Belgique Wouter Beke suggère à Theo Francken de démissionner à la suite des accusations dans le dossier des Soudanais expulsés.

Le CD&V est un parti composé de gens polis. Quand il s’agit de dire des choses désagréables, cela se fait avec délicatesse. Le style du président des démocrates-chrétiens flamands, Wouter Beke, est de cette veine. Vendredi matin, sur les ondes radio de la VRT, il a "suggéré" à Theo Francken de démissionner alors qu’il est dans le collimateur pour avoir expulsé des migrants soudanais qui auraient été torturés à leur retour au pays.

En fait, c’est encore plus subtil que cela : pour ne pas trop froisser la N-VA, partenaire de gouvernement du CD&V, Wouter Beke a procédé par analogie pour égratigner le comportement du secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration : il a rappelé que "dans le passé, des ministres CD&V ont dû présenter leur démission parce qu’ils étaient accusés de mentir, alors que ce n’était pas le cas".

Il faisait référence à la démission d’Yves Leterme et Jo Vandeurzen en 2008 à la suite des doutes quant à leur implication dans le dossier Fortis. "Finalement, il s’est avéré que tout avait été fait correctement", ajoute Wouter Beke. "Mais votre crédibilité est votre atout le plus important. Donc, si elle est affectée, vous devez en tirer des conclusions en tant que politicien."

"Un doux rêve de la gauche"

A ce stade du dossier soudanais, Wouter Beke ne peut pas demander la démission de Theo Francken de manière trop "cash", même si ce dernier est fortement critiqué en Flandre et personnellement marqué par les derniers événements. Il faut attendre : une enquête indépendante (du CGRA) est en cours et devrait donner ses conclusions fin janvier. Si ce rapport était accablant, s’il apparaissait que des migrants expulsés de Belgique ont bien été brutalisés à leur retour au Soudan, le secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration pourrait devoir renoncer à ses fonctions. Certains voient même une opportunité de faire tomber le gouvernement si Theo Francken s’accrochait à son maroquin. "C’est un doux rêve de la gauche", ironise un député MR.

On n’en est toutefois pas là. En attendant d’en savoir plus, Wouter Beke met la pression sur l’une des locomotives médiatiques de la N-VA. C’est de bonne guerre alors que les nationalistes flamands font rarement des cadeaux à leurs alliés CD&V au sein du gouvernement Michel.

Mais, du côté des nationalistes flamands, les propos du président démocrate-chrétien n’émeuvent guère : "Sur quoi devrions-nous réagir ?, s’interroge le porte-parole de Bart De Wever. Wouter Beke demande-t-il la démission de Theo Francken ? Pas vraiment. Il évoque simplement ce qu’un ministre CD&V aurait fait. Nous en prenons acte."

Si Wouter Beke cible Theo Francken, il ne remet pas en cause la politique migratoire de la majorité fédérale. Au-delà de la guerre de la com’, les quatre partenaires du gouvernement restent plus soudés que l’on ne l’imagine sur cette question. Par ailleurs, le CD&V sait bien qu’il risquerait une débâcle électorale s’il débranchait la prise de la "suédoise" sur des thèmes aussi porteurs pour la N-VA que ceux de l’asile et de la migration.