Economie

On vous le dit, on vous le répète, vous le lisez dans les journaux et au fond de vous-même vous le savez bien. Les réseaux sociaux sont un outil indispensable pour les cadres et dirigeants. Vous ne pouvez pas laisser le soin à d’autres de créer votre image numérique et celle de votre entreprise.

Aujourd’hui, l’image d’un manager et de son organisation sont étroitement liées. Les réseaux sociaux deviennent un outil de visibilité, d’écoute de votre environnement et d’humanisation de votre action. Oui, mais par quoi commencer, LinkedIn ou Twitter ? Un blog ? Et comment ne pas perdre plus de temps que vous n’allez en gagner ? Et puis vous avez peur de faire un faux pas. Créer un bad buzz dans votre entreprise est un risque que vous ne pouvez pas prendre.

Chaque situation est différente et il n’y a pas de plan d’action à dupliquer. Sans stratégie sur-mesure vous vous découragerez et vous aurez perdu du temps. Quels conseils peut-on suivre ? Nous avons posé la question à l’Agence Réputation 365 à Louvain-la-Neuve, qui aide précisément les dirigeants à gérer leur identité numérique. Pour vous lancer doucement mais sûrement, il est utile d’avoir deux mots d’ordre à l’esprit : naturel et régularité. Et rappelez-vous, la communication n’est pas une fin en soi, elle doit doper et faciliter votre activité.

La vraie question : pourquoi ?

Pourquoi être présent sur les réseaux sociaux ? Si c’est « parce qu’il faut y être », c’est une fausse réponse. Vous devez définir un but.

- Recruter de nouveaux collaborateurs qui forgent désormais leur première opinion sur Internet ?

- Fidéliser votre équipe car la culture d’entreprise se construit de plus en plus avec le digital ?

- Noyer une mauvaise actualité ou changer l’image de votre entreprise ?

- Prospecter de nouvelles cibles toujours plus connectées ou séduire des partenaires attentifs à ce que l’on dit de vous ?

Lorsque vous avez défini un but, vos objectifs se dessinent déjà. Et pour atteindre un objectif, vous connaissez sans doute la méthode SMART : Simple, Mesurable, Ambitieux (Attirant, Acceptable), Réaliste, Temporel. Si vous parvenez à réunir ces ingrédients, votre objectif devient tangible.

Un exemple : vous voulez « développer des relations avec la presse ? ». Non, vous devez « suivre 30 journalistes sur Twitter avant la fin du mois et interagir avec deux d’entre eux toutes les semaines pendant 6 mois ». C’est de cette manière que, dans six mois, vous saurez si votre objectif est atteint. S’il est réaliste et ambitieux, vous êtes déjà en phase avec votre but. C’est le seul moyen de savoir si vous avez la bonne stratégie.

A qui parlez-vous ?

La vraie révolution des réseaux sociaux, c’est que nous faisons davantage confiance à des gens qui nous ressemblent, même si on ne les connait pas, plutôt qu’à ce que dit l’entreprise. Le dirigeant, les cadres, les collaborateurs sont écoutés car ils sont crédibles… s’ils ne sont pas instrumentalisés.

Beaucoup d’entreprises ont tenté de mettre en place une politique d’ambassadeurs. Mais souvent, cela sonne faux. D’abord parce que si la direction ne joue pas le jeu, pourquoi les collaborateurs le feraient-ils ? Et puis si vos connaissez bien les personnes à qui vous vous adressez, vous connaissez leur attentes et leurs centres d’intérêt. Ne leur parlez pas de vos produits et services. Parlez-leur de ce qui les intéresse ! Les banques l’ont bien compris. Pour séduire les entrepreneurs et les jeunes diplômés, BNP Paribas Fortis a par exemple lancé BizCover1 . Autre exemple : Decathlon Community2 , propose des conseils sportifs et donne la parole à des ambassadeurs qui s’expriment sur leurs voyages qui respirent l’aventure. Pointons aussi Photogalerie3 qui publie des conseils, tels que « maîtriser la lumière hivernale »… Jetez un œil, vous verrez comment ils répondent aux besoins de leurs clients potentiels sans parler directement de leurs services.

1 https://bizcover.bnpparibasfortis.be

2 http://www.community.decathlon.be

3 https://www.photogalerie.com/photos/cat/conseils

Etes-vous bien réaliste ?

Vous avez maintenant une idée plus précise du but de votre présence sur les réseaux sociaux, de vos objectifs et des attentes de ceux à qui vous vous adressez. Le message et les canaux vont venir naturellement.

