Economie Pour le président de l’UCM Pierre-Frédéric Nyst, la réforme de l’impôt des sociétés désavantage les indépendants francophones.

Deux éléments de la réforme de l’impôt des sociétés (Isoc), portée par le ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA) et censée entrer en vigueur le 1 er janvier 2018, désavantagent clairement les indépendants et les petites et moyennes entreprises (PME) de Bruxelles et de Wallonie : un message que répète depuis plusieurs mois l’Union des classes moyennes (UCM) et que son président, Pierre-Frédéric Nyst, a répété ce jeudi lors d’une audition à la Chambre. Entretien.

Qu’est-ce qui vous pose problème dans la réforme de l’Isoc ?

"L’UCM a d’abord communiqué en disant que la réforme de l’impôt des sociétés comportait un élément positif. Cet élément, c’est la diminution du taux à l’impôt des sociétés, puisqu’on passe d’un impôt de 33 % à un impôt de 20 % sur les premiers 100.000 € de base imposable. Mais le gouvernement a dit : il faut une réforme neutre sur le plan budgétaire, donc le cadeau que l’on fait, il faudra le compenser. Parmi les mesures compensatoires, il y a trois éléments tout à fait imbuvables."

Quels sont-ils ?

"Premièrement, pour bénéficier de ce taux réduit, il faut que les dirigeants s’octroient une rémunération d’au moins 45.000€. Aujourd’hui, le montant minimal est de 36.000 €. Un passage à 45.000 € est trop élevé ! On a sondé nos membres et on s’est rendu compte que les dirigeants des PME wallonnes et bruxelloises ont une rémunération de 35.000 € en moyenne."

En gros, les PME flamandes, plus grandes, n’auront donc pas le même problème ?

"Voilà. Prélever une rémunération de 45.000 € en Flandre, c’est beaucoup plus facile qu’en Wallonie. La deuxième chose, c’est que si vous n’avez pas cette rémunération minimale, vous avez deux sanctions. La première, c’est la perte du taux réduit et la seconde, on ajoute une pénalité supplémentaire, une sorte d’amende."

On est donc doublement pénalisé ?

"Exactement."

Et la troisième mesure ?

"Quand vous mettez de l’argent frais dans votre société et que vous voulez le récupérer quelques années après. Aujourd’hui, ça se fait en exemption d’impôt. C’est normal puisqu’on récupère sa mise de départ. Ce ne sera plus possible de le faire demain sans taxation."

Est-ce que vous avez l’impression que les partenaires sociaux flamands sont plus écoutés par Johan Van Overtveldt ?

"Oui. On peut le dire."

Dans le dossier de l’Isoc, le MR, parce que seul parti francophone de la majorité, a-t-il pu avoir plus de mal à défendre les francophones ?

"Ce n’est pas exclu, oui…"

Vous êtes déçu du MR ?

"On est déçu de la réforme proposée par le gouvernement, dans lequel se trouve aujourd’hui le MR. On peut le dire comme cela. Mais c’est surtout la N-VA, qui est beaucoup plus arrogante, plus revendicatrice, et qui, je pense, n’avait jamais imaginé que quelqu’un puisse contester sa réforme."

Vous espérez encore faire bouger les lignes ?

"On l’espère, bien sûr. C’est la responsabilité du Parlement. Ou bien, il passe le texte comme ça, ou bien il fait passer des amendements. C’est souhaitable."