Une fin de vie, un verre de champagne à la main

PAM Publié le - Mis à jour le

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Belgique

Emiel Pauwels, 95 ans, n'est plus. Si ce nom ne vous dit certainement rien, sachez qu'Emiel Pauwels ('Miel' pour les intimes) n'est ni plus ni moins que le plus vieil athlète de Belgique.

Son dernier fait d'armes ? Le titre de champion d’Europe vétéran du 60 mètres à l'occasion des championnats d’Europe d’athlétisme en salle en mars 2013.

Atteint d'un cancer de l'estomac et des intestins, Miel a cependant décidé de tirer sa révérence après une vie bien remplie. Entouré de sa famille et de ses amis, c'est avec un verre de champagne à la main qu'il a décidé de prendre définitivement congé de ses convives. Un geste qui fera assurément sursauter les plus fervents opposants à l'euthanasie.

"Je n'ai aucun regret à partir, explique-t-il à nos confrères du Het Laatste Nieuws. J'ai opté pour l'euthanasie car je ne souhaitais pas souffrir. Je n'ai absolument pas peur de la mort. Quand le docteur débarquera avec son injection, je quitterai ce monde avec le sentiment d'avoir bien vécu. Qui ne voudrait pas en finir avec du champagne en compagnie de tous les siens ?"

Une 'mise en scène' de la mort qui a le don d'interpeller Olivier Descamps, le président du comité d'éthique des centres hospitaliers de Jolimont.

"Cette tendance est vraiment curieuse et belle à la fois. Nous sommes confrontés à une nouvelle définition de ce que c'est mourir. Ça correspond vraiment à la culture émotionnelle des sociétés actuelles. Il faut que la mort contribue à une expérience d'émotions et de joies partagées."

Un épisode qui n'est pas sans rappeler celui de ce couple français qui s'est donné la mort en novembre dernier à Paris. Pour rappel, Georgette et Bernard Cazes, tous deux âgés de 86 ans, ont été retrouvés morts dans une chambre d'un luxueux hôtel de la capitale française, chacun un sac plastique sur la tête. Dans une lettre retrouvée dans sa chambre, le couple regrettait ne pas pouvoir partir "sereinement", la France n'ayant toujours pas autoriser "la pastille létale qui permettrait une mort douce. "

Un suicide qui a véritablement relancé le débat sur la fin de vie chez nos voisins hexagonaux. "Il y a un grand débat sur la question de l'euthanasie, continue Olivier Descamps. On va vu des philosophes comme André Comte-Sponville qui avaient argumenté en faveur d'une loi sur l'euthanasie. Luc Ferry est lui catégoriquement contre. L'argument souvent utilisé est celui de la dignité humaine. Il faut mourir par respect de la dignité humaine et ça, c'est un argument qui fait frémir. On considère qu'une personne qui souffre, qui est à l'agonie, n'est plus digne. Pour Luc Ferry, la dignité ne s'éteint pas progressivement au fil de la vieillesse ou de la maladie, elle n'est pas bio-dégradable."

En Belgique, la mise en scène de la mort a-t-elle finalement une limite ? "Si la personne souhaite mourir dans de telles conditions, c'est son choix, précise Olivier Descamps. Mais dans un futur proche, je vois très bien des sociétés s'approprier ce genre d'événements, un peu comme les enterrements à l'heure actuelle où tout est organisé à l'avance. Un peu à l'image des packages pour les voyages. En tout cas, les demandes anticipées d'euthanasie s'accélèrent et vont se généraliser, j'en suis certain."

La date des funérailles d'Emiel Pauwels sera décidée ce mercredi.

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