Belgique

Le premier examen d'entrée aux études de médecine et dentisterie organisé vendredi dernier en Fédération Wallonie-Bruxelles a enregistré un taux de réussite de 18,47%, annonce jeudi l'Académie de recherche et d'enseignement supérieur (ARES) dans un communiqué.

Sur les 3.473 candidats qui se sont présentés à l'épreuve, seuls 641 ont été proclamés lauréats par le jury, après délibération.

Ce nombre est légèrement supérieur au quota de numéros Inami que le gouvernement fédéral a décidé de délivrer dans six ans, lorsque cette cohorte de médecins sera diplômée.

Seules 607 attestations sont en effet prévues cette année-là (2023) par le fédéral pour les nouveaux médecins francophones (auxquels il faut faut ajouter un peu moins de 90 attestations pour les futurs dentistes).

Même si les deux chiffres sont proches, il ne faut toutefois nullement y voir un quelconque "calibrage" de l'épreuve, insistent jeudi les organisateurs de l'épreuve.

"Les résultats reflètent uniquement la performance de candidats et non quelque +consigne+ chiffrée que ce soit", assure Julien Nicaise, administrateur de l'ARES.

"Qu'ils satisfassent ou pas les exigences fédérales, (ces résultats) restent préoccupants quand on songe aux points de vue des uns et des autres sur l'avenir de l'offre de soins de santé dans la partie francophone du pays.

Les candidats à l'épreuve peuvent prendre connaissance de leurs résultats sur leur compte individuel en ligne, précise l'ARES. Les lauréats peuvent, eux, y télécharger leur attestation de réussite, document nécessaire pour finaliser leur inscription. Les cours dans la plupart des facultés démarrent en effet lundi.

Parmi l'ensemble des lauréats, seuls 57 sont non-résidents. "Leur nombre étant inférieur à 30% des réussites (8,56 % pour la médecine et 13,33 % pour la dentisterie), il n'a pas été nécessaire de procéder au classement prévu pour respecter le contingentement fixé par le législateur", ajoute l'ARES.

L'examen évaluait les compétences des candidats dans quatre matières scientifiques (chimie, biologie, physique et mathématiques), d'une part, et dans quatre matières relatives à la communication et à l'analyse critique de l'information (raisonnement et synthèse, communication, éthique, et empathie), d'autre part, sous la forme de 130 questions à choix multiples.

Pour réussir l'épreuve, il fallait obtenir une moyenne d'au moins 10/20 pour la partie scientifique et pour la partie relative à la communication et à l'analyse critique de l'information, ainsi qu'un minimum de 8/20 pour chacune des huit matières évaluées.

Selon les résultats détaillés, c'est surtout l'épreuve de physique, suivie par celle de chimie, qui s'est révélée la plus sélective.

"Le jury a également statué en délibération sur deux cas de suspicion de fraude rapportés le jour de l'épreuve par les surveillants et consignés par procès-verbal", indique l'ARES. Celui-ci a également statué sur le fait qu'un questionnaire de l'après-midi ait été erronément distribué en matinée aux candidats d'un bloc de 70 personnes.

"(Le jury) a constaté que la procédure prévue en pareil cas -à savoir la reprise immédiate du questionnaire, l'isolement sous surveillance des candidats durant la pause sans possibilité d'utiliser un téléphone portable et la compensation du temps consommé- a été observée dans un délai de cinq minutes et que les candidats n'ont été ni privilégiés ni préjudiciés du fait de la situation", assure l'ARES.

Cet examen d'entrée découle de l'ultimatum lancé l'an dernier par la ministre de la Santé publique, Maggie De Block.

Lassée par l'absence en Fédération de tout mécanisme de filtre efficace pour respecter le contingentement fédéral, celle-ci avait très clairement menacé de ne plus délivrer d'attestations Inami aux nouveaux médecins francophones si la Fédération ne mettait pas sur pied un examen d'entrée, comme la Flandre le pratique depuis 20 ans déjà.

L'examen d'entrée en médecine organisé en Flandre a, lui, livré cette année un taux de réussite de 19,9%.


Un "examen boucherie" qui montre les "inégalités de niveaux du secondaire"

Si l'Unécof félicite jeudi les étudiants ayant réussi l'examen d'entrée aux études de médecine, elle tient surtout à rappeler "l'absurdité de sélectionner les médecins sur base de leur niveau de secondaire". La FEF dénonce de son côté un "examen boucherie", pour lequel il n'y a pas lieu de "se réjouir". 

Pour l'Union des étudiants de la Communauté française (Unécof), cet examen démontre une fois de plus "les inégalités de niveaux du secondaire" et engendre une sélection des médecins de demain dans les "bonnes écoles". La Fédération Wallonie-Bruxelles, qui n'a mis en place "ni remédiations ni année préparatoire", permet le début de "l'examen d'entrée du portefeuille", le privé restant la seule option possible.

"Demain, pour être médecin, il faudra avoir été dans une école secondaire réputée ou avoir des parents qui peuvent payer un renforcement à plus de 1.000 euros l'été précédent. Pour tous les autres, tant pis. Ce n'est pas la société que nous voulons", conclut Opaline Meunier, présidente de l'Unécof.

Parmi les 641 étudiants ayant réussi l'examen, "il faut encore voir combien sont des reçus-collés" (étudiants de 1er Bac ayant réussi les examens en juin mais qui n'étaient pas classés en ordre utile au concours ndlr), ajoute la Fédération des étudiants francophones (FEF). Ces étudiants ne sont en effet pas compris dans les quotas pour 2023, puisqu'ils passeront en deuxième s'ils ont réussi l'examen. La FWB est donc en train de créer aujourd'hui une pénurie pour 2023, déplore Maxime Mori, président de l'association.

La FEF est par ailleurs d'avis que cet examen montre "le niveau insuffisant de l'enseignement secondaire".

"Ce qui est annoncé comme un examen d'entrée a toutes les apparences d'un concours caché", réagit jeudi le Comité inter-universitaire des étudiants en médecine (Cium). Ce dernier pointe lui aussi les "problèmes de notre enseignement secondaire, qui doit s'équilibrer".

Selon Quentin Lamelyn, co-président du Cium, de nombreux étudiants ont tout réussi sauf l'épreuve de physique. Or "des études indiquent que sélectionner les étudiants sur base des sciences fondamentales écarte 30% des meilleurs candidats aux études de médecine", rappelle-t-il.

Le Cium s'interroge encore sur la répartition de étudiants dans les différentes facultés et sur "un futur lissage négatif" qui devrait intervenir, "durcissant la sélection au fur et à mesure des années".


Maggie De Block reconnaît "l'efficacité" de l'examen d'entrée francophone

La ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block (Open Vld) a reconnu jeudi l'"efficacité" du tout nouveau examen d'entrée francophone aux études de médecine et de dentisterie, dont les résultats ont été publiés dans la matinée.

"Je constate que ce filtre est efficace", a réagi la ministre, interrogée par l'agence Belga.

Selon la ministre, cette réduction drastique du nombre d'étudiants dorénavant admis dans la filière médicale va doper la qualité de la formation qui leur est prodiguée.

"Il est évident que si l'on passe de 2.000 à 600 étudiants dans un auditoire, la qualité de la formation sera meilleure. Ca vaut aussi évidemment pour les travaux pratiques", souligne sa porte-parole.