Economie Depuis plusieurs jours, des tensions agitent les marchés de gros de l’électricité.

La pénurie énergétique pend comme une épée de Damoclès au-dessus du consommateur belge. C’est en tout cas ce qu’on pourrait croire en lisant le communiqué envoyé par la ministre fédérale de l’Énergie Marie-Christine Marghem (MR). Il est vrai que les prix de gros se sont emballés hier et ces pics temporaires vont se reproduire encore aujourd’hui au moins.

En cause, "des tensions sur les marchés internationaux de l’électricité", explique la ministre. Ces tensions sont dues à plusieurs facteurs. Comme le précisait récemment la DH, les récents déboires dans nos centrales nucléaires, Tihange 1 à l’arrêt pour un problème sur chantier, Doel 3 en révision périodique, sont désormais jumelés à plusieurs centrales nucléaires en France à l’arrêt.

À cela viennent s’ajouter des conditions météo catastrophiques pour la production d’énergie : ni soleil ni vent… Dans le même temps, les froides températures vont pousser les consommateurs à user d’électricité. En somme, la demande augmente en flèche alors que l’offre baisse.

Alors, impact sur la facture ?

"Non, l’impact sera nul !", s’enflamme le porte-parole de Sibelga et professeur à l’ULB, Philippe Massart. Et ce pour plusieurs raisons.

Primo, le citoyen belge n’achète pas son électricité directement sur le marché mais à un fournisseur qui a préalablement payé cette énergie. "Par exemple, chez Sibelga, qui achète aussi pour les communes de Bruxelles, nous avons déjà acheté notre énergie pour 2017 et 2018. La hausse de maintenant n’aura donc aucun impact, vu que c’est déjà payé."

Secundo, il faut savoir quel type de contrat vous lie au fournisseur. Un prix fixe ne bougera, par définition, pas d’un poil quel que soit le prix d’achat du fournisseur. Pour les prix variables, "la note pourrait augmenter à terme, si ces prix du marché restent plus élevés", détaille Damien Ernst, professeur à l’ULg. "Faux ! Il n’y aura aucun impact sur la facture des consommateurs, rétorque Philippe Massart . Car la météo ne va pas rester mauvaise assez longtemps et les prix ne s’emballent qu’au moment du pic de demande, soit une heure par jour. Il faudrait vraiment qu’un fournisseur ait très mal calculé son coup pour avoir à acheter une grosse quantité d’énergie au moment de ces pics au point que cela menace sa santé financière. En fait, ce n’est même pas possible." Avis que ne partage pas son confrère de l’ULg pour qui cette hausse des prix peut rester "jusqu’à janvier, en cas de vague de froid venue de l’Est."

Tertio, dans la facture d’électricité, l’énergie en elle-même ne représente, grosso modo, qu’un tiers de la somme à débourser (voir graphes).

Ainsi, ce paroxysme des prix énergétiques ne touchera que les grandes entreprises qui achètent directement leur énergie sur les marchés de gros. Ce sont, en somme, les BASF à Anvers, ou Solvay ou encore la SNCB qui vont sensiblement souffrir de ces hausses sporadiques. Cela, tous les spécialistes s’accordent à le dire. 

© D.R.