Economie

Le gouvernement wallon, qui avait menacé Caterpillar d'expropriation après que ce dernier eut annoncé début septembre son intention de fermer son site de Gosselies (Charleroi), a obtenu du géant américain du génie civil la cession pour l'euro symbolique de ce site stratégique de 93 hectares et de ses principales installations, a annoncé lundi le ministre-président Paul Magnette. La valeur de cette transaction, dans les livres de Caterpillar, s'élève à 143 millions d'euros, soit presque l'équivalent de ce que le groupe a investi sur fonds propres sur le site. La valeur globale du site est quant à elle de 500 millions d'euros, selon le gouvernement.

La cession concerne la totalité des terrains, des bâtiments et de 75% des équipements non spécifiques, qui pourront donc être revalorisés. Caterpillar démontera les 25% des équipements spécifiques à sa production, tout en garantissant le bon fonctionnement des équipements restants, et libérera complètement un des halls, gage d'attractivité du site. Elle autorise aussi, le cas échéant, l'occupation à titre précaire d'une partie du site avant son départ et paiera 5 millions d'euros à la Région lors de la livraison du site.

La signature de l'acte de vente authentique entre les parties est attendue pour juin 2018, à l'issue des travaux de décommissionnement et de maintenance du site par Caterpillar.

Pour obtenir ce résultat, "nous avons utilisé tous les instruments juridiques existants, ce fut un mélange de carotte et de bâton, mais la recette relève du secret des négociations", a commenté M. Magnette.

La volonté de Caterpillar d'en finir avec le site et la préservation de l'image du groupe ont été décisives.

Pour un grand groupe international, "mieux vaut parfois trouver un accord à l'amiable que de rentrer dans un long litige", selon M. Magnette. Et le bourgmestre en titre de Charleroi de rappeler que le gouvernement wallon avait envisagé un décret d'expropriation pour se donner les moyens de parvenir à ses fins, même si ce n'était pas "la ligne préférée" car cette option radicale aurait pris du temps et eu un coût certain. Le vice-président cdH du gouvernement, Maxime Prévot, s'est félicité de la réussite de la voie à l'amiable.

Pour le ministre de l'Économie Jean-Claude Marcourt, qui fut à la barre des négociations, la clé a résidé dans la volonté des interlocuteurs de "sortir par le haut", alors que le drame social (2.100 licenciements attendus) posait un véritable problème d'image à Caterpillar. Le géant américain a aussi considéré comme valorisable la fixation d'une date pour être libéré de toute obligation par rapport à la Région wallonne, selon le ministre.

Cette dernière doit maintenant trouver un ou des investisseurs pour éviter des charges d'entretien qui s'éterniseraient. Un candidat étranger, qui a démontré un "vif intérêt" pour le site, viendra l'examiner dans les semaines qui viennent. "Une marque d'intérêt a aussi été émise pour une partie du site par un groupe industriel déjà implanté chez nous", a ajouté M. Marcourt. Le site, proche de l'aéroport, figure parmi les quatre zones franches de Wallonie sur lesquelles le Fédéral réduit de 25% le précompte professionnel sur les nouveaux emplois créés.

Quant au volet des 1.850 équivalents-temps plein sous-traitants, une analyse du degré de dépendance a permis de déterminer que 800 d'entre eux pourraient être en danger à court terme.

Ces derniers et les 2.100 licenciés probables de Caterpillar seront concernés par la cellule de reconversion, a souligné la ministre de l'Emploi Eliane Tillieux. Le gouvernement a prévu 4 millions d'euros dans son budget 2017. Trois lieux d'accompagnement seront ainsi ouverts à Charleroi, La Louvière et Namur à partir du 1er avril prochain. La phase 1 de la procédure Renault, quant à elle, a été close le 24 mars dernier.

Vendredi sera présenté le plan CatCh (CATalyst 4 Charleroi), qui envisage le redéploiement du plateau nord de Charleroi, à partir du site de Caterpillar.


"Une excellente opération" selon les syndicats

L'accord intervenu entre le gouvernement wallon et le groupe Caterpillar au sujet de la cession à titre gratuit du site carolo du groupe est un « aboutissement important dans le combat mené par les travailleurs et leurs représentants », a indiqué lundi dans un communiqué Antonio Cocciolo. « C'est une excellente opération » a pour sa part indiqué Jean-Marie Hoslet, le secrétaire provincial de la CSC-Metea. Du côté de la FGTB comme de celui de la CSC, les représentants syndicaux ont rappelé que la récupération du site a d'emblée été pointée comme une priorité syndicale dès l'annonce de l'intention de fermeture, le 2 septembre dernier. « Par la voie négociée ou par la contrainte », a précisé pour sa part Antonio Cocciolo. « L'accord permet d'envisager favorablement la reprise d'une activité industrielle à Gosselies », a indiqué la FGTB Metal.

Dans la perspective du retour d'activités sur le site, Jean-Marie Hoslet a toutefois invité la Région wallonne, nouveau propriétaire du site, à ne pas renouveler les erreurs du passé. « C'est-à-dire à ne pas le revendre à de nouveaux investisseurs mais procéder davantage par baux emphytéotiques», a-t-il précisé. Le responsable syndical verrait d'ailleurs bien à terme que la propriété du site passe de la Région wallonne à l'intercommunale de développement économique, Igretec, qui gère les parcs d'activités économiques dans la région de Charleroi. Sur les raisons qui ont poussé le groupe à céder à titre gratuit le site et certains actifs, Jean-Marie Hoslet a semblé écarter l'hypothèse de coûts de dépollution imputables au propriétaire. « Il y a bien une certaine pollution comme sur n'importe quel site industriel mais rien de comparable avec la pollution d'un site sidérurgique. »

« Cet accord doit être un point de départ dans la construction d'une législation qui oblige les entreprises (¿) mettant des travailleurs et des régions entières en difficulté à participer financièrement à la relance des sites qu'elles délaissent », a encore affirmé Antonio Cocciolo.