Economie

L'aggravation de la crise immobilière a causé de lourdes pertes chez Freddie Mac, clé de voûte du système qui a permis à des millions d'Américains de devenir propriétaires


NEW YORK Victime à son tour de la multiplication des défauts de paiements des ménages, Freddie Mac a annoncé mardi une perte nette de 2 milliards de dollars au troisième trimestre, sous l'effet d'un accroissement de ses provisions.

Freddie Mac a dû mettre de côté 1,2 milliard de dollars dans ses comptes pour tenir compte de l'augmentation du nombre d'emprunteurs ne remboursant pas leurs crédits en temps et en heure. La valeur de son portefeuille a baissé de 8,1 milliards de dollars, a précisé le groupe dans un communiqué.

Freddie Mac et Fannie Mae, également en difficulté, ont pour mission de racheter aux banques une partie de leur portefeuille de prêts immobiliers. Les banques retrouvent ainsi des liquidités et peuvent consentir de nouveaux prêts, contribuant ainsi au dynamisme du marché immobilier.

Bénéficiant d'une garantie implicite du gouvernement, les deux organismes doivent se plier à des contraintes importantes, qui limite leur action à l'achat de prêts de bonne qualité (pas de "subprime") et d'un montant limité -- ce qui ne les a pas empêché de faire de mauvaises affaires.

Ces mauvaises nouvelles ont fait chuter en Bourse les deux groupes qui, à eux deux, détiennent ou garantissent environ 40% des crédits hypothécaires aux Etats-Unis. Vers 15H55 (heure belge), Freddie Mac perdait 24% à 28,50 dollars, après être tombé jusqu'à 24,31 dollars. Fannie Mae chutait de 17,46% à 31,02 dollars.

Déjà lundi, Freddie Mac avait plongé de 7,91% tandis que Fannie Mae avait cédé 7,64%, tombant à son plus bas niveau en plus de dix ans. Les deux groupes ont perdu plus de la moitié de leur valeur en Bourse depuis janvier.
"Des incertitudes entourent l'exposition de Freddie Mac aux crédits hypothécaires +subprime+ et font craindre des dépréciations massives de son portefeuille. Etant donné la chute du marché immobilier et la crise du crédit, ainsi que les problèmes légaux actuels du groupe (qui fait l'objet d'une enquête du procureur de New York, NDLR), les investisseurs doivent rester prudents sur l'achat d'actions du groupe", a averti Briefing.com dans une note.

La Réserve fédérale américaine est depuis longtemps préoccupée de l'impact "systémique" sur l'ensemble de la finance américaine et mondiale qu'aurait la défaillance de l'un ou l'autre de ces acteurs clés de l'immobilier.
Et elle ne sera pas rassurée par l'annonce de Freddie Mac que ses fonds propres "durs" respectaient toujours les ratios prudentiels, mais de justesse.

Le groupe a dit envisager une augmentation de capital pour se refinancer, et mandaté deux grandes banques d'affaires pour l'aider. Il envisage aussi de réduire son dividende au quatrième trimestre de 50%, voire de réduire son activité ou la taille de son portefeuille, si ces mesures ne suffisaient pas.
"Nous devons prendre des mesures pour renforcer notre capital", a déclaré le PDG de Freddie Mac, Richard Syron, en avertissant que "le quatrième trimestre sera probablement également difficile".

La direction de Freddie Mac a signalé que 0,51% de ses crédits immobiliers aux ménages étaient en retard de remboursement de 90 jours ou plus fin septembre, contre un taux de 0,42% en juin.
Selon le cabinet RealtyTrac, les saisies de logements d'emprunteurs défaillants au troisième trimestre ont augmenté de 30% par rapport au deuxième trimestre et doublé sur un an, concernant près de 450.000 logements. Un ménage sur 196 aux Etats-Unis est concerné par une procédure de saisie.

A plus long terme, Freddie Mac espère que ses perspectives s'amélioreront quand les organismes de crédits privilégieront les crédits à taux fixe plutôt que ceux à taux variable qui ont été accordés massivement à des ménages financièrement fragiles.