Economie

Les deux centrales nucléaires les plus récentes doivent rester ouvertes temporairement, après 2025, plaide mercredi la Fédération des entreprises belges (FEB), en réaction à une étude du gestionnaire du réseau de transport d'électricité en Belgique, Elia.

Elia a appelé les autorités belges mercredi à prendre rapidement des décisions pour assurer l'avenir du secteur énergétique belge. Si le pays sort bien du nucléaire en 2025 comme prévu, une capacité supplémentaire de production thermique réglable d'au moins 3,6 GW sera nécessaire. De nouvelles centrales au gaz devront ainsi être construites. Si le gouvernement n'agit pas, alors le nucléaire devra être prolongé jusqu'à 4 GW. (Plus de détails ci-dessous)

La FEB plaide dès lors pour la prolongation des deux plus jeunes centrales nucléaires. "D'autres pays comme la Suisse ou plus récemment la France se dirigent également vers cette voie." La N-VA, au gouvernement fédéral, s'est aussi prononcée en faveur du maintien d'au moins deux centrales nucléaires.

Elia a chiffré une sortie partielle du nucléaire dans son étude. "Dans un tel scénario, les besoins en nouvelle capacité d'ici 2025 passent de 3,6 GW à 1,6 GW", souligne le gestionnaire. Des mesures complémentaires seront dès lors toujours nécessaires.

La FEB demande le prix de tout cela. "Aucun subside, aucun import d'énergie n'est gratuit. Il ne faut pas raconter d'histoires à la population, sinon le coup sera encore plus dur en 2025", souligne la Fédération.


Pour Ecolo, l'étude d'Elia confirme que la sortie du nucléaire est possible en 2025

L'étude publiée mercredi par Elia est "une bonne nouvelle" car elle confirme que la Belgique peut sortir du nucléaire en 2025, a réagi depuis Bonn, où se déroule actuellement la COP23, le chef de groupe Ecolo-Groen, Jean-Marc Nollet. Selon le député écolo, cette étude "responsabilise aussi le gouvernement fédéral". "Désormais, la ministre Marghem (ministre fédérale de l'Energie et de l'Environnement, NDLR) ne peut plus se cacher. Elle a tout entre ses mains pour confirmer la sortie du nucléaire en 2025, dans le cadre du pacte énergétique, mais aussi pour dire quel chemin alternatif la Belgique va prendre".

Pour les écologistes, cette alternative doit s'inscrire dans les objectifs de l'Accord de Paris et passe par les énergies renouvelables (éolien, solaire, hydraulique, géothermie...), combinées à des centrales au gaz, "comme énergie de transition", mais aussi à une gestion de la demande "beaucoup plus forte". La transition passe également par des solutions de stockage. "La Belgique pourrait devenir pionnière en matière d'industrialisation de la production de batteries de stockage. Nous avons les entreprises, la recherche et développement et des sites disponibles, comme le site de Caterpillar", estime M. Nollet, tout en plaidant pour que le pacte d'investissements de 60 milliards d'euros à l'horizon 2030, porté par le Premier ministre Charles Michel, aille dans ce sens.

"L'étude d'Elia est un fabuleux point d'appui. La transition énergétique est à portée de main. Malgré tous les retards accumulés, c'est encore faisable", conclut Jean-Marc Nollet.

L'élu écologiste souligne par ailleurs l'ambition affichée par le nouveau gouvernement néerlandais, qui a décidé d'aller plus loin dans ses réductions de gaz à effet de serre à l'horizon 2030 (-49% au lieu de -36% prévus initialement). Nos voisins sont également favorables à ce que l'objectif européen soit revu à la hausse, de -40 à -55%. Un position dont le gouvernement belge devrait s'inspirer, selon M. Nollet.


Il est temps d'agir pour assurer la transition énergétique de la Belgique, avertit Elia

Elia, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité en Belgique, appelle les autorités belges à agir pour "décider et non pas subir l'avenir". Il publie une étude mercredi sur le système énergétique belge d'ici 2050, dans le contexte de l'engagement européen à décarboniser la société de 80 à 95% d'ici 2050. Mais également en vue de la sortie du nucléaire prévue pour 2025, qui impliquera une capacité de production supplémentaire d'au moins 3,6 GW selon Elia. Elia a élaboré trois scénarios pour le futur du secteur énergétique belge. Le premier, "Base care", est en ligne avec la politique actuelle. Il permet d'atteindre les objectifs climatiques européens de 2030. Certains secteurs, comme le chauffage ou la mobilité, sont électrifiés.

Le deuxième, "Decentral", mise sur une production complémentaire d'énergie renouvelable grâce à des sources décentralisées: un grand nombre d'installations photovoltaïques est combiné à du stockage d'énergie (batteries). Le consommateur est également producteur d'énergie.

Le dernier scénario, "Large Scale RES", mise sur une production à grande échelle d'énergie renouvelable, notamment via l'éolien onshore (terrestre) et offshore (en mer).

Seuls les deux derniers scénarios, "extrêmes et volontaristes", permettraient d'atteindre les objectifs fixés par l'Accord de Paris.

L'étude montre aussi que d'ici 2050, la Belgique se dirige vers un mix de production, avec un maximum d'énergie renouvelable et des échanges transfrontaliers via les interconnexions. Ces dernières "offrent une solution robuste", selon Elia. Il plaide pour des interconnexions supplémentaires qui permettraient d'atteindre les objectifs climatiques, de garantir des prix compétitifs et de créer des opportunités industrielles d'exportation pour le marché de la production intérieur.

Cela ne suffira toutefois pas à compenser la variabilité du renouvelable, martèle le gestionnaire du réseau de transport d'électricité. Dans chaque scénario envisagé, une capacité supplémentaire de production thermique réglable d'au moins 3,6 GW est nécessaire à partir de 2025 pour absorber la sortie du nucléaire ainsi que la fermeture de vieilles centrales au gaz.

Or, il n'existe pas actuellement suffisamment de signaux d'investissement pour assurer cette capacité supplémentaire. Sans action, des situations de pénurie, des pics de prix et des graves problèmes d'approvisionnement sont à prévoir.

Le gestionnaire appelle dès lors les autorités belges à agir au plus vite. "Ne pas prendre de décision signifie quasi automatiquement une prolongation du nucléaire jusqu'à 4 GW", avertit Elia. "Il reste juste assez de temps pour (...) constituer la capacité de remplacement", conclut le gestionnaire.