Economie Seule la France taxe davantage ses sociétés en Europe. Les effets du "tax shift" restent limités.

"Le voyage sera encore long." Patrick Boone, fiscaliste chez le consultant PwC, hoche la tête. Année après année, les résultats sont quasiment semblables pour notre pays. Comme le relaie La Libre Belgique, malgré les premiers effets de la réforme fiscale du gouvernement fédéral, les entreprises belges restent parmi les plus taxées au monde. En Europe, seule la France avait ainsi un taux de taxation global supérieur à notre pays (57,1 %) en 2016 (voir infographie).

Même en diminuant sensiblement ce taux par rapport à l’année dernière (58,7 %), la Belgique perd ainsi une place au profit de l’Italie. Car la tendance est là : depuis plus de dix ans, partout à travers le monde, les pays diminuent leur fiscalité et se livrent à une véritable compétition pour booster leur économie et attirer les entreprises étrangères. Le taux global de taxation est ainsi passé de 53,3 % en 2004 à 40,5 % en 2016. Et cela va continuer d’après Patrick Boone. "Même avec les effets du ‘tax shift’, nous ne pensons pas que la Belgique descendra en dessous des 55 % d’ici 2020 et les autres pays ne vont pas rester sur place."

La Belgique a aussi ses avantages

Notons que cette étude, qui couvre 190 pays, tient compte de l’ensemble de la fiscalité, excepté la TVA, à laquelle doit se soumettre une entreprise moyenne n’ayant pas de filiale à l’étranger et vendant sur le territoire national. Sans surprise, en Belgique, ce sont les charges du travail (46,2 %) qui sont les plus importantes, devant les taxes sur les bénéfices (10,3 %) et les impôts divers (fonciers, environnementaux…) qui ne représentent que 0,6 %.

Mais cette étude du consultant, réalisée avec la Banque mondiale, prend aussi d’autres critères en compte. Car, pour une entreprise, remplir ses obligations fiscales demande aussi du temps et des investissements humains. Or ceux-ci peuvent varier fortement d’un pays à l’autre, et peser sur les résultats d’une société. Prenons, par exemple, le temps de conformité fiscale, soit la période nécessaire à une entreprise pour préparer, remplir et payer ses trois principaux impôts. Il est de 136 heures en Belgique contre 240 heures pour la moyenne mondiale.

Notre pays obtient aussi de très bons résultats en ce qui concerne le nombre de paiements (11 contre 24 pour la moyenne mondiale) à effectuer pour remplir ses obligations fiscales. A part sur le temps pour obtenir un remboursement de TVA (plus de 28 semaines en Belgique alors que la moyenne européenne est de 16 semaines), notre pays obtient des résultats encourageants pour différents autres critères retenus, notamment sur le retour lors de contrôles fiscaux.

Bref au total, la Belgique gagne 7 places dans ce classement sur le "paiement des taxes" par rapport à l’année dernière en obtenant une honorable 59e place sur 190. "On peut encore faire mieux, notamment en favorisant les déclarations d’impôts des entreprises via Internet", conclut M. Boone.

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