Mais d’abord, réfléchissez à vos moyens. Vous allez externaliser ? Gérer tout cela en interne ? Vous en occuper vous-même ? Pour que cela tienne dans la durée, vous devez presque faire un business plan : pour atteindre mon objectif dans 12 mois, qu’est-ce que cela va me coûter et qu’est-ce que cela va me faire gagner ? Quelles sont les ressources que je dois engager ?

Ne soyez pas trop optimiste. Surtout si vous voulez tout gérer en interne. C’est une nouvelle casquette qui vient s’ajouter à celles que vos collaborateurs portent déjà. Il vaut mieux un objectif modeste mais réaliste que vous allez tenir, que l’inverse. Vous le savez bien. Soyez pragmatique et clairvoyant avec vos équipes dans cette aventure.

Si le projet s’essouffle par manque de ressources et de dynamisme, il sera très difficile à ranimer et chacun le vivra comme un échec. Un point important : la transformation digitale, ce n’est pas un problème de Big Data, de technologie ou de mobile, c’est une opération de « change management » avec tous les freins humains que vous pouvez imaginer dans votre organisation. Le conseil qui marche : une politique des petits pas et des petites victoires à saluer chaque trimestre.

Soyez vous-même

En tant que cadre ou dirigeant, vous devez trouver le juste équilibre pour incarner sur Internet la culture de votre entreprise. Ni trop, ni trop peu. Votre image et votre personnalité doivent permettre d’humaniser et de crédibiliser l’action sur le terrain de vos équipes et de votre marque.

Le danger est de créer un personnage détaché du réel et bien différent de ce que vous êtes. Un premier état des lieux de votre environnement numérique et de votre propre présence sur Internet va vous permettre de prendre les bonnes décisions et de choisir une stratégie pérenne. Les actions que vous choisirez devront vous sembler logiques, cohérentes et naturelles, sinon c’est que vous explorez de mauvaises pistes.

Le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, rappelle que votre « marque personnelle », c’est ce que les gens disent de vous quand vous quittez la pièce. Et vous, que dit-on de vous quand vous quittez la pièce ? Qu’aimeriez-vous qu’un journaliste écrive pour vous résumer en deux lignes ?

Soyons franc, c’est un travail d’introspection difficile qui nécessite de recueillir les avis de votre environnement professionnel et privé. Comme une entreprise, vous devez définir votre « mission statement » : valeurs, vision, mission. C’est l’exercice qui vous permettra d’écrire votre résumé sur LinkedIn, d’être un « bon client » pour des journalistes et d’insuffler à vos équipes un cap avec des idées claires. Le « personal branding », littéralement votre « marque personnel », c’est vous transformer en une marque : positionnement, différenciation, visibilité.

Dès lors, soyez vous-même. Sur le fond, sur la forme et sur la fréquence de vos apparitions ou publications. Un blog, des conférences, du networking, des publications sur LinkedIn ou sur Twitter, peu importe, cela doit vous ressembler. Correspondre aux attentes de ceux que vous voulez convaincre et s’inscrire dans un rythme que vous êtes capable de tenir.

Dix minutes par jour ?

Le chantier vous semble titanesque ? Vous pouvez obtenir des résultats conformes à vos objectifs en n’y passant que dix minutes par jour pour peu que vous ayez un plan d’action concret et réaliste. Voilà un exemple avec LinkedIn à adapter à votre situation.

Lundi : Visitez le profil de cinq personnes que vous avez rencontrées récemment et invitez-les avec un message personnalisé. Un réseau social, c’est d’abord un « réseau ».

Mardi : Partagez un article de presse en ligne qui va intéresser vos contacts et interagissez avec les partages de trois de vos contacts. Un réseau social professionnel doit être « social ».

Mercredi : Envoyez un message privé à trois contacts à haut potentiel (prospect, client, prescripteur) pour leur signaler votre publication du mois dernier en leur demandant leur avis, leur commentaire, leur partage.

Jeudi : Regardez qui a consulté votre profil et proposez à l’un d’eux de le rencontrer ou de discuter par téléphone. Un réseau social doit permettre de recréer des contacts « hors ligne ». S’il n’y en a pas, prenez un peu d’avance sur lundi.

Vendredi : Regardez où sont vos marges de progression : https://www.linkedin.com/sales/ssi et réfléchissez à un sujet d’actualité sur lequel vous auriez aimé donner votre avis. Il vous reste 3 semaines pour en faire un article à publier sur la plateforme de blogging de LinkedIn.

Et alors, ça marche ?

Qui dit stratégie et objectifs, dit pilotage. Pour garder votre cap et votre motivation, vous devez vérifier que votre travail porte ses fruits. Deux fois par mois, faites un rapide bilan : avez-vous reçu plus de CV qualifiés ?

Vos partenaires relaient-ils votre actualité ?

Est-ce que des journalistes vous sollicitent pour un avis ? Tout dépend de vos objectifs, c’est votre seul GPS dans le monde du digital.

Jacques Galloy : une formidable source d’infos

Je suis le plus actif sur Facebook, ensuite LinkedIn, j’ai aussi des comptes Twitter et Flickr. Facebook est une formidable source d’infos, c’est ma gazette, avec des informations de proximité. Je diffuse des vidéos, j’y partage mes engagements sociaux et évènements associatifs. LinkedIn est ma carte de visite professionnelle qui me permet d’échanger avec nombre de partenaires, surtout dans l’univers du venture capital. Twitter me permet de suivre des sujets technologiques assez pointus.

J’y consacre entre 20 et 40 minutes par jour, surtout dans les temps d’attente ou entre deux réunions mais le plus souvent en soirée, vers 21h00, car je regarde assez peu la télé. Je profite aussi de mes déplacements, en particulier le Thalys, et je me réjouis de la fin des surcoûts liés au roaming international !

Jean-Pascal Bouillon : la communication digitale me passionne

Je suis connecté en permanence, la communication digitale me passionne. Au niveau professionnel, je gère les comptes Twitter et Linkedin d’Orange. Nous sommes aussi sur Facebook et disposons d’un blog commercial qui a beaucoup de succès (www.orange.be/blog). J’utilise les réseaux sociaux pour contribuer au développement de l’image d’Orange ainsi que pour suivre l’actualité de notre secteur et les conversations. J’ai toujours un œil sur Twitter pour suivre l’actualité télécom ou pour pouvoir réagir rapidement si nécessaire.

A titre privé, je tiens un blog running & santé créé en Wordpress (www.positive-nation.net). Je publie le contenu également sur Facebook et je partage le « Live » de mes entraînements sur Instagram. J’aime beaucoup l’interaction que cela créée par mes publications. Je consacre environ 5 heures par semaine à l’écriture d’articles pour mon blog et mes comptes Facebook et Instagram. Je prépare et programme mes posts le soir et le WE.

Vincent Joye : être au courant des évolutions du métier

J’ai un compte sur Facebook, LinkedIn et Twitter, ainsi que sur Instagram et Pinterest. Je pense aussi ouvrir un compte sur Snapchat, car c’est important dans mon métier de rester au courant des évolutions dans le domaine. Mais c’est sur les trois premiers que je suis le plus actif. J’ai souvent voulu créer un blog sur ma passion (la Bourse) mais… où trouver le temps ?

Il y a un objectif évident lié à mon métier, qui nécessite de rester à jour. Au-delà, j’emploie surtout LinkedIn pour rester en contact avec mon réseau professionnel, tandis que Facebook est plus utilisé à des fins privées, même s’il existe des overlaps entre les deux. J’utilise plus Twitter pour communiquer au sujet de mon entreprise. Pinterest sert surtout à satisfaire ma curiosité sur trois autres de mes passions : le bricolage, la pâtisserie et depuis peu le jardinage.

Je consacre environ 15 minutes par jour aux réseaux sociaux, mais je suis conscient que je devrais y consacrer encore un peu plus de temps pour en tirer pleinement profit. Pour l’instant, cela reste vraiment une utilisation « à la volée ».

Nathalie Hosay : j’aime l’idée d’une communauté qui partage

J’aime être sur les réseaux, je suis curieuse de tout, cela m’intéresse et m’amuse. Et puis cela fait partie de mon travail ! Je suis présente sur Facebook, Twitter, LinkedIn, Google+. Et d’autres réseaux qui privilégient le visuels : Flickr, Pinterest, Instagram, Snapchat. J’utilise des applications de messagerie mobile telles que Facebook Messenger, WhatsApp ou Skype. Je suis particulièrement active sur Facebook, Twitter et LinkedIn. Ma présence sur les autres réseaux est plus sporadique. J’adorerais tenir un blog mais je n’ai pas le temps.

J’aime l’idée d’une communauté qui partage ses activités, qui échange des contenus, cela tient en éveil, permet de rebondir sur des idées intéressantes et d’exercer aussi son esprit critique. Je trouve en ce sens Facebook et Twitter très complémentaires, l’un centré sur ses proches, l’autre ouvert sur le monde. J’utilise les réseaux comme des outils pour diffuser de l’information et amplifier l’audience et la notoriété de mes activités, tant professionnelles que privées. Egalement pour effectuer une veille sur les sujets qui m’intéressent et pour mesurer l’impact de mes actions.