Economie

Ryanair s'est dit mardi prête à appliquer la loi belge sur le travail dès que possible, "même avant 2019", et attend dès lors que les syndicats reviennent autour de la table pour négocier avec la compagnie aérienne irlandaise. 

Pour ce faire, les représentants des travailleurs doivent constituer une délégation syndicale, ce qui semble prendre du temps, a constaté Michael O'Leary, l'administrateur délégué de l'entreprise. Le patron de Ryanair était présent mardi à Bruxelles pour annoncer de nouvelles routes au départ de la Belgique lors de la prochaine saison d'été. Depuis Zaventem, la compagnie à bas coûts reliera ainsi Amman, Barcelone, Marrakech et Pise, tandis qu'elle en fera de même au départ de Charleroi vers Banja Luka (Bosnie-Herzégovine) et Palerme. A partir de mars, la Belgique comptera 100 routes (83 dans le Hainaut et 17 à Brussels Airport) desservies par Ryanair.

Le sujet des tensions sociales au sein de l'entreprise a cependant pris le dessus lors de la conférence de presse bruxelloise du patron irlandais. Ce dernier en a profité pour y répéter son message: la balle est désormais dans le camp des syndicats et sa compagnie est prête à appliquer le droit belge sur le travail dès qu'il y aura un accord avec les syndicats.

"Début 2019, avant même. Cela ne dépend que d'eux. Venez autour de la table", leur a-t-il lancé. Il a soutenu que, même s'il n'y avait pas un document écrit officiel en possession des représentants des travailleurs attestant de ce timing, ceux-ci pouvaient en tenir compte. "Vais-je l'écrire sur un bout de papier ici (ce qu'il a effectivement fait durant la conférence de presse, ndlr) et vous laissez le leur remettre ? ! Non, sérieusement, j'ai déjà répété cela plusieurs fois publiquement, même à des moments où les syndicats étaient présents. Ils sont là avec leur écharpe verte (celle de la CNE/LBC, ndlr) et ils ne réagissent pas. Je me demande dès lors: 'Quel est le problème? '."

Ces derniers doivent toutefois encore constituer une délégation représentant les trois syndicats (Setca, CNE et CGSLB) afin de négocier une convention collective de travail. "Je ne comprends pas pourquoi ils ne peuvent pas s'entendre. Et maintenant notre personnel en Belgique commence à leur mettre la pression pour savoir pourquoi cela traîne autant", a expliqué Michael O'Leary.

Ryanair est en contact régulier avec le cabinet du ministre de l'Emploi, de l'Economie et des Consommateurs Kris Peeters, que son patron a d'ailleurs rencontré à deux reprises. "J'ai une bonne relation avec lui et nous travaillons étroitement avec ses équipes", a-t-il confié.

"Qu'ont fait les syndicats ces trois dernières semaines? ", s'est-il encore interrogé. "De ce que j'ai appris, les pilotes ont commencé à leur mettre la pression pour engranger des progrès et ils menacent même de procédures judiciaires si rien n'est fait pour aboutir à un accord."

D'après lui, il ne faudra ensuite pas négocier longtemps pour aboutir à un accord. Cela s'est récemment produit en Italie, un marché quatre fois plus important que le belge, a-t-il constaté. "Il n'y a donc pas de raisons pour ne pas en conclure un aussi rapidement pour la Belgique", a estimé le patron de Ryanair. Il a glissé au passage avoir tout de même reçu plusieurs lettres de membres italiens du personnel demandant à revenir à la législation irlandaise sur le travail.

"Nous n'avons pas peur d'appliquer le droit belge en la matière. Avançons! Car nous voulons encore croître en Belgique. Sinon, les passagers devront payer plus cher pour voyager avec d'autres compagnies", a-t-il mis en garde.

Au regard du contexte actuel pour le secteur avec des prix du pétrole en hausse, il dit ne pouvoir garantir qu'il n'y aura pas de coupes dans l'activité de Ryanair en Belgique, d'autant plus si des progrès ne sont pas enregistrés. "Les gens n'ont pas idée à quel point l'hiver à venir sera difficile pour les compagnies aériennes."

Enfin, Michael O'Leary a relativisé l'impact des grèves de ces derniers mois et semaines. "Lufthansa en a connu 18 cette dernière année et demie et Ryanair deux sur une période de vingt ans", a-t-il ainsi relevé, ajoutant être désolé pour les clients que cela a touché. "Le 28 septembre, 350 des 2.500 vols ont été annulés. Est-ce disruptif? Oui mais il ne s'agit que de 20.000 passagers les huit millions que nous transportons annuellement en Belgique."