Economie Une étude récente de la société Manpower scrute le monde du travail

BRUXELLES La pénurie de travailleurs qualifiés va en s'amplifiant dans le monde et touchera de plus en plus de métiers au cours des dix prochaines années, a averti mardi le groupe Manpower, spécialisé dans les services de ressources humaines et dans le travail intérimaire.

L'entreprise américaine a ainsi introduit ses pistes de réflexions pour accompagner «ce qui pourrait constituer une menace pour la croissance et le développement mondial ». C'est du moins ce qu'elle écrit dans un Livre blanc intitulé «La pénurie croissante de talents: des pistes pour l'avenir », présenté à Bruxelles en même temps que sa nouvelle politique de marque (nouveau logo, nouvelle campagne pub, etc).

Des indicateurs attestent du manque croissant de travailleurs compétents en raison de l'évolution démographique, du développement économique, de la concurrence mondiale, des progrès technologiques et des attentes individuelles au profit d'un équilibre entre la vie professionnelle et la vie familiale.

Un sondage auprès des entreprises belges a d'ailleurs relevé que 42 pc des employeurs déclarent rencontrer des difficultés à recruter (sur 759 répondants, marge d'erreur de 3,6 pc). Le top 10 des fonctions critiques est connu «depuis au moins dix ans », a rappelé Philippe Lacroix, directeur de Manpower Belgique. «Il s'agit de techniciens qualifiés, de chauffeurs mais également de comptables, de secrétaires et de représentants (vente) », a-t-il indiqué, sans avancer de données chiffrées.

Comme le phénomène de pénurie de main-d'oeuvre spécialisée touche le monde entier, Manpower préconise notamment de faciliter l'immigration «stratégique », citant le cas des Etats-Unis pour illuster son propos dans le Livre blanc.

«Les Etats-Unis, par exemple, pourraient s'apercevoir qu'après avoir découragé les travailleurs de passer illégalement leurs frontières avec le Mexique, il serait préférable d'encourager l'immigration en provenance de ce pays et de régulariser la situation des travailleurs déjà présents », écrit le groupe.

En parallèle, il faut «renforcer » les investissements destinés à l'éducation et à la formation professionnelle » dans le but, entre autres, «de créer un réservoir national de travailleurs qualifiés qui parviendront à attirer à la fois les principaux acteurs nationaux et les investissements intérieurs de multinationales ».

Dans le même ordre d'idée, les partenariats privé-public doivent être améliorés car les gouvernements, en tant que principaux employeurs de leurs pays, rencontrent également des difficultés à dénicher les bons talents.

Déjà, Manpower recrute des militaires pour le compte du gouvernement australien ou des enseignants pour celui de l'Etat néerlandais. «Nous pourrons être amenés à présenter de telles solutions au gouvernement belge en cas d'expérience concluante », a évoqué en substance le directeur de la filiale belge du groupe.

A l'égard des employeurs privés, Manpower prodigue divers conseils: il faut «puiser dans les ressources des personnes sous-employées » et ne pas négliger les chômeurs, les femmes, les travailleurs plus âgés ou handicapés, les minorités, «tous sous-représentés dans la plupart des marchés de l'emploi ».

Les entreprises privées doivent également penser à développer de «nouvelles manières de prolonger la durée de vie professionnelle » car «la pré-retraite à 55 ans ne sera plus possible pour les employeurs ou les travailleurs dans un avenir où les talents viendront à manquer », prévient Manpower.

«Il nous faut tous une très grande ouverture d'esprit tant chez les employeurs et les employés que chez les gouvernements et les syndicats », estime ainsi M. Lacroix. «Cela va se faire, qu'on le veuille ou non, alors autant anticiper le mouvement et l'organiser », a conseillé le directeur de Manpower Belgium.