Economie Tentant,mais risqué pour les entreprises japonaises

TOKYO Les récents projets de délocalisation en Chine annoncés par Sony et Fujifilm reflètent une tendance constante des entreprises japonaises depuis plus de vingt ans, même si, pour elles, investir chez une voisine et rivale en pleine croissance est plus risqué que pour d'autres.

Selon des statistiques chinoises, les entreprises japonaises implantées en Chine emploient directement ou indirectement 9,2 millions de personnes.

Une force de travail bon marché, qui permet à l'industrie nippone (particulièrement le secteur électronique) de maintenir son haut degré de compétitivité.

Mais les fréquentes poussées de fièvre antijaponaise et les exécrables relations diplomatiques entre Pékin et Tokyo «peuvent devenir un risque majeur pour la gestion des entreprises japonaises en Chine», estime Shingo Konomoto, économiste à l'Institut de recherche Nomura, dans une étude parue en décembre.

Lancée à partir de 1985 - année où une forte réévaluation du yen avait poussé les firmes japonaises à transférer leur production hors de l'Archipel - la vague de délocalisations a connu un boom à partir de 2001, lors de l'adhésion de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Jusqu'à présent, ces délocalisations ne concernent que les activités à faible valeur ajoutée. Ou encore les produits devenus matures et fortement concurrencés, qu'il n'est plus rentable de produire au Japon.

Les plus hautes technologies sont, quant à elles, toujours maintenues dans l'Archipel.

Sony vient ainsi de décider de transférer en Chine et en Malaisie sa production de baladeurs à compact-disc et mini-disc, devenus obsolètes sur les marchés occidentaux et japonais, et Fujifilm ses appareils photo, dont les marges sont laminées par la concurrence féroce sur le marché mondial.

Le géant de l'électronique Matsushita (marque Panasonic) a lui aussi décidé, en 2004, de transférer vers la Chine ses activités les moins sophistiquées.

Déjà, en 2001, Canon avait délocalisé près de Shanghaï son usine de photocopieurs bas de gamme. Et Toshiba avait transféré sa production de téléviseurs à tube cathodique à Dalian, ses usines au Japon se concentrant sur les téléviseurs numériques et les projecteurs à cristaux liquides.

D'année en année, les investissements directs du Japon en Chine continuent à croître: en 2005, ils ont totalisé 725,8 milliards de yens (52 milliards d'euros), près de 15% du total des investissements nippons à l'étranger, malgré une année de frictions entre Tokyo et Pékin sur le plan politique.

En avril, de violentes manifestations anti-japonaises ont éclaté dans toute la Chine après la publication au Japon d'un manuel d'histoire accusé de minimiser les exactions commises par l'armée impériale nippone entre 1931 et 1945. Plusieurs commerces japonais ont été saccagés.

Selon un sondage réalisé le mois suivant par l'Organisation japonaise du commerce extérieur (Jetro), plus de 15% des entreprises nippones implantées en Chine ont reconnu que les relations avec leurs employés locaux s'étaient dégradées à la suite des émeutes, même si peu d'entre elles (4,1%) disaient envisager de quitter le pays ou d'y réduire leur présence.

Certaines grandes entreprises, tel Canon, dirigent désormais la plupart de leurs nouveaux investissements vers des pays moins hostiles à l'égard du Japon, comme le Vietnam ou l'Inde. «L'Inde présente moins de risques que la Chine. L'Inde est politiquement transparente et son sentiment à l'égard du Japon est neutre», soulignait l'été dernier le patron du constructeur automobile Honda, Takeo Fukui.

© La Dernière Heure 2006