Economie Heureux d’être "leur propre boss", nos indépendants se plaignent de leur situation financière et leur (peu de) vie privée.

Avec plus d’ 1.050.000 indépendants (à titre principal ou complémentaire) et la création de quelque 2.000 nouveaux indépendants chaque mois, la Belgique n’est définitivement plus une terre où le salariat écrase tout sur son passage. Mais si le gouvernement fédéral a beau jeu de dire qu’il a largement incité la croissance des activités des indépendants, qu’en pensent les premiers intéréssés ?

C’est ce qu’a voulu savoir le bureau de ressources humaines Acerta, qui a sondé 1.600 indépendants en analysant les attentes qu’ils nourrissaient au début de leur statut d’indépendant. Quelles étaient ces attentes et ont-elles été rencontrées ? Réponses à ces questions en cinq points qu’éclaire l’étude, que La DH a pu consulter en primeur.

Être son propre patron : mention très bien

Dans le tissu actif belge 82 % des indépendants se lancent pour être "leur propre patron". Il s’agit même de la raison numéro 1 chez 31,4 % des indépendants interrogés (36 % chez ces messieurs, 27 % chez les dames). Sur ce point, avec le recul, l’immense majorité estime que cette attente a bien été rencontrée : 92 % des sondés ont bien le sentiment d’être le seul maître à bord.

Mettre ses propres compétences en avant : mention bien

Pouvoir appliquer les connaissances et compétences acquises reste un facteur de motivation très important pour devenir indépendant. Et cette attente est, elle aussi, en grande partie satisfaite. Plus le degré de scolarité est élevé, plus l’on estime important d’exploiter ses connaissances et compétences. Parmi les indépendants qui ont une formation de niveau secondaire, 39,7 % placent en pole position l’argument "être son propre patron", contre seulement 24,9 % chez les titulaires d’un master, qui attribuent un score plus élevé à l’ "application des connaissances".

Équilibre vie professionnelle-vie privée : peut mieux faire

Se lancer en tant qu’indépendant, pour pouvoir avoir le luxe d’aménager son horaire selon ses besoins ? Oubliez. Un tiers des indépendants sont insatisfaits de leur équilibre vie professionnelle-vie privée. Pourtant, 60 % des néo-indépendants comptent dessus au moment où ils se lancent... avant d’être rattrapés par la réalité de l’agenda, ses lourdeurs administratives et de préparation...

L’argent : insuffisant !

Le cliché de l’indépendant plein aux as a la vie dure. C’est que 61,3 % de ceux qui se lancent le font, aussi, par désir d’accroître leur rémunération (c’est la quatrième motivation dans le top 5). Les hommes attachent manifestement plus de valeur au fait de gagner de l’argent que les femmes : 66,9 % contre 55,8 %. Bémol ? De tous les arguments, l’argument financier est finalement celui dont les indépendants avouent qu’il leur a le moins souri. En effet, 28 % concluent ne pas pouvoir se dire satisfaits de la réalisation de leurs attentes financières !

"La Belgique laisse ses indépendants dans la mouise"

"Comme beaucoup, j’ai commencé comme salarié, témoigne Guy, électricien en Wallonie. Puis j’ai tâté le terrain en tant qu’indépendant complémentaire. Ma femme m’a alors convaincu de me lancer, à titre principal. J’ai fondé Home-Elec One il y a cinq ans. J’emploie aujourd’hui cinq personnes mais cela n’a pas toujours été un long fleuve tranquille…"

Comme souvent, ce sont les débuts qui ont été arides. "Il m’a fallu courir après le travail… Le temps que le bouche à oreille se mette en place, et que le sérieux de mon travail en fasse ses preuves. Il y a eu moult obstacles, et zéro aide de la part de l’État belge ! Je me souviens avoir rentré un dossier de 300 pages pour solliciter une aide de la Région wallonne lorsque je me suis lancé. J’ai eu pour seule réponse, des mois plus tard, une lettre laconique de refus pour cause de dossier… incomplet. La Belgique laisse les indépendants dans la mouise." Et l’exonération à vie des cotisations patronales du premier employé ? "C’est comme si on nous donnait cinq centimes pour aller acheter des boules…"

Ce qui le fait tenir, alors ? "La passion. Je me lève le matin avec l’envie d’aller bosser. Je souhaitais lancer mon affaire parce que je suis soucieux du travail bien fait, et que je ne supportais pas de devoir appliquer les aberrations - parfois dangereuses - que certains patrons exigent de leurs techniciens. L’envie du travail bien fait, la fierté de quitter un chantier avec des clients ravis. C’est ce qui me motivait et me motive toujours. Même si je ne compte pas mes heures, que c’est l’enfer de trouver du personnel fiable et que je suis loin de rouler sur l’or…"