Belgique

Une cinquantaine d'étudiants en médecine ont manifesté mercredi devant la tour des finances à Bruxelles, siège du cabinet de la ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block. 

Soutenus par le Comité interuniversitaire des étudiants en médecine (Cium) et la Fédération des étudiants francophones (Fef), ils ont réclamé des numéros Inami pour tous et le droit pour les étudiants reçus-collés ou allégés d'accéder à leur 2e année d'études. "Pénurie je voulais te soigner mais... Maggie m'a Blocké", "Je suis otage de Maggie, libérez mon Inami", "Pensez à demain, laissez-nous être médecins", scandaient les étudiants devant le cabinet de Mme De Block.

La plupart des manifestants ont passé l'examen d'entrée organisé début septembre mais ont échoué et sont ainsi empêchés de poursuivre leurs études. Ils dénoncent en particulier la situation des étudiants reçus-collés - soit ceux qui ont validé le nombre de crédits nécessaires pour passer en 2e mais ne se sont pas classés en ordre utile lors du concours organisé en juin dernier et n'ont pas réussi l'examen d'entrée - et des étudiants allégés, qui ont étalé leur 1ère année sur deux ans. Ces derniers devaient réussir l'examen d'entrée pour accéder à l'année supérieure.

La situation et la détresse de ces étudiants, empêchés de poursuivre leurs études sur base du seul échec de l'examen d'entrée, sont "terribles", souligne le Cium.

Certains d'entre eux vivent des situations rocambolesques, comme Manon, une des initiatrices de la manifestation. "Je suis une étudiante allégée. J'ai réussi le concours en juin dernier mais je n'avais pas encore réussi les crédits nécessaires pour passer en deuxième année. J'ai donc eu une seconde session, que j'ai malheureusement raté. Pour recommencer ma première année, j'ai dû me soumettre à l'examen d'entrée... auquel j'ai échoué à cause de l'épreuve de physique. Alors que j'ai réussi l'examen de physique organisé en 1ère année médecine!"

"L'examen n'est pas adapté", confirme Nisrine, une autre étudiante allégée qui a échoué à l'examen d'entrée. "Nous sommes évalués sur des matières de 6e, 5e ou même 4e secondaire!"

Plus globalement, les étudiants, le Cium et la Fef réclament que l'ensemble des étudiants en cours de cursus obtiennent un numéro Inami. La ministre de la Santé, Mme De Block, avait averti l'an passé qu'elle déciderait chaque année si elle attribuait un Inami aux diplômés, en évaluant si une sélection efficace était en place, faisant peser "une épée de Damoclès sur les étudiants", accuse le Cium.

Ce dernier regrette également cette décision car elle divise les 5.000 étudiants en médecine: ceux en fin de cursus craignent les recours entamés par les étudiants qui souhaitent entamer leurs études en médecine ou les poursuivre car "s'ils aboutissent, les futurs diplômés n'auront pas de numéro Inami", souligne Quentin Lamelyn, co-président du Cium.

Les manifestants ont également réclamé que le système d'attribution des numéros Inami soit réévalué. Pour eux, ce dernier n'est pas efficace et ne colle pas à la réalité du terrain.

"Le Conseil d'État a attesté que la politique menée par le fédéral était plus que discutable", souligne Maxime Mori, président de la Fef. La section législation de la Haute juridiction a rendu mardi un avis cinglant sur l'avant-projet de loi de la ministre Maggie De Block réformant l'attribution des quotas Inami entre les Communautés flamande et française. Elle a estimé que le système paraissait "incohérent quant à la prise en compte respective des critères au niveau national et au niveau communautaire mais, en outre, plus fondamentalement, il peut aboutir à un recul de l'offre médicale dans telle ou telle communauté par rapport aux besoins de ses habitants tels qu'ils auraient pourtant été évalués par la Commission (de planification, Ndlr)". Une argumentation qui conforte la Fef dans son combat.

L'utilité même d'une limitation est questionnée, les étudiants avançant une pénurie criante du nombre de médecins, qui s'accentuera encore vu la sélection drastique mise en place.

Seuls 18,47% des candidats ont en effet réussi l'épreuve de sélection, soit 641 étudiants. Un nombre légèrement supérieur au quota de 607 attestations délivrées en 2023, à l'issue des six années d'études de cette nouvelle cohorte de médecins. Toutefois, parmi les 641 étudiants, se retrouvent des reçus-collés et étudiants allégés, soulignent les associations. "Il n'y a donc pas assez d'entrants cette année pour remplir les quotas", souligne le Cium. "Et même si les quotas étaient respectés, les étudiants diplômés en 2023 n'auraient pas comblé le manque de spécialistes", souligne Giovanni Briganti, co-président du Cium.

Les étudiants exigent enfin que les niveaux fédéral et communautaire se concertent davantage. "Le manque criant de coopération entre la Fédération Wallonie-Bruxelles et le fédéral est au cœur du problème", conclut Maxime Mori.