Economie Le secteur hôtelier bruxellois a connu l’une de ses années les plus sombres de son histoire.

L’année 2016 aura été marquée d’une pierre noire pour les hôtels bruxellois. Elle est ainsi qualifiée de "tristement historique pour le secteur" par Rodolphe Van Weyenbergh, le secrétaire général de la BHA (Brussels hotels association). "Les attentats du 22 mars nous ont durement touchés, explique-t-il. Heureusement les mesures de soutien économique ont permis d’éviter de nombreux licenciements."

A part la faillite de l’emblématique Sheraton (pour des raisons internes, voir ci-dessous), aucun hôtel bruxellois n’a, pour l’instant, mis la clé sous le paillasson

Mais tous ont souffert et sont en période de résilience, comme le rapporte La Libre Belgique : sur l’ensemble de l’année, les hôtels de la capitale ont vu leur taux de fréquentation diminuer de plus de 10 points de pourcentage en passant de 72,5 % en 2015 à 61,8 % en 2016 (voir infographie). La crise s’est surtout fait ressentir auprès de la clientèle "loisirs". Les touristes ont été les premiers à fuir la capitale belge après le 22 mars. Les week-ends, les hôtels bruxellois ont ainsi à peine réussi à remplir leur établissement à moitié, avec une perte de revenu par chambre de près de 22 % du vendredi soir au dimanche.

Face à cette crise historique, les établissements ont baissé leurs prix (-1,4 % par rapport à 2015) pour tenter d’attirer de nouveaux clients. Le prix moyen d’une chambre à Bruxelles se négocie ainsi désormais autour des 100 euros la nuit, avec de très fortes différences la semaine (115 euros) ou le week-end (78 euros).

Notons enfin que ce sont surtout les hôtels de luxe qui ont souffert avec des pertes de revenus par chambre approchant les 18, 5 % (contre une moyenne de 16 %). La clientèle huppée nord-américaine ou asiatique a boudé ce type d’établissements à Bruxelles.

Enfin, la poussée spectaculaire d’Airbnb, le site de location entre particuliers (5000 logements bruxellois face à 17 000 chambres d’hôtels) a aussi un effet sur les prix à la baisse. "Depuis le mois de novembre, nous constatons un retour progressif des touristes, conclut Rodolphe Van Weyenbergh. C’est le futur qui doit nous mobiliser."  

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Faillite du Sheraton : "Nous n’avons aucune idée de quand nous serons indemnisés"

Sans emploi depuis le 14 décembre dernier, les 200 travailleurs du plus gros hôtel bruxellois accusent le coup.

Le Sheraton Brussels Hotel est-il en bonne voie de trouver un repreneur - idéalement endéans les six mois qui suivent la déclaration de faillite - susceptible de sauvegarder l’outil et l’emploi ? Du côté des deux curateurs nommés fin de l’année dernière par le tribunal de commerce néerlandophone de Bruxelles, rien ne filtre. Pour mémoire, le plus gros hôtel de la capitale, situé place Rogier, a fait aveu de faillite le mardi 13 décembre dernier. Il a ainsi mis définitivement un terme à la procédure en réorganisation judiciaire dans laquelle il était engagé depuis la fin du mois de septembre. En cause essentiellement : une impossibilité dans le chef du propriétaire de l’hôtel, le groupe suédois Nordström, et dans celui de la société d’exploitation, Starwood, à trouver un terrain d’entente sur la question de savoir qui doit prendre en charge les travaux de rénovation e t de désamiantage de cet hôtel vieillissant . "Le Sheraton a été construit au début des années 70. Il est plein d’amiante. L’assainir nécessite d’injecter quelque 50 millions", rappelle une source proche du dossier.

Un bras de fer entre le propriétaire et l’exploitant

En réalité, le contrat commercial conclu pour 50 ans stipulait qu’il revenait bel et bien au propriétaire d’investir dans la rénovation du bâtiment. Le groupe suédois avait en effet racheté en son temps le Sheraton pour un euro symbolique, en échange de quoi il s’engageait à y faire des travaux de rénovation structurelle. "Or, les Suédois n’ont jamais investi un euro dans le Sheraton. Ils ont géré cela de façon journalière sans jamais déployer une vision de long terme", martelait alors une source syndicale. De son côté, la société d’exploitation avait contre-attaqué en ne respectant plus non plus les termes du contrat.

Ainsi, jamais rénové au cours de ces 20 dernières années, l’hôtel avait dû revoir significativement ses prix à la baisse (75 euros en moyenne aujourd’hui pour 150 à 200 euros il y a quelques mois), ses marges bénéficiaires se réduisant à peau de chagrin.

Au lendemain de sa déclaration de faillite, soit le mercredi 14 décembre 2016 à 12h, le Sheraton Brussels Hotel fermait officiellement les portes de ses 500 chambres, laissant sans emploi et dans l’expectative d’une potentielle reprise de quelque 200 travailleurs. "Nous savions depuis quelques mois que ce scénario du pire se profilait, témoigne aujourd’hui anonymement un désormais ex-employé de l’hôtel. A tel point que plusieurs personnes du management n’avaient pas hésité à quitter le navire… laissant les autres couler avec le paquebot." Et le même de poursuivre : "Morale ment, c’est évidemment très difficile. C omme beaucoup d’entre nous, je me suis inscrit au chômage comme demandeur d’emploi dès le lendemain de la faillite. Et lorsque j’observe les offres actuelles sur le marché de l’emploi, je dois bien reconnaître que les ouvriers et employés du Sheraton étaient plutôt bien lotis […]. Par ailleurs, insiste-t-il, et je le déplore amèrement, c’est le fonds de fermeture des entreprises qui devrait nous indemniser. Mais nous n’avons aucune idée de quand nous serons indemnisés. Je crains que nous ne le soyons que dans quelques années, et pour des montants insignifiants. Bien sûr, les syndicats vous diront qu’ils ont donné aux travailleurs une fourchette de temps (entre un et deux ans) mais pour nous cela ou rien, c’est pareil", s’échauffe-t-il.

Le fonds de fermeture des entreprises dans le viseur

Du côté de la CSC Alimentation et Services, on tempère : "Il ne revient pas aux syndicats de définir le timing auquel les travailleurs pourront être indemnisés. Cela n’est pas de notre ressort. J’ignore d’ailleurs à quelle vitesse travaille ce fonds, même s’il nous revient qu’il agirait de plus en plus vite, déclare Grace Papa. En revanche, nous sommes là pour informer les travailleurs sur leurs droits, notamment pour leur rappeler qu’ils peuvent introduire une demande d’indemnisation temporaire du chômage." Et la même de terminer : "Dans ce dossier sensible, le scénario idéal pour nous serait qu’il y ait un repreneur au plus vite, que l’hôtel rouvre ses portes, que les travailleurs soient tous repris aux mêmes conditions de travail et que le repreneur en question trouve des solutions pour le personnel pendant les travaux de désamiantage…"

Dans les rangs du cabinet du ministre bruxellois de l’Economie et de l’Emploi, Didier Gosuin (DéFI), on affirme suivre la situation des travailleurs du Sheraton de très près. Le 19 décembre dernier, une task force pilotée par Actiris, le service public d’emploi à Bruxelles, avait été mise sur pied afin d’accompagner l’ensemble du personnel hôtelier dans sa recherche d’un nouvel emploi dans le secteur. Plusieurs séances d’informations à ce propos devraient par ailleurs être organisées chez Actiris à la fin du mois de janvier.