le début. Parce qu’aussi être père ou mère n’est pas inné, et qu’on se sent pleinement en mesure de gérer biberons, couches, bains, tailles de vêtements, matériel de puériculture… et besoins du bébé au sens large quand on a appris à le faire dès le tout début.

Parce qu’aujourd’hui l’annonce d’une grossesse – pire, l’éventualité même d’une grossesse – reste une difficulté pour de nombreuses femmes dans le milieu professionnel. Un congé de paternité de même durée que le congé de maternité ne résoudra pas 100% du problème mais réduira de manière conséquente la différence de traitement entre hommes et femmes, puisque les hommes auraient dès lors un même « handicap » (mot à lire avec de triples guillemets) sur le marché du travail.

Autant s’y mettre tout de suite !

Alors oui, « ça coûte » (comme plus ou moins toutes les mesures qui améliorent véritablement la qualité de vie d’un nombre important de personnes). Oui, « ce sont quand même les mères qui accouchent » (ça tombe bien, on ne propose pas de réduire le congé de maternité, mais d’allonger celui de paternité). À la Ligue des familles, on est lucide : on sait que le congé de paternité de trois mois, ce n’est pas encore pour demain. À vrai dire, pas un seul parti politique ne le propose à ce stade, donc on n’y compte pas trop pour 2019. Le premier combat reste celui pour un congé de paternité obligatoire, qui permette à chaque père de rester auprès de son enfant sans craindre de conséquence professionnelle négative.

Mais en tant qu’association représentant les familles, soucieuse du bien-être des parents et des enfants et de l’égalité entre les hommes et les femmes, nous voulons mettre ce sujet sur la table, créer le débat, et en faire un objectif à atteindre. Les grands combats prennent parfois du temps, alors autant les lancer maintenant. N’hésitez pas à parler de cette proposition autour de vous : discuter de comment améliorer les congés et renforcer le soutien à la parentalité, c’est déjà faire avancer la situation des pères. Bonne fête !