La zone euro se dispute autour de l'idée d'appeler la Chine à l'aide

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Economie

Les dirigeants européens sont décidés à se doter d'un pare-feu crédible pour éviter que la crise n'emporte l'Italie et dans son sillage toute la zone euro


BRUXELLES La zone euro engluée dans la crise de la dette envisage d'appeler les pays émergents, Chine en tête, à la rescousse, via de complexes montages financiers, mais cette idée suscite la controverse parmi les Européens, dont certains craignent de ne plus être maîtres chez eux.

Les dirigeants européens, réunis dimanche en sommet à Bruxelles, sont décidés à se doter, d'ici leur sommet décisif de mercredi, d'un pare-feu crédible pour éviter que la crise n'emporte l'Italie et dans son sillage toute la zone euro.

Pour cela, ils doivent trouver le moyen de démultiplier les moyens du Fonds européen de stabilité financière (FESF) sans que les Etats, déjà très endettés, doivent remettre au pot. Ce Fonds de secours, doté de garanties des pays de la zone euro, peut prêter 440 milliards d'euros aux Etats les plus fragiles, mais une partie de cet argent a déjà été promis au Portugal, à l'Irlande et à la Grèce.

Pour le renforcer, "deux modèles" sont sur la table, a expliqué dimanche la chancelière allemande Angela Merkel. "Un assez large accord est en train de se dessiner", a ajouté le président français Nicolas Sarkozy, tout en prévenant qu'il faudrait "encore de longues heures de discussion".

En fait, la définition de ces instruments demeure le principal point de blocage dans les négociations, selon des sources concordantes. La première option, selon ces sources, consiste à permettre au FESF de garantir une partie de la dette émise par les pays considérés à risque par les marchés, afin d'inciter les investisseurs à en acheter. L'Allemagne semble ainsi avoir obtenu l'accord de la France, pourtant initialement réticente.

La seconde option, qui viendrait s'ajouter à la première, revient à créer une sorte de fonds spécial destiné à accueillir des contributions d'investisseurs tiers. C'est cette solution, aux multiples variantes qui n'ont pas encore été tranchées, qui fait le plus débat.

Car elle reviendrait en fait à "intégrer des contributions directes ou indirectes d'acteurs extérieurs au sein du FESF", selon une des variantes sur la table, a expliqué un diplomate européen. "Les Chinois ont dit qu'ils étaient intéressés mais certains Etats membres sont sceptiques à l'idée d'intégrer une contribution chinoise au FESF", politiquement très sensible, a-t-il souligné.

Techniquement, le Fonds de secours créerait un "véhicule spécial" ou "special purpose vehicle" qui lui serait "lié" pour "attirer les investisseurs qui ont des ressources disponibles", détaille une source proche du dossier. Autrement dit, "des pays émergents, des fonds souverains, mais aussi des investisseurs privés", ajoute-t-elle. Leur capital et leurs garanties permettraient de lever de l'argent sur les marchés pour ensuite acheter de la dette des pays fragiles de la zone euro. En contrepartie, le FESF s'engagerait à endosser en première ligne d'éventuelles pertes liées à un défaut de paiement d'un de ces Etats.

Pour contourner la crainte de voir le FESF devenir le cheval de Troie des Chinois en Europe, une variante consisterait à créer le même "véhicule" mais adossé au Fonds monétaire international (FMI). Il bénéficierait alors de son statut de "créancier privilégié" qui lui permet d'emprunter à bas coût. Les grandes puissances émergentes du groupe des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) se sont dites prêtes ces dernières semaines à aider la zone euro, une fois qu'elle aura montré sa détermination à régler ses problèmes.
Rendez-vous a été donné au sommet du G20, qui réunira grands pays riches et émergents les 3 et 4 novembre à Cannes (France).

Le G20 doit aussi évoquer à cette occasion une éventuelle augmentation des ressources du FMI pour aider la zone euro. Mais si les émergents y sont favorables, les Etats-Unis, premier contributeur du Fonds, s'y opposent.

© La Dernière Heure 2011

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