Economie

Le conseil d'entreprise extraordinaire a débuté ce vendredi à 8h30 sur le site de Caterpillar à Gosselies. Selon le président de la FGTB Hainaut Namur, une fermeture complète de l'usine de Gosselies a été annoncée.

"Quand on convoque d’urgence un conseil d’entreprise extraordinaire, on s’attend à de mauvaises nouvelles. Mais de quelle ampleur…", craignait ce jeudi Antonio Cocciolo, le président carolo de la Fédération des Métallurgistes MWB-FGTB du Hainaut-Namur, qui a été président de la délégation FGTB pendant 13 ans chez Caterpillar Gosselies.

Ce vendredi matin, c'est le pire des scénarios qui a été annoncé. Selon Antonio Cocciolo, le site de Gosselies va fermer ses portes.

La direction envisage de transférer les volumes réalisés sur son site de Gosselies vers Grenoble (sud-est de la France), et vers d'autres usines dans le monde, a-t-elle fait savoir dans un communiqué. Cette annonce entraîne le début de la phase d'information et de consultation avec les partenaires sociaux, ce qui pourrait se traduire par la fermeture de l'usine carolo et un licenciement collectif, selon Caterpillar. 

Cette décision fait suite à la restructuration globale et au plan de réduction de coûts, annoncés il y a un an.


Le recours à des fournisseurs extérieurs est également évoqué, entre autres pour certaines pièces fabriquées jusqu'ici à Gosselies.

"Nous devons envisager des initiatives afin de réduire notre capacité d'assemblage et les coûts et d'ainsi nous aligner sur la baisse de la demande", a commenté Tom Pellette, responsable de la division "Construction Industries" au sein de la société américaine. "Si ces intentions étaient confirmées, nous apporterions notre soutien à la direction locale en vue de limiter les conséquences sur nos employés et leurs familles", a-t-il ajouté.

Au cours de la phase d'information et de consultation, Caterpillar assure sa volonté d'engager un dialogue constructif avec les syndicats en vue de minimiser l'impact social.

Jeudi, Caterpillar avait déjà annoncé qu’il supprimerait 261 postes de travail en Irlande du Nord, dans les deux années à venir. En septembre 2015, le groupe avait fait savoir qu’il procéderait à la suppression de 10 000 emplois dans le monde d’ici 2018.

Le groupe industriel américain, qui fabrique principalement des engins de chantier et des générateurs électriques, va donc condamner le site de Gosselies.



Une rencontre avec Paul Magnette

Paul Magnette, le ministre-président wallon et bourgmestre en titre de Charleroi, recevra les organisations syndicales sous peu et convoquera la direction dans la journée.

Une réunion avec le Premier ministre Charles Michel et le ministre de l'Économie Kris Peeters est également envisagée à Namur, pour examiner l'urgence, les possibilités de reclassement, l'avenir du site, etc.


Une modernisation insuffisante

L’histoire de Caterpillar à Gosselies dure depuis 1965 et n’a rien d’un long fleuve tranquille, entre des affaires qui marchent puis qui marchent moins bien, des conflits sociaux parfois rudes et puis une sévère restructuration en 2013 : 1 400 personnes avaient alors perdu leur travail.

Depuis, un investissement de 150 millions d’euros avait été consenti. "Nous avons beaucoup de raisons d’espérer car il est évident qu’on a un projet pour cette usine. Si l’on voulait mettre la clé sous le paillasson, nous ne ferions pas de tels investissements", déclarait alors en novembre 2014 Nicolas Polutnik, patron de Caterpillar Gosselies. Cet argent avait en effet permis de moderniser les outils mais, malheureusement, les ventes n’ont pas été à la hauteur. "L’usine est aujourd’hui ultra-compétitive mais il y a des problèmes de volumes. Elle ne tourne qu’à 80-85 % de sa capacité", explique Antonio Cocciolo. Car le site de Caterpillar Gosselies, l’un des plus gros employeurs de Wallonie, est clairement fragilisé par le fait qu’il ne produit plus, depuis quelques années, quasi exclusivement que pour le marché européen, là où par le passé il livrait également des machines en Afrique et au Moyen-Orient, où la demande est soutenue. Mais des législations différentes, notamment sur le plan environnemental, ont poussé le site belge à se focaliser sur le Vieux Continent. Et ce n’est un secret pour personne, la croissance économique reste poussive en Europe et les grands travaux d’infrastructure limités.

Il reste 2 200 personnes employées sur le site de Gosselies, sans compter les sous-traitants. L’impact social et économique d’une fermeture serait évidemment terrible pour ces travailleurs, et pour cette région de Charleroi qui se passerait bien d’un tel drame.


Un géant fragilisé

Le site de Gosselies n’est qu’un maillon - relativement modeste - parmi de nombreux autres dans la galaxie de la multinationale américaine Caterpillar. Fondé dans les années 1920, le groupe de Peoria (Illinois, Nord des Etats-Unis) s’est hissé au rang de leader mondial de la fabrication d’engins de chantier. Aujourd’hui, Caterpillar - dont l’action figure dans le célèbre indice Dow Jones Industrial Average - pèse encore plus de 40 milliards de dollars (chiffre d’affaires annuel estimé pour 2016) et 100 000 employés (contre 111 000 il y a encore un an).

Mais les temps sont rudes depuis la crise de 2008. Fin juillet, lors de la publication des résultats financiers du 2e trimestre (marqués par une chute de 16 % des revenus et de 31 % du bénéfice net), la direction de Caterpillar avait indiqué que, face à une conjoncture morose (notamment dans le secteur minier et les pays émergents), il allait continuer de réduire ses effectifs.