Belgique Les élus belgo-turcs font preuve de lâcheté en ne dénonçant pas les appels à la violence au sein de la diaspora turque, estime la secrétaire d’État fédéral Zuhal Demir (NVA).

Des Kurdes qui sont poignardés à Bruxelles, des gulénistes - les partisans ou considérés comme tels du prédicateur Fethullah Gülen et premier opposant du président turc Recep Tayyip Erdoğan - qui sont menacés à Gand et Anvers, et des mosquées du Limbourg qui appellent à la haine : autant de situations que la secrétaire d’État fédéral Zuhal Demir (N-VA) en charge entre autres de la Lutte contre la pauvreté et l’Égalité des chances entend dénoncer une bonne fois pour toutes.

Ce 1er mai 2016, Zuhal Demir, encore simple députée fédérale à l’époque, se trouve à Gand pour parler conditions de travail devant une salle pleine à ras bord. Dans le public, se trouve un groupe d’hommes turcs. Des individus connus des forces de l’ordre et étroitement surveillés par des agents en civil, ce qu’ils ignorent encore à ce moment-là. À la fin du speech, la politicienne d’origine kurdo-turque, qui les a repérés depuis longtemps, leur tend amicalement la main pour les saluer. Une main que les membres du groupe refusent de serrer car "elle est une femme et une terroriste", avant même que l’un d’entre eux tente de l’agresser physiquement, n’y parvenant pas grâce à l’intervention d’un des agents sur place. "C’est là que j’ai réalisé à quel point la situation avait dégénéré", soupire, presque un an plus tard, l’élue nationaliste, depuis son bureau bruxellois.

Celle qui est entre-temps devenue secrétaire d’État explique avoir petit à petit été découragée par les nombreux messages rapportant des tensions au sein de la communauté turque en Belgique. Situation qui s’explique par la politique menée par le président turc Erdoğan. "Il y a dix ans, tout le monde, que ce soit les Turcs, les Kurdes, les Alévis ou les gulénistes, vivait ensemble en paix en Belgique. Mais depuis qu’Erdogan a commencé à viser systématiquement des groupes de population à des fins politiques, la situation est devenue incontrôlable", lâche Zuhal Demir. "Nous allons te violer", est ainsi un des innombrables messages qu’elle a récemment reçus.

Selon l’élue fédérale, il y a actuellement en Belgique un noyau dur de Turcs fanatiques qui menacent dans la rue et sur les réseaux sociaux en toute impunité, se sentant intouchable. Un petit groupe de personnes qui terroriseraient la majorité des belgo-turcs, lesquels préféreraient se taire plutôt que d’être présentés comme des terroristes.

Mais ce qui choque et scandalise l’élue N-VA, c’est le silence des politiciens d’origine turque. "C’est lâche de mettre sa tête dans le sable. Je crois qu’il y aurait une grosse étape de franchie pour la réconciliation si tous les élus turcs condamnaient avec force ce qui se passe ici ! Qu’attend-on ? Faut-il d’abord un mort ?", insiste Zuhal Demir.

Pour la secrétaire d’État , l’enjeu ne se limite pas à la diaspora turque. "Il s’agit de favoriser l’intégration et d’éviter que la communauté ne s’éloigne encore plus de nos normes et nos valeurs. Alors des Turcs de la première génération qui sont encore partiellement focalisés sur la Turquie… mais quand même pas les Turcs de la deuxième ou la troisième génération ? Ils ne doivent pas être occupés avec ce qui se passe à 3.000 km d’ici. Les Turcs de la deuxième et la troisième génération devraient voir la Belgique comme leur maison, pas la Turquie", insiste-t-elle.

Zuhal Demir souligne par ailleurs l’attitude de certains partis politiques. "Localement, certains ont laissé la situation suivre son cours car ils étaient juste intéressés par les voix de la communauté turque. C’est comme si les tentacules d’Erdoğan avaient atteint nos partis. J’ai ainsi trouvé très étrange de ne pas voir toute une série d’élus d’origine turque à la commémoration du génocide arménien à la Chambre, il y a deux ans", dénonce l’élue d’origine kurdo-turque